Las à force de se battre en vue de recouvrir leurs frais d’études pour pouvoir rentrer dans leur pays natal, les étudiants népalais qui avaient porté plainte contre la direction de Spherinity Ltd pour escroquerie alléguée jettent l’éponge. L’un d’entre eux, Krishna Dahal, nous a livré ses sentiments quelques heures avant son départ pour le Népal…
« Je suis rempli d’amertume », confie Krishna, jeune homme de 20 ans venu à Maurice en 2013 des projets plein la tête. « Nous n’avons jamais été compensés ni pu étudier », ajoute-t-il. Comme lui, une quarantaine de ses camarades, tous originaires du Népal et qui avaient choisi Maurice comme destination pour effectuer des études tertiaires, ont le sentiment d’avoir été bernés. « L’annonce parue dans un journal népalais était attirante. L’annonce parlait d’études pendant 6 mois ainsi que de stages rémunérés », explique Krishna Dahal que nous avons rencontré quelques heures avant qu’il ne boucle sa valise en direction de l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam. Maurice est un pays qu’il ne compte pas retrouver de sitôt, tant son passage a été marqué par des moments de doute et de déception.
Rappelons qu’en septembre 2013 l’affaire Spherinity Ltd a éclaté, comme tant d’autres dans le secteur de l’enseignement supérieur en 2013, quand une quarantaine d’étudiants népalais inscrits dans cet établissement privé situé à Flacq ont porté plainte au Central Criminal Investigation Department (CCID) pour escroquerie. Ils étaient arrivés au pays en mai 2013, tous âgés entre 19 et 30 ans. À leur arrivée à Maurice, au lieu de suivre des cours en Hospitality & Management, on leur a fait comprendre que ce cours ne pouvait être dispensé momentanément et qu’entre-temps ils allaient suivre des cours en informatique. Selon Krishna et ses camarades, ils n’ont suivi aucun stage rémunéré comme le promettait l’annonce parue dans un journal népalais.
En conséquence, ces étudiants ont consigné des dépositions contre la direction de Spherinity Ltd, l’accusant d’escroquerie, soit une somme de 3 125 euros par étudiant qu’ils avaient réglé à l’institution. Ils avaient également organisé des sit-in. À un moment, une menace de déportation pesait contre certains d’entre eux perçus comme des « têtes brûlées » qui avaient été menacés d’expulsion par l’institut pour mauvaise conduite. Ces jeunes avaient également eu l’aide d’un avocat pour effectuer des démarches au niveau légal en vue de réclamer le remboursement de leurs investissements et pour obtenir justice. « Quatorze mois se sont écoulés et nous n’avons aucune réponse, pas même de la police. C’est silence radio », fait remarquer le jeune Krishna.
À quelques heures de son départ, le jeune homme se dit soulagé de retrouver sa famille au Népal où il compte d’ailleurs reprendre les études. Mais il confirme être rempli d’amertume. « Mes parents ont dépensé de l’argent pour payer mes études, ce qui au final s’est avéré être une perte sèche », dit-il.
Depuis que le scandale a éclaté, cinq des étudiants népalais ont quitté le sol mauricien. Les autres, quant à eux, attendent toujours d’être remboursés. « Ils sont partis car ils en avaient ras le bol. Ils n’ont pu obtenir justice et ont le sentiment d’avoir été dupés par des agents avec de fausses promesses et qui agissent en toute impunité », dénonce Eddy Sadien du Regroupement des travailleurs sociaux (RTS) qui soutient ce groupe d’étudiants dans leur combat. Très remonté, le travailleur social ajoute : « Nous dénonçons la lenteur de la police à boucler son enquête dans cette affaire. À ce jour, nous ne savons pas ce qui s’est passé au juste ». Eddy Sadien déplore également que le Premier ministre « ne soit pas intervenu dans ce dossier ».