Il faudrait que ceux qui continuent, mauvais résultat après mauvais résultat financier, à diriger Air Mauritius se mettent d’accord. D’un côté, on a un président du conseil d’administration sur le départ — il quitte le navire avant le naufrage — qui dit qu’il faut revoir le « business model » de la compagnie. De l’autre côté, on a un ex-employé représentant les petits actionnaires qui, dans une lettre ouverte, critique le fonctionnement de ceux qui dirigent la compagnie et qui insiste qu’il faut impérativement changer de méthode de gestion avant la catastrophe. A première vue, le président en partance et l’ex-employé disent la même chose. Mais au lieu de lire attentivement la lettre de l’ex-employé, le conseil d’administration — dont fait encore partie le président qui a demandé un nouveau business model — lui fait servir une mise en demeure et lui réclame Rs 50 millions pour avoir porté atteinte à l’image de la compagnie nationale. Voici quelques points de la lettre ouverte de Ram Ramlugun :
o Le Chairman, le CEO et les responsables (Board/Management) de la mauvaise gestion doivent être éjectés avant l’adoption de n’importe quel plan de sauvetage de l’entreprise ;
o Il faut un audit complet de QUI a fait QUOI exactement à MK, en réalité et à quels frais ?
o Pourquoi avoir recours si souvent a des consultants externes aux coûts faramineux et dont les rapports ne sont jamais appliqués in toto ?
o Il faut mettre fin à  la culture de clans/protégés autour des CEO et des passe-droits/iniquités dans les nominations et promotions ;
o Tout CEO ou Top Executive qui n’a pas plus de 10 ans de service ne doit pas bénéficier de billets gratuits ou forfaitaires à vie, idem pour les employés.
En quoi ces remarques de bon sens peuvent-elles porter atteinte à l’image de MK ? Cette compagnie a-t-elle encore une image après ses faits d’armes de ces dernières années, en sus de ses résultats financiers en chute libre ? Comment une compagnie d’aviation peut-elle avoir une bonne image de marque quand sa direction a licencié son PDG, parce qu’il avait osé traîner un employé, super bien protégé politiquement, devant un comité disciplinaire ? Comme pour d’autres renvois du même type — souvenez-vous des pilotes ayant fait grève —, la compagnie aura à trouver un arrangement financier « outside court » pour payer le prix de ses erreurs. Comment une compagnie dont le nombre de retards, de renvois et d’annulation de vols commence à devenir une marque de fabrique peut-elle prétendre avoir une image de marque ? Sans compter que du côté même du gouvernement, son principal actionnaire, des voix commencent à s’élever pour contester la politique, la stratégie, le choix des destinations, auxquels ils attribuent, par exemple, la forte baisse de touristes chinois.
Si, comme beaucoup ont tendance à le croire, la mise en demeure de Rs 50 millions n’est qu’une tentative de faire taire Raj Ramlugun, le conseil d’administration d’Air Mauritius a, une fois de plus, pris une mauvaise décision. Loin de le faire taire, la menace n’a fait que stimuler davantage Raj Ramlugun comme le prouve sa conférence de presse post-menace, tenue cette semaine. Une menace de Rs 50 millions pour essayer de réduire au silence quelqu’un, ça peut aussi vouloir dire que sa parole vaut de l’or.

Dans la sphère des radios privées, Multi Carrier Mauritius Limited (MCML), l’organisme qui véhicule le signal radio, est en train d’essayer de changer les fréquences des chaînes de radio afin de faire de la place pour les deux petites dernières. Deux petites dernières dont l’attribution des licences s’est faite dans des conditions dénoncées par les trois pionnières des radios privées. Les tentatives de MCML ont débouché sur un exploit dans le monde audiovisuel mauricien : réussir à pousser les trois radios privées concurrentes à créer un front commun pour obtenir le maintien de leurs fréquences. D’après les courriers échangés, il semblerait que MCML ait décidé le changement des fréquences de manière unilatérale, sans l’accord des trois radios privées et a même fixé la date du 2 mai pour faire débuter l’opération. Du coup, les trois radios privées se sont tournées vers l’Information and Communication Technologies Authority (ICTA), l’autorité locale en matière d’attribution et de gestion des fréquences. Elles avancent que le changement des fréquences sur lesquelles elles émettent depuis dix-sept ans, décidé sans consultation préalable, va leur causer d’énormes préjudices, impacter sur les coûts de production et leur faire perdre des auditeurs. Elles demandent donc à l’ICTA de contraindre MCML à surseoir à sa décision unilatérale et de discuter avec les opérateurs historiques du secteur avant de prendre la moindre décision.
Une autre affaire à suivre.

Jean-Claude Antoine