À Maurice, il n’y a jamais eu de ministère séparé pour  l’éducation tertiaire. En 2010, on a créé le ministère de l’Enseignement supérieur et  trois ans plus tard, force est de constater que son bilan est négatif. Durant cette année, avec les diverses polémiques autour de l’existence de certaines universités indiennes dans le pays, les problèmes des  étudiants népalais et les difficultés administratives à l’Université de Maurice, le secteur dans son ensemble a souffert. Si certains parlent de démocratisation de l’enseignement supérieur afin de  réaliser la vision du gouvernement d’avoir un gradué par famille, beaucoup d’autres estiment qu’on a privilégié la quantité au détriment de la qualité.
Les problèmes à la Tertiary Education Commission (TEC), la crédibilité de certaines institutions privées laissent un bilan assez mitigé. Si tout au long de l’année le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Rajesh Jeetah, n’a cessé de marteler que l’une de ses priorités était de faire de Maurice une destination d’études supérieures de renom international, ce rêve est loin de se concrétiser. La volonté politique de faire de Maurice un pôle d’excellence en matière d’études supérieures contraste avec les récentes secousses que connaît depuis quelque temps le tertiaire. Avec l’adoption du rapport Manraj au début de l’année, document préconisant une redistribution des fonctions à l’Université de Maurice afin de diminuer la lourdeur administrative, cette institution a une fois de plus été secouée avec la décision inattendue de mettre un terme au contrat du vice-chancelier de l’institution, le Pr Harry Rughooputh. Le départ forcé de ce dernier a une fois de plus soulevé plusieurs question quant à la prise de décision  du conseil d’administration de l’UOM, évoquant au passage l’ingérence politique. Si il y a quelques semaines, l’institution a vu la nomination d’un nouveau vice-chancelier, pour la première fois une femme, les procédures adoptées pour procéder à la nomination font objet de polémiques. Certains candidats, estimant que l’UOM n’a pas respecté les procédures, comptent dans un proche avenir saisir l’Equal Opportunities Commission. Par ailleurs, avec l’adoption du rapport Manraj qui préconise une restructuration, l’institution a au cours de cette année rempli plusieurs nouveaux postes dont le Pro VC Academia et Chief of Facilities. D’autres postes prévus dans le rapport devraient être remplis. Par ailleurs, parmi les promesses faites, beaucoup n’ont pas été tenues ou restent à l’état de chantier. Au plan financier, l’effort est indéniable, mais hélas encore très insuffisant. Comme en 2012, plusieurs millions ont été votés pour des réhabilitations d’urgence de bâtiments universitaires et la construction d’autres campus afin d’accueillir plus d’étudiants mais une année de plus est passée et on n’a pas encore vu poser une première pierre.
La polémiques des universités privées
Suite aux contestations de certains étudiants sur l’accréditation et la reconnaissance des diplômes de certaines universités indiennes dans le pays, le domaine de l’enseignement supérieur a fait face à plusieurs remous quant à la qualité de l’enseignement dispensé et des institutions implantées à Maurice.  La TEC a voulu savoir si les institutions mauriciennes délivrant des diplômes indiens sont dans l’illégalité ou pas. Cela faisait suite à une notice publiée par son homologue indien indiquant qu’aucune université indienne n’a eu l’autorisation de délivrer des diplômes à l’étranger. Cinq institutions d’enseignement supérieur opèrent-elles dans l’illégalité ? C’est ce que tente toujours d’établir la TEC. La Public Notice de l’University Grants Commission (UGC), équivalent indien de la TEC, émise le 27 juin, a eu l’effet d’une douche froide. Elle précise que l’UGC « n’a donné la permission à aucune université privée d’établir un campus ou un centre d’études à l’étranger ». Quant aux universités établies sous une loi du Parlement indien, elles « peuvent opérer uniquement au sein de la juridiction territoriale lui ayant été allouée sous cette loi et en aucun cas au-delà du territoire de l’État de son emplacement ».
