Avec les fissures transformées en crevasses sur l’autoroute M3 Terre-Rouge/Verdun depuis au moins une semaine, la Road Development Authority (RDA) se retrouve dans une position des plus inconfortables. Des sanctions sévères sont à prévoir surtout avec le « Cover-Up » délibéré de cet organisme public au sujet des fissures qui avaient déjà été décelées au même niveau de ce tronçon, à Valton, depuis février 2013, soit à dix mois de l’ouverture officielle de cette nouvelle autoroute au coût de Rs 4 milliards. Lors d’un point de presse hier après-midi, le ministre des Infrastructures publiques, Nando Bodha, a confirmé que la RDA était l’un des responsables de la détérioration de la situation à Terre-Rouge/Verdun, ainsi que les firmes Colas et Egis BCEOM. D’autre part, une opération de « damage control » sera enclenchée sur les trois prochains mois avec la construction de drains pour stabiliser la route, en attendant un projet final pour les travaux de réparations. Avec la certitude que l’autoroute M3 ne sera pas rouverte de sitôt, des changements devront intervenir sur l’autoroute de Roche-Bois en direction de Port-Louis avec un élargissement de la route pour faire place à une troisième voie.
Le dossier Terre-Rouge/Verdun prend des allures de nouveau scandale avec des informations des plus troublantes remontant à la surface en cette fin de semaine, plaçant la RDA sur la sellette. Au cours des dernières séances de consultation de haut niveau quant à la situation sur la nouvelle autoroute, la RDA s’est délibérément engagée dans une tentative de « Cover-Up » portant sur des événements qui se sont produits sur cette même route dans le passé. Cet organisme public s’est évertué à faire accroire au ministre Nando Bodha qu’aucun problème n’avait été signalé pendant la phase de construction, et encore moins des fissures décelées. Grâce aux révélations de la firme Colas, dont les services ont été retenus pour la construction de cette route, le ministre des Infrastructures publiques a obtenu confirmation que des fissures avaient déjà été relevées au même niveau en février 2013, soit dix mois avant l’ouverture officielle de cette nouvelle autoroute qui faisait jusque-là la fierté des réalisations de l’ancien régime.
Selon les informations en sa possession, que Nando Bodha a révélées à la presse hier après-midi, des recommandations avaient dans un premier temps été effectuées par la firme Egis BCEOM pour remédier au problème constaté. Mais pour des raisons qui méritent des éclaircissements, celle-ci avait décidé par la suite d’abandonner ces travaux alors que Colas avait fait comprendre à la RDA qu’ils étaient essentiels pour éviter tous risques de fissures à l’avenir. « Contractor considers that this trench drain was essential for the prevention of cracks in road surface in the future and unable to understand the reason for this refection », avait soutenu Colas à l’époque. Avec ces développements majeurs, des sanctions sont plus que jamais à prévoir au niveau de la RDA, dont le General Manager, Kadressen Dorsamy, est parti à la retraite en cette fin de semaine. Pour l’heure, le ministre Nando Bodha désigne déjà trois responsables concernant les fissures constatées : la firme Egis BCEOM, le contracteur Colas et la RDA, qui est censée être le chien de garde du gouvernement pour les travaux d’intérêt national.
D’autre part, le rapport technique des experts de l’Agence internationale japonaise de coopération (JICA) apporte des éléments encore plus troublants au sujet de la construction de cette route. Un « standard penetration test » en vue de déterminer la résistance du terrain pour la construction d’une route a permis d’établir que les conditions sur le terrain n’étaient pas favorables à un tel projet. « Cette résistance est mesurée sur une échelle de 0 à 50, en sachant qu’il faut un minimum de 30 pour pouvoir construire une route. Les retombées de la JICA sont que le N-value de cette terre est de 6. Si ti fer sa tes-la depi avan, li ti pou kler ki pa kapav fer sa sime-la lorla », a déclaré Nando Bodha. La JICA devait sévèrement conclure dans son rapport que « le N value 6 is too low to hold the embankment structure ».
Dans la conjoncture, les Infrastructures publiques devront s’engager dans une opération pour stabiliser la situation à Terre-Rouge/Verdun dans les trois mois à venir avec l’aménagement de drains horizontaux des deux côtés de la route. Cet exercice sera suivi d’une période de « testing », et ce n’est qu’après cette phase que le gouvernement se concentrera sur les travaux à effectuer pour la réouverture de la route. Une des options à l’étude serait de construire la route sur des pilotis. Mais pour l’heure Nando Bodha soutient qu’il est prématuré de faire une estimation des travaux à venir, surtout que la phase de « testing » avec l’aménagement de drains n’a pas encore débuté.
Avec environ 30 % du trafic circulant via l’autoroute Terre-Rouge/Verdun, qui devrait rester fermer pour encore un bon moment, les Infrastructures publiques sont en consultation avec les Casernes centrales en vue d’alléger le stress quotidien des automobilistes pour gagner la capitale. Le ministre Nando Bodha a annoncé que le tronçon de l’autoroute M2 à hauteur de Roche-Bois sera élargi incessamment avec la construction d’une troisième voie menant vers le centre de Port-Louis alors que les deux voies en direction du Nord resteront opérationnelles. Compte tenu du flux de véhicules empruntant cette partie de l’autoroute en journée, les travaux devraient être effectués durant la nuit ou pendant le week-end. À ce stade, aucune indication n’est disponible concernant la date à laquelle les travaux débuteront. Des séries de déviations seront également prévues à partir du rond-point de l’ICAC en passant par ABC Motors et les rues avoisinantes pour rejoindre plus rapidement la Place d’Armes.