Il est beaucoup question de projet de loi pour une réforme électorale, de l’instauration d’une deuxième république avec un partage des pouvoirs entre le Premier ministre et le président de la République et d’une éventuelle recomposition de l’échiquier politique. Si c’est la politique qui domine l’agenda national ces jours-ci, l’urgence, elle, est économique. Clôturant le débat sur le discours-programme vendredi 27 juillet, le Premier ministre a rappelé à juste titre les autres problématiques du moment : les difficultés économiques, la lutte contre la corruption et l’insécurité.
Vivement que s’engage un authentique débat sur certaines idées fortes émises ces temps-ci pour forger la société mauricienne de demain. La première idée touche à la nécessité que le pays soit  doté  d’un gouvernement fort capable de prendre les mesures qu’il conviendrait pour faire face aux difficultés économiques qui se développent. Cette crise, à la fois conjoncturelle et structurelle, se déroule sur fond de basculement du monde avec le  déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale. La deuxième idée est le besoin de disposer de plus de pouvoir pour agir. Il y a eu la déclaration-souhait du Premier ministre de faire de lui un président avec davantage de pouvoirs pour qu’il puisse faire avancer les choses. Tout cela renvoie à une question fondamentale : la finalité du pouvoir politique. Toutefois la chose politique – et toute l’agitation actuelle qui y est associée – ne devrait pas détourner l’attention des très sérieux problèmes économiques actuels et à venir du  pays.
Par conséquent, il appartient à nos dirigeants de veiller à ce que ces problèmes ne se transforment pas en une spirale infernale, en un tsunami économique. Le discours mettant en avant la résilience de l’économie mauricienne en raison des réformes initiées en 2005 n’est plus d’actualité. L’évolution de la crise économique internationale – notamment dans la zone euro – et ses effets sur l’économie nationale exigent de nouvelles mesures et initiatives. Il y a urgence sur le front économique. Depuis un peu plus de deux mois des responsables d’institutions publiques et privées ont commencé à tirer la sonnette d’alarme sur les risques d’une aggravation de la situation économique. Depuis, les economic fundamentals à tous les niveaux – international, régional et national, loin de s’améliorer, sont en train de se dégrader. Il faudra compter entre 3 et 5 ans avant que la zone euro renoue avec une croissance saine. Tout ceci fait que certains observateurs et analystes de la chose économique à Maurice  pensent qu’il y a déjà le feu et que le temps est venu de prendre le taureau par les cornes.  
Ils soutiennent que l’ampleur et l’intensité de la crise économique qui va frapper le pays nécessitent des décisions rapides et courageuses ainsi que des mesures  audacieuses. C’est le cas notamment sur la valeur de la roupie et l’accès aérien. Dans Nou dans dife?,  article paru dans la page Forum le 7 juin 2012, nous faisions une plaidoirie pour une roupie compétitive avec la conclusion suivante « aux techniciens de trouver la formule. Le temps  presse !! ». Ce qui est en jeu avec la roupie surévaluée c’est l’avenir de toutes les entreprises du secteur de l’exportation qui subissent les bouleversements que connaît le marché des devises.
Prenons l’exemple du tourisme, un secteur qui nous est familier. Il est confronté à la fois à une roupie surévaluée et à un accès aérien bloquant. Des dizaines de milliers de Mauriciens vivent directement et indirectement du tourisme. Compte tenu des tendances sur les arrivées touristiques depuis le début de l’année, de la diminution des vols desservant le pays, de l’augmentation de l’offre hôtelière, il y aura non seulement une croissance négative dans les arrivées en 2012, mais aussi une baisse dans les revenus. En effet, la guerre des prix à laquelle se livrent une très grande majorité d’hôtels va tirer la destination mauricienne vers le bas avec prochainement, à l’agenda, des clefs sous le paillasson et leurs lots de licenciements. Déjà les petits opérateurs dans le secteur disent être dans le rouge avec des baisses d’activité allant de 25% à 60 %. Si dans l’immédiat on ne peut agir pour diminuer l’offre hôtelière existante et la partie qui est déjà en chantier, on peut et doit impérativement par contre agir sur la demande; en accueillant favorablement – et dans les meilleurs délais – toutes les compagnies aériennes qui veulent bien desservir la destination mauricienne.  Par ailleurs, tout doit être mis en oeuvre rapidement pour assurer une roupie compétitive afin de soutenir le secteur de l’exportation, qui faut-il le souligner, constitue la charpente de l’économie nationale.
En tergiversant et en mettant l’économie en veilleuse le temps de s’occuper de réforme électorale, de changement  constitutionnel et de recomposition de l’échiquier politique, le pays risque de connaître une rapide descente aux enfers. L’heure est donc aux décisions courageuses pour prévenir cela. Et c’est justement là où le bât blesse car dans la présente conjoncture la  politique risque de tout bloquer. Il est connu que le pays souffre d’un excès d’électoralisme, même entre deux élections. En effet, avec une certaine configuration de l’échiquier socio-politique et ses lignes de force, tout gouvernement, de peur de froisser une partie de sa base électorale, manque trop souvent de courage politique pour prendre des mesures difficiles mais nécessaires. Le PM a annoncé qu’il viendra bientôt avec un projet de loi sur la réforme électorale et des amendements constitutionnels en vue d’une deuxième république tout en insistant que le pays n’est pas à la veille d’élections générales. Il serait plus que souhaitable que nous parvenions à régler dans les meilleurs délais les questions politiques et constitutionnelles pour aller ensuite aux élections générales  afin de doter  le pays d’un gouvernement fort.  Un tel gouvernement  pourrait s’émanciper du blocage électoraliste qui hypothèque, depuis trop longtemps,  notre devenir.
Avec  le  divorce grandissant entre les préoccupations, l’ambition et l’agenda de nos politiques d’un côté et les aspirations d’une grande majorité des citoyens de l’autre,  notre société risque de dériver dangereusement. Nous persistons à croire que le pouvoir confié aux politiques a pour finalité la construction d’une « république exemplaire » axée sur les principes d’égalité citoyenne, de respect de la méritocratie, d’approfondissement de la démocratie, de bonne gouvernance et de développement durable. En clair, l’ambition légitime d’une majorité de citoyens  mauriciens c’est une politique qui retrouve enfin ses lettres de noblesse, une politique qui soit à l’écoute et au service des citoyens-mandants. Le temps est définitivement au courage et à l’audace pour assurer le bien-être général.