Statistics Mauritius prévoit une croissance de 3,7% l’année prochaine en progression par rapport à 2012
Les derniers indicateurs de tendances économiques, rendues publiques en début de semaine par la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) contrastent avec le Mood Up Beat affiché par les Estimates de Statistics Mauritius, avec des prévisions de croissance économique à la hausse. La principale inquiétude suscitée par l’indicateur du climat des affaires de la CCI porte sur le spectre du licenciement à partir du début de l’année prochaine, avec d’une part pas moins de 10% des opérateurs économiques n’écartant pas cette éventualité, et une majorité n’envisageant pas de procéder à des recrutements. Même si la croissance de 3,7% pour 2013 annoncée par Statistics Mauritius est en progrès par rapport à cette année, des appréhensions restent de mise avec la décélération de 3,7% dans les investissements privés en 2012 et de faibles perspectives de redressement l’année prochaine.
Les responsables de la CCI ne cachent pas leurs craintes vis-à-vis de l’évolution du baromètre du monde des affaires. Depuis le troisième trimestre de l’année dernière, soit sur six trimestres consécutifs, l’indicateur de confiance des entrepreneurs est au rouge. « L’indice a perdu plus de 2,7 points (3,1%) entre octobre et décembre de cette année et s’établit, désormais, à 85,4 points, soit le niveau le plus bas depuis le lancement de cet indicateur en juin 2010 », souligne la synthèse de la CCI, qui ajoute que « presque tous les variables utilisées dans l’estimation de cet indicateur sont défavorables ».
D’un pont de vue général, la CCI fait ressortir que « ce résultat (à la baisse) est assez préoccupant car cette période de l’année est généralement marquée par un certain dynamisme de l’activité économique, dû aux fêtes de fin d’année ». « Que ce soit en 2010 ou en 2011, l’indice du climat des affaires à Maurice avait connu des hausses significatives au quatrième trimestre. » La principale répercussion de ce mood négatif dans les secteurs économiques pourrait se traduire par une reprise du taux de chômage avec les effets conjugués de risques de licenciements pour raison économique et du tassement dans la création de nouveaux emplois.
Quatre facteurs sont identifiés pour expliquer la détérioration du climat des affaires avec le sentiment de plus en plus éprouvé que « la baisse du solde des anticipations des entrepreneurs laisse entrevoir une année 2013 teintée de difficultés ». Les facteurs définis sont une conjoncture économique encore difficile dans le sillage de la crise économique mondiale, qui va sur sa cinquième année, les effets de la dégradation sur le plan économique dans la Zone Euro, « une demande locale stagnante ou en baisse due à la frilosité d’une grande partie des consommateurs, plus prudents dans leurs achats » et l’absence de visibilité à moyen terme n’aidant en rien les entrepreneurs même les plus hardis.
« Nous percevons que cette anxiété pourrait avoir une répercussion sur l’emploi. Environ 10% des sondés affirment qu’ils envisagent le licenciement économique, vu la continuité de la crise. De plus, environ 85% des entrepreneurs consultés indiquent qu’ils n’ont aucunement l’intention de recruter dans les mois à venir », met en garde la CCI sur la base des données enregistrées.
Le fait, qui pourrait paraître aussi paradoxal en cette fin d’année, est que le niveau de confiance est au plus bas, à 62,6 points, soit une baisse de 8,1%, dans le secteur du commerce. La conséquence majeure de cette morosité se fait sentir au niveau de l’emploi avec « environ 6% des panelists affirmant qu’ils vont devoir licencier et 88% indiquant qu’ils n’ont pas l’intention de recruter dans les mois à venir ».
La tendance en termes d’emploi n’est guère différente dans le secteur manufacturier, où l’indicateur du climat des affaires est encore à la baisse, enregistrant une baisse de 3,1 points pour atteindre 87,5 points. Plus de 26,4% des opérateurs dans le secteur manufacturier participant à l’exercice de la CCI prévoient une baisse de leurs activités dans les trois prochains mois.
Cette anticipation pessimiste s’articule autour du fait que plus de deux-tiers des industriels indiquent que le niveau des commandes fermes n’a pas bénéficié des effets escomptés par rapport à cette période de fêtes de fin d’année. Le pourcentage d’opérateurs manufacturiers susceptibles d’appliquer la guillotine du licenciement économique est presque le double comparativement au commerce, soit 11%. Par ailleurs, 84,2% n’ont aucune intention de procéder à des recrutements en raison des perspectives plus sombres.
