La victoire des jeunes Mauriciennes face à des Réunionnaises plus expérimentées a quelque chose de spécial. Cette nouvelle génération de pongistes, composée des Widaad Gukhool, Déborah Wong, Jaisina Newaj, Caroline Ramasawmy et autre Isabelle Chowree, n’est peut-être pas la plus talentueuse, mais elle est assurément l’une des plus belles que Maurice aura connue. La victoire des Mauriciennes face aux Réunionnaises, en trois jeux à un, témoigne de cette rage de vaincre, cette envie de prouver que les techniciens ont eu raison de leur faire confiance.
Pour cette rencontre particulière, Patrick Sahajasein a décidé de miser sur ses deux meilleures joueuses, Widaad Gukhool et Déborah Wong. À elles deux, elles ont une moyenne d’âge qui frise les 17 ans. Mais l’expérience est grande. Widaad Gukhool le démontre en premier. Chloé Santanon, techniquement la meilleure joueuse réunionnaise, faisait les frais. Widaad Gukhool ne laissera aucune chance à la Réunionnaise, empochant d’entrée le premier jeu et offrant le premier point du match à Maurice avec une victoire en trois sets à rien (11-9, 11-3, 11-7).
C’était au tour de Déborah Wong de ramener le deuxième point. Mais la Réunionnaise Audrey Picard est passée par là. Une victoire de Picard, 3-1 (11-6, 11-6, 9-11, 11-9), permettait aux représentantes de l’île soeur de croire encore à la médaille d’or.
« Oui, il y a eu des moments de doute. Mais là, j’ai comme l’impression d’être sur un nuage », confiait Déborah Wong. Surtout que la tâche s’annonçait dure en double. Un double décisif, qui allait désigner les futures médaillées d’or.
L’association Gukhool-Wong, qui avait déjà porté ses fruits la veille, n’a pas failli à sa tâche encore une fois. De l’autre côté, le coach réunionnais Nelson Fontaine décide de placer sa confiance dans son tandem maison Rivière-Picard. La victoire reviendra au camp mauricien après une haute lutte. « C’est vrai que nous avons été un peu bousculés. Maurice a bien préparé son équipe. » Cette dernière terminera la rencontre 3-1 (13-11, 9-11, 11-9, 11-6), et reprendra la tête.
Alors, les deux meilleures joueuses se croisent. D’un côté, Widaad Gukhool, de l’autre, Audrey Picard. Une joute qu’on attendait disputée, mais qui frisera parfois la monotonie si ce n’était les fois où les joueuses exulteront après leurs points. Il n’empêche que cette tactique portera ses fruits. Widaad Gukhool remportera les trois sets (11-4, 11-6, 11-7). Au moment d’aborder ce dernier jeu, la pression est à son comble. Mais une fois le point libérateur marqué, Widaad Gukhool se lâchera. Les larmes lui viendront aux yeux.
« C’est ma première médaille aux JIOI. Je la dédie à ma famille, à mon papa qui est toujours présent à mes côtés, aux coaches, à mon sponsor QBL. Surtout, surtout, je la dédie à l’île Maurice entière », souligne la championne de Maurice.
De son côté, Déborah Wong n’y croit pas. « Je suis encore en train de réaliser l’exploit. Oui, je m’attendais à un match un peu serré. » Et elle prend une belle revanche sur le sort, elle qui a commencé sa carrière de sportive comme nageuse. « Je savais qu’en natation je n’avais pas de grande chance. Mais là, je suis médaillée d’or aux Jeux des îles. C’est incroyable. »
Patrick Sahajasein, lui, a une pensée spéciale pour son collègue et ami Rajessen Desscann, qui n’a pu faire le déplacement. « Nous l’avons appelé pour lui annoncer la nouvelle. C’est son équipe que j’ai menée à la victoire. C’est dommage qu’il ne soit pas là pour savourer ça. »
Maintenant, il s’agit de se concentrer sur le reste des épreuves. « Il nous reste encore autre chose à aller chercher. » Le Réunionnais Nelson Fontaine ne veut toutefois pas faire preuve de fatalisme. « On a perdu la bataille, mais pas la guerre. Nous ne ferons pas la même bêtise que 2007 : deux finales par équipes et inexistants par la suite », prévient-il. Les Mauriciens sont prévenus…