La double manche du circuit ITF-CAT U 12/U14 a été pendant une dizaine de jours un carrefour d’échange sportif rassemblant non seulement les jeunes raquettes de la région, mais aussi quelques-unes venant d’aussi loin que la Libye, pays qui fut touché de plein fouet par “le printemps arabe” et secoué pendant deux ans par une guerre civile.
En pleine reconstruction et en quête de renouveau, le tennis libyen retrouve à peine le goût de la compétition et aspire désormais à des lendemains meilleurs. C’est ce qu’affirme de vive voix Salah Lamami, membre de la Fédération libyenne de tennis. Il est arrivé à Maurice avec un effectif comprenant quatre joueurs, deux en U14 et deux en U12, et deux dirigeants.
« La guerre nous a beaucoup affectés. Elle nous a fait reculer et maintenant nous devons tout recommencer. C’est pourquoi nous sommes venus ici afin de donner à nos jeunes l’occasion de se remettre dans le bain et s’améliorer », lance-t-il tel un cri du coeur.
Salah Lamami est conscient de l’énorme défi. Mais avec l’aide acquise des sept fédérations, comme il les appelle, qui ont été rétablies, notamment à Tripoli et à Bengazi, il ne compte pas reculer. « C’est seulement maintenant que nous essayons de faire notre retour sur la scène internationale avec nos jeunes. Les autres qui étaient là avant l’éclatement du régime en 2010 ont arrêté. Ils avaient entre 18 et 20 ans et le tennis, c’est fini pour eux. Toute cette génération a disparu. Il est trop tard pour revenir. »
Si la guerre ne fait plus de dégâts en Libye, le pays n’est toutefois pas à « l’abri d’attentats meurtriers et de violences qui continuent de temps à autre de sévir. » « Nous vivons toujours sous la menace de ces situations. Mais nous travaillons aussi très dur pour faire progresser nos jeunes. C’est pourquoi nous avons décidé de revenir à Maurice chaque année pour leur faire jouer le circuit. Le niveau leur permet d’avancer », se réjouit Salah Lamami.
Il raconte que le tennis en Libye a cessé d’exister pendant les deux années de guerre civile (2010-2012). Et seuls les joueurs qui se trouvaient par chance à l’extérieur du pays durant la révolte ont pu échapper à ce triste sort. Quelques-uns se trouvaient en ces temps de troubles au Maroc et ont pu s’accrocher à leur carrière. D’autres qui étaient aux États-Unis et en Grande-Bretagne notamment y sont restés jusqu’à ce jour, à l’instar de Mohaned El Houni, un jeune dont on se souvient avait fait parler de lui en 2010 à Maurice à l’occasion de la tenue du même circuit ITF-CAT.
« C’était avec le début des violences. Mohaned a maintenant 17 ans. Il vit aux USA. Il a eu de la chance », raconte notre interlocuteur. Faras Abou Gassrai, qui avait lui aussi rejoint les États-Unis, a atteint les quarts de finale du dernier tournoi des Jeux méditerranéens.
Espoir
Salah Lamami est alors rejoint par Ali Ghashout, président de la Fédération de tennis de Tripoli. Il est aussi le père de Mohamed et Ahmed Ghashout, qui se sont alignés au double circuit mauricien. « Cela fait cinq ans depuis que nous faisons de notre mieux pour lancer le tennis en Libye. Mais la guerre est venue tout remettre en question », confie-t-il.
Mais depuis cette année, le situation s’est améliorée. Le fédération libyenne a aussi acquis le soutien de l’État et ainsi un contingent de 18 joueurs a pu se rendre en camp d’entraînement en Serbie avant que quelques-uns d’entre eux ne débarquent à Maurice.
La Libye a également bénéficié d’une wild card pour disputer en mars dernier les championnats d’Afrique juniors au Kenya. Il s’agit de Snad Alashheeb qui a du reste terminé 4e au classement de la seconde étape du tournoi mauricien dimanche. « Il y avait obtenu une place en se basant sur le classement ITF-CAT U12 qu’il possédait avant la période de guerre en Libye. Cela dit, il a perdu son classement, n’ayant pu participer à au moins quatre tournois pour le conserver. »
Outre Snad Alashheeb, Mohamed et Ahmed Ghashout, la délégation de joueurs libyens était composée d’Ibrahim El Amami (U12). Ahmed Ghashout s’est classé 5e de la seconde étape du circuit et Ibrahim El Amami 3e en U12, Snad Alashheeb 4e et Mohamed Ghashout 15e en U14. Snad Alashheeb et Ibrahim El Amami a terminé 3es au classement de la première étape. De quoi donner effectivement de l’espoir à Salah Lamami et Ali Ghashout pour l’avenir.
« Nous sommes très satisfaits de la prestation de nos jeunes. Ils ont fait de leur mieux et nous sommes contents. Nous tenons vraiment à remercier la fédération mauricienne et tous les gens qui ont rendu notre séjour chez vous agréable tant au nouveau de l’accomodation, du déplacement et pour toutes les facilités qui ont été mises à notre disposition », déclarent-il d’une seule voix.
Avec les nouveaux contacts qu’il a été établis avec la Serbie et la Tunisie, le tennis libyen est prêt à affronter l’avenir. En décembre, il devrait même disposer d’un technicien étranger pour décoller.