Problèmes qui perdurent à la TEC
Après plus de deux ans, arrivé à la fin du contrat du directeur de la Tertiary Education Commission, le ministre Jeetah a réalisé en novembre 2012 que le Dr Praveen Mohadeb n’était plus la personne qu’il faut à la tête de la TEC. Pour rappel, la nomination du Dr Praveen Mohadeb en tant qu’Executive Director de la Commission en 2009 avait fait des mécontents. On lui reprochait d’avoir été mêlé à plusieurs polémiques touchant au secteur tertiaire, alors qu’une enquête de l’ICAC concernant une affaire d’allégations de conflit d’intérêts est en cours. À la suite d’une réunion convoquée en urgence, le Dr Praveen Mohadeb a été suspendu de ses fonctions le 14 novembre et fait toujours face à un comité disciplinaire. Entre-temps, la TEC a continué à opérer sans direction jusqu’à la nomination il y a quelques mois du Pr Ashok Kumar Bakshi. Les problèmes au niveau de la TEC ne cessent d’empirer. La récente nomination du Pr Ashok Kumar Bakshi en tant qu’Executive Director de cette instance avait pour objectif de ramener la sérénité dans le secteur de l’éducation tertiaire et d’apporter des solutions à des problèmes chroniques. Mais les derniers développements ne font qu’apporter des éléments déstabilisateurs. Le nouveau directeur exécutif de la TEC avait eu des démêlés avec les autorités de l’université de Delhi au point où des mesures disciplinaires ont été envisagées à son encontre le 27 juillet dernier. Les autorités mauriciennes, prises de court par ces dénonciations émanant de la Society for Values and Ethics in Education de l’Inde, tentent toujours d’en savoir plus sur le problème Bakshi.
La recherche : parent pauvre
Alors que le ministère aspire à faire de Maurice une nation scientifique et rêve que les Mauriciens puissent réaliser de grands projets de recherche, une grande partie de la communauté scientifique est sceptique. Elle considère que des décisions dans le domaine des sciences sont trop influencées par des considérations politiques, et qu’une véritable politique scientifique est inexistante. Si le potentiel est là, le financement fait défaut. À ce jour, les projets sont grands et ambitieux mais le budget accordé pour leur réalisation reste modeste. Plusieurs collaborations avec des institutions étrangères ont été annoncées dans le dernier budget afin de faire avancer la recherche. Le Mauritius Research Council, avec la collaboration de l’Université de Maurice et d’autres institutions, tente tant bien que mal de mener certains projets de recherche au niveau national. En un an, les réalisations sont minimes, la majorité des projets étant toujours en phase de concrétisation. Si l’on souhaite faire de Maurice un pôle de recherche, ce secteur d’avenir doit pouvoir bénéficier d’une politique de soutien cohérente, à la hauteur des enjeux qu’il représente.
Sur ces différents points, le bilan de l’enseignement supérieur pour l’année 2013 est une fois de plus mitigé. Certains progrès ont été réalisés, surtout avec l’ouverture de la tant attendue Open University Of Mauritius qui est opérationnelle depuis février, l’introduction de nouveaux programmes de formation et les partenariats développés avec des institutions étrangères pour l’ouverture de leur branche à Maurice. Outre les universités européennes, Maurice commence aussi à se tourner vers les institutions d’études supérieures d’Asie. L’Inde, la Malaisie et la Chine, entre autres, sont les nouvelles destinations que compte exploiter Maurice. En outre, malgré ces progrès, entre la gestion controversée de l’Université de Maurice, les problèmes de reconnaissance des diplômes accrédités par certaines institutions privées, les accusations à la Tertiary Education Commission et les budgets dédiés à la recherche jugés décevants, plusieurs autres projets stagnent. On annonce depuis 2010 la construction de nouveaux campus universitaires, à Montagne-Blanche, Rose-Belle, Pamplemousses et Réduit, mais rien n’aboutit alors que le ministre de l’Enseignement supérieur continue à dire qu’il faut un diplômé par famille. L’enjeu pour notre système d’enseignement tertiaire consiste non seulement à répondre à la demande du nombre d’étudiants qui souhaitent poursuivre des études supérieures, mais doit s’orienter vers les missions de formation continue, la recherche appliquée, la production d’innovations scientifiques et techniques, l’expertise et le conseil pour les opérateurs économiques et industriels. Pour y arriver, un véritable changement de mentalité et de stratégies s’impose.