Sciences Po Aix, Grande École française, s’implante à Maurice en partenariat avec la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), précisant ainsi la vocation de education hub. Sciences Po Aix affiche le désir de la « durée ». Stéphane Boudrandi, directeur du développement, nous parle de stratégie et pédagogie.
Une Grande École à Maurice, cela a de quoi matérialiser une ambition affichée depuis quelques années. Plus besoin de s’exporter pour bénéficier d’une éducation de type Sciences Politiques. C’est aujourd’hui l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence, dit “Sciences Po Aix” (voir hors-texte), qui ramène son soleil dans l’île. Située dans le grand sud de l’hexagone, elle ne devrait pas avoir de mal à s’acclimater au pays.
Car il s’agit bien d’acclimatation. On ne vient pas réinventer la roue du côté de Sciences Po Aix, mais on vient plutôt composer avec des partenaires locaux afin de s’inscrire dans la durée. C’est ce que relève Stéphane Boudrandi, directeur du développement à Sciences Po Aix, responsable du Master Management de l’information stratégique, directeur délégué du Centre d’intelligence économique. « À Sciences Po, nous sommes concernés par trois moteurs : la durée, le partenariat local – toujours vers l’entreprise – et l’ouverture internationale ».
Et voilà que la Grande École trouve en Maurice le terreau fertile pour une expansion régionale. Sciences Po semble croire en ce slogan de « comparative advantage » souvent relayé dans les médias. Pas qu’une idée vaseuse, donc. « Le premier prisme qui justifie notre arrivée, c’est la géographie, Maurice est entre l’Asie, continent du dynamisme économique, et l’Afrique, seule zone affichant encore une capacité à croître ».
De là, des « échanges peuvent se construire » – ce qui amène au deuxième prisme – et « au milieu de tout cela, il faudra tout faire pour en bénéficier ». De fil en aiguille, il va sans dire, selon M. Boudrandi, que « l’information prendra une importance incontournable ». Ce monde de l’information demanderait des aptitudes qui s’éloignent des canons de la spécialisation. Retour à la valorisation des soft skills. Au centre des projections, il faudra des professionnels capables de « synthèse », « de faire le pont entre les divers spécialistes », de « cadres qui prennent de la hauteur ». Il laisse entrevoir ce vaste chantier des enjeux plus élevés – au-delà des chiffres, des modèles et des décimales. On ressent bien par là l’importance de l’intelligence économique, de la géopolitique, de la négociation, de dialogues – tant de ficelles complémentaires d’autant plus intuitives.
« Notre vocation n’est pas de former des spécialistes, mais de s’inscrire dans cette tradition de spécialistes de la généralité ». À Maurice, cela équivaudrait sans doute à la formation de all-rounders, « de sorte qu’à chaque conseil où siègent un expert comptable, un directeur des ressources humaines, un émule d’une école d’ingénieurs, la société ait également besoin d’un Sciences Po capable de mettre en perspective et de rappeler l’exercice principal : la prise de décision ». À Sciences Po Aix, sont ainsi formés des secrétaires généraux, des éventuels consultants géopolitiques, des analystes. « Notre rôle est de produire des gens capables de comprendre les enjeux en toute complémentarité avec le financier, l’ingénieur ».
Sciences Po Aix compte dans ses rangs de nombreux spécialistes de la généralité qui finissent en haut de la hiérarchie. La Grande École s’enorgueillit d’ailleurs volontiers de compter Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, comme présidente de son conseil d’administration.
Pour janvier 2013, les mastères suivants seront lancés par l’institut : en M1 et M2 (bac + 4, + 5), un parcours en Gouvernance et Décision, et en M2 (+5), Affaires Internationales et Entreprises, ou Management de l’Information Stratégique.