Même si le secteur des services, allant du tourisme aux activités liées à l’externalisation, enregistre une hausse de 2,1 points à l’indice du climat des affaires, soit la seule note positive en cette fin d’année, l’avenir ne semble être guère brillante dans ce secteur, qui a enregistré cinq trimestres de baisse consécutive. « Le solde des opinions des entrepreneurs est positif à 21 points, indiquant une hausse de leurs activités. Toutefois, une analyse approfondie nous montre que cette sérénité risque de ne pas durer. À la question sur l’évolution future des affaires, les perspectives sont plus sombres avec un solde des anticipations négatif de -20 points, indiquant une probable détérioration des affaires en 2013 », avertit la CCI.
« À la question sur leurs intentions d’embauche, le solde est négatif à -7,89 points. Plus de 10% des opérateurs de notre panel confirment leurs intentions de licencier du personnel dans le cas où leurs anticipations négatives sur la conjoncture économique se confirment au cours des trois prochains mois. De plus, 84,2% affirment qu’ils n’envisagent aucun recrutement. Cela pourrait avoir un impact sur le taux de chômage car ce secteur est très porteur en emplois », soutient la CCI par rapport au secteur des services, qui éprouve des difficultés depuis plus d’une année.
Alors que l’indicateur synthétique des affaires soutient que « plus d’un quart des sondés indiquent qu’ils prévoient une détérioration des affaires au cours du premier trimestre de 2013 et environ 61% ne prévoient ni amélioration ni détérioration », les dernières prévisions officielles de Statistics Mauritius sont nettement plus optimistes avec un taux de croissance de 3,7% pour 2013, soit un taux supérieur à celui de cette année.
Statistics Mauritius prend le soin d’accompagner ces prévisions avec une Note of Caution en avançant : « The estimates do not take into account possibilities of deterioration in the economies of our main export markets. On the other hand, recovery therein coupled with full implementation of budget measures, more specifically those related to public infrastructure projects, would result in a higher GDP growth of 3,9% in 2013. »
Ces prévisions de croissance de 3,7% l’année prochaine sont basées sur
– une production sucrière de 400 000 tonnes de sucre, soit une décroissance de 3% contre -7% cette année,
– une progression de 2% contre 1,9% en 2012 dans le secteur manufacturier avec un ralentissement prévu de la croissance dans le Seafood Hub, une légère reprise de 2% dans le secteur textile contre une croissance zéro en 2012,
– une contraction de 2% dans la construction après la baisse de 2,9% cette année et de 2% en 2011,
– une croissance de 3,5% dans l’Hospitality avec des prévisions d’un million de touristes en 2013 et
– une réédition de la performance de 5,5% au niveau des services financiers.
Mais de tous ces paramètres, l’élément le plus déterminant de la croissance économique annoncée demeure le niveau des investissements. La tendance enregistrée jusqu’ici ne semble nullement rassurante. En effet, cette année, les investissements privés ont chuté de 3,7% contre une croissance de 3,4% en 2011. Le mood dans le monde des affaires ne semble pas propice à des investissements dans les prochains mois.
Le seul signe positif en 2012 a été une relance au niveau des investissements publics, soit une progression de 2,3% avec les travaux dans le domaine de l’infrastructure routière, à l’aéroport et la construction de la prison à Melrose, atténuant du même coup la baisse dans les investissements globaux à 1,8%. Le taux d’investissement continue à évoluer à des niveaux historiquement bas. « Investment rate would be 22,8% in 2012, lower than the figure of 24% in 2011 », reconnaît Statistics Mauritius.
Les investissements dans la construction continuent à régresser, soit -1,1% en 2012 avec la fin des plus importants chantiers dans le privé, alors qu’un ralentissement se fait également sentir dans la filière de la construction résidentielle, soit une décélération de 2,6%. L’achat d’équipements et de machines a connu une baisse de 3,5% contre une augmentation de 9,6% en 2011 suite à des investissements dans des équipements pour la génération d’électricité.
Dans la conjoncture, le poids des investissements publics sera suivi de près en vue de soutenir les prévisions d’une croissance annoncée de 3,7% car il paraît invraisemblable de voir des changements majeurs dans le Pattern of Investment du secteur privé en 2013…