Invitée au Salon International du livre « Confluences 2014 » par l’éditeur Christian le Comte, Amruta Patil présentera, entre autres, son premier album, « Kari », paru au Diable Vauvert. Elle dédicacera ses livres au stand Mauritiana de Christian. Amruta Patil a un style, une marque de fabrique qui lui est propre et qu’elle développe dans ses ouvrages. Née en 1979, elle est auteure et peintre. Elle a publié, outre « Kari », « Adi Parva » (HarperCollins). Ses nouvelles graphiques ont paru dans des anthologies et magazines dans le monde entier. « Kari » est une histoire contemporaine qui traite de l’amour, de l’amitié, de la mort. Le livre baigne dans un réalisme magique, donnant une version particulière de Mumbai. Adi Parva trouve sa filiation dans le Le Mahabharata (Un grand poème épique de l’Inde) et dans la tradition des conteurs. Le livre a été sélectionné parmi les meilleurs romans graphiques en 2012.
Amruta Patil nous offre des textes illustrés percutants. Elle est considérée comme la première nouvelliste graphique de son pays et un artiste dont les peintures sont saisissantes. L’Inde témoigne, à travers le livre, un intérêt pour le 9e art. L’écriture de Amruta, incisive, donne à comprendre des personnages denses et riches. L’auteure et artiste a grandi à Goa, une ancienne colonie portugaise où son père a servi dans les forces armées. La carrière de l’auteure est riche. Elle a suivi des cours dans une école d’art à Goa puis s’est déplacée à Bombay et à Boston où elle a terminé ses études. Elle a créé un magazine à Delhi. Pour elle, « l’Inde est le pays des extrêmes »: il y a les couleurs de Bollywood et la part sombre du sous-continent. Patil évoque volontiers une grande partie de son pays partagée entre tradition et modernité dans un climat paisible. Elle cite en exemple son personnage Kari qui ne dérange pas, n’est pas une rebelle mais se positionne clairement dans la vie, dans ses choix. Si ses parents, issus de la classe moyenne, sont opposés à son choix de vie, il n’y a, cependant, pas de conflit entre eux. Les parents sont dans la résignation. Le conte graphique d’Amruta Patil se déroule dans une ville Small City. On apprend que Kari a quitté son village pour une grande ville – une sorte de melting-pot. Une ville qui résonne des turbulences de la vie. Kari travaille dans une agence de pub (la pire forme de mondialisation selon l’auteure), il lui suffit de sortir de son immeuble pour côtoyer la misère. Patil a fait une mise au point dans une entretien : « Bombay n’est pas si simpliste, noire, sale et sombre comme je l’ai dessinée dans le livre. Et puis, j’ai aussi dépeint la ville selon l’état d’esprit de Kari : elle arrive dans une ville très différente de là où elle vient. Son expérience de la découverte de la ville est presque comme découvrir une personne aimée… » Parlons de l’artiste : Amruta, qui est considérée avant tout comme un écrivain possède un style visuel qui mêle aquarelle, peinture à l’acrylique et collage. Les thèmes récurrents de ses oeuvres sont memento mori, la sexualité, le mythe, les conditions de vie. Pour revenir à ses livres, quelques mots sur son roman graphique « Adi Parva », le premier volet d’une trilogie de romans sur la plus grande histoire jamais racontée, le Mahabharata. Il est question de la création de mythes, de Brahma, Vishnu et Mahesh. Amruta dit qu’elle aime aussi lire la Bible et c’est l’obsession de lire différentes versions possibles du Mahabharata qui a fait le reste. D’ailleurs, sa thèse en art à Boston porte sur Draupadi : « I may go on to write stories unpopulated by pictures or by creatures of divine impact, but there’s no turning back on a personal level. » Elle a déclaré que sa passion pour Le Mahabharata lui est propre – il n’y a pas eu d’histoire racontée par une grand-mère pour s’endormir. « Not being entrenched in tradition was great, » dit-elle, « because I got a chance to approach the lore without being caught up in propaganda. I questioned and counter-questioned; kept the reading list diverse, and switched the lens from respectful to irreverent and back time and again. » L’auteur joue avec la forme épique, l’épopée primitive du Mahabharata et réalise un projet d’écriture moderne grâce à une narration singulière, un style créé pour rester fidèle à l’histoire originale. Mais tout cela exige une grande responsabilité. « The trick is in being respectful to the essence, without being enslaved by earlier manifestations », dit-elle. Pour conclure cette brève présentation, Patil s’est exprimée sur la relation auteur/artiste. Pour elle, le roman graphique est un nouveau genre, en phase d’expérimentation en Inde: « Many of the people working within it are both author and illustrator to their project. Most of them are intelligent, conscientious people who actually have something to say; and are not just self-indulgently documenting non-lives and violent fantasies and menstrual cycles and efforts to get laid… » Amruta Patil n’a pas peur d’aborder la phrase, de générer des ruptures, de témoigner. A découvrir du 6 au 9 mars au Centre Swami Vivekananda à Pailles.