Vous êtes sans doute tombés sur des profils Facebook où il est écrit Tchui ou Tuii. Il s’agit de jeunes qui suivent un courant, une sous-culture que nous sommes tentés de surnommer la tchui attitude. Ces jeunes ont tendance à déformer les mots qu’ils utilisent en ajoutant des voyelles à répétition et des accents un peu partout, tout en insérant des majuscules au milieu des mots. On distingue également une tendance visuelle, surtout du côté des garçons, avec notamment les cheveux coupés en brosse, des tatouages au cou et des dents en platine. Leurs goûts musicaux sont plutôt ressemblants, notamment à travers certains morceaux dancehall du moment.

Sur Facebook et en société, il n’est pas rare de tomber sur des groupes de jeunes avec la même tête et le même style de vêtements. Surtout les garçons. Une grande partie a adopté un style particulier, notamment au niveau capillaire. Ces garçons ont les cheveux coupés en brosse, à la MC Hammer des années 90. Nombre d’entre eux ont des tatouages au cou et quelques dents en platine. Sur leurs profils Facebook, il est écrit Tchui ou Tuiii. Exemples de ces profils : TchUuîî Meuucc, Jena Tchuii, TUii KartEll, Léa LouUn DoUune, Wizzy tuii Malada ou encore Tuuii Coco Pikée.

“Il faut que ce soit sexy”.

Dans cette sous-culture, plusieurs courants semblent s’entremêler. Outre le look similaire, ces jeunes se retrouvent quasiment tous à écouter le même style de musique, à écrire de la même façon et à adopter la même attitude quelque peu rebelle. Ce courant, dont les racines semblent être imprégnées de plusieurs cultures, est visible un peu partout. Côté vestimentaire, on a droit aux t-shirts, bermudas et savates ou tennis de sport. Quant aux filles, elles choisissent des tenues sexy, qui se déclinent à travers des petits shorts moulants ou des leggings qu’elles arborent en accompagnement de tops plus ou moins décolletés. Mais ils ne sont pas nombreux à vouloir en parler ouvertement. Après plusieurs refus, nous tombons finalement sur quelques jeunes qui accèdent à notre requête. Un de ceux qui suivent ce courant confie qu’il se trouve très stylé comme ça. “Les cheveux taillés en brosse, c’est la mode actuellement. Ça va bien avec mon style. Ma dent en platine s’y prête également. Je trouve que c’est un très joli style”, dit TUii KartEll, 22 ans. “La mod-la ki koum sa, frer. Samem ki pe touye la”, renchérit Dwayne Wizzy, 17 ans. Quant aux filles, elles privilégient le côté sexy. “J’aime m’habiller de façon sexy. Je porte souvent de petits shorts en jean très courts ou des leggings, et même des robes. Mais il faut absolument que ce soit sexy”, confie Léa LouUn DoUune, 23 ans.

“Se nouvo vokabiler bann zenn, sa”.

Un rapide coup d’œil sur les comptes Facebook nous permet d’avoir une vague idée du vocabulaire que ces jeunes ont adopté. “Kozeuuuii frerla, zafeuuur la ti terne lot fwa laaa.” Phrase que l’on pourrait traduire de la manière suivante : “La fête était très fun la dernière fois.” Interrogés sur cette habitude d’ajouter des voyelles et des accents dans des mots, nombre de jeunes que nous avons accostés sont sur la défensive. “Cela vous dérange ?”, “Kot ou problem ladan ?”, “Mo kontan li koum sa”, ou encore “Vinn fran, koz kouma ti-garson.”

D’autres se prêtent au jeu, conscients qu’ils font partie d’un mouvement où beaucoup de jeunes se retrouvent. “Je ne suis pas très grand, j’ai mis Tuuii en référence à ma petite taille”, dit d’emblée Tuuii Coco Pikée, 17 ans. Mais pourquoi tuuii et par simplement ti ?, lui demandons-nous. “Se nouvo vokabiler bann zenn, sa.” D’autres ont des réponses plus directes. “Mo envuii, li sonn bien dan bann nom la suii”, dit Wizzy tuii Malada. Lana Lafleur répond que “Bein JAiCri a lenVers parske BeinN meSs potes compreNn plus Comsa qUe QUaNd jaiCrut NormaL.” Tchuii Queen est un peu plus philosophe sur le sujet. “C’est ça la mode chez les jeunes, aujourd’hui. Il faut suivre son époque pour ne pas rester en arrière”, dit la Facebookeuse de 23 ans.

Nouvelle génération.

La majorité des jeunes que nous avons interviewés confie adorer la chanson Derrière chez moi, où on entend les paroles Madame, savez-vous ce qu’il y a. Une sorte d’hymne dans lequel ils se retrouvent et qui semble mettre en valeur leur mode de vie. Les morceaux de Big Frankii ou de Mana’C leur sont également chers. “C’est notre style, ce sont des morceaux qui nous parlent, sur lesquels nous aimons bouger. C’est la nouvelle génération”, disent-ils. Par ailleurs, la danse dans les lieux publics est un des aspects qui caractérise ce courant. Un peu à la manière du courant hip-hop d’il y a quelques années, où on voyait les jeunes danser et se livrer à des battles un peu partout.

Si beaucoup adoptent le terme tchui ou tuii sur leurs profils Facebook, d’autres qui suivent le même courant choisissent des noms plus en rapport avec leurs idoles. Ainsi, vous trouverez des tii Khalifa, des Jason Breezy ou des Mel ti Kalifa. Ceux-là également s’imprègnent des mêmes habitudes au niveau du vocabulaire et du côté vestimentaire.
Certains s’y reconnaissent à travers un ou quelques aspects du mouvement uniquement. C’est le cas de Michael Agathe de Pointe aux Sables. Les tchuii et les lettres en plus dans des mots ne l’intéressent guère. La seule priorité pour lui est sa tenue vestimentaire et son apparence. “Je m’habille à l’américaine, parfois en savates, shorts 3/4, style la plage. Parfois en jeans déchirés.”

Ce nouveau père de famille confie d’ailleurs ne pas faire attention aux passants qui lui lancent parfois des regards accusateurs. “Mo pa abiy pou lizie dimounn mwa, mo kontan abiye, mo kontan trouv mwa prop, mo kontan swiv lamod amerikin, mo kontan glase. Ena dimounn ki pe trouv mwa vakabon, me pa li sa. J’aime le style de Lil Wayne, je peux avoir l’air d’un gangster, mais je n’en suis pas un. Je suis un gentil garçon qui ne boit même pas d’alcool.”