Le comédien Yannick Jaulin a examiné les désordres de notre oiseau mythique et légendaire : le dodo. Et il y a trouvé de l’inspiration, de l’humour et même du réconfort. « Je n’étais pas adapté au monde, pas en phase, mais orgueilleux, alors je me suis servi du conte. » Le comédien contera et racontera son histoire avec le Dodo le vendredi 1er juillet au théâtre Serge Constantin à Vacoas sur une invitation de l’Institut français de Maurice. En attendant cette rencontre avec le public mauricien, il anime des ateliers avec les comédiens, slammeurs et conteurs.
Homme de théâtre qui a battu les planches des Bouffes du Nord du théâtre de Chaillot et qui va faire son entrée au Rond-Point, Yannick Jaulin questionne son humanité, ses racines, ses doutes et ses peurs. Originaire de Vendée, il est travaillé par les réminiscences de sa langue natale… un patois local. Il a créé J’ai pas fermé l’oeil de la nuit en 2000, puis Menteur en 2003,
Terrien en 2007, avant de… rencontrer le Dodo.
En fait, cet artiste aurait été à un moment de sa vie tenaillé par l’angoisse insoutenable de devenir « un dodo de la culture » … autrement dit un comédien en voie de disparition et non pas le dodo que nous entendons en kreol comme un être un peu bête… « Tout le monde a peur de se faire manger par plus gros que lui, mais moi je me sentais carrément au début de la chaîne alimentaire. Je décidais de faire une dernière tentative avant la disparition. »
Il s’engage dans la révolte du dodo, prenant conscience de n’être pas le seul à se sentir en voie de disparition. « Je suis toujours là et je suis content. Je suis has been et je trouve ça formidable et plein d’espoirs… Je me sens comme une semence paysanne, longtemps condamné par l’industrie et les normes, et finalement persuadé d’être important pour l’avenir de l’humanité. »
Cette expérience hors norme l’a amené à se poser des questions essentielles… Y a-t-il un avenir pour les gentils ? Comment retrouver la sérénité après l’humiliation ? La domination culturelle se soigne-t-elle ? A-t-on les moyens de maintenir en vie les langues minoritaires et les dodos en général ? Aussi a-t-il créé des chantiers autour de la musique dodo, de l’oisiveté et de l’art de la guerre chez les dodos, etc. Ces sujets qui ont donné matière aux « ateliers du dodo », allaient ensuite permettre au spectacle Le Dodo de voir le jour.
À propos de l’animal, l’auteur nous dit : « Son identité se construit avec la prise de conscience de sa différence, comme une anomalie, une monstruosité délibérée par le regard de l’autre : “On le prendrait pour une tortue qui se serait affublée de la dépouille d’un oiseau” s’amuse Buffon… Est-on condamné à la norme ? pourrait aussi nous demander le Dodo, que gagne-t-on à s’y conformer, à être homologué, “stable et homogène” comme une graine commercialisable ? »
Le comédien en proie au syndrome du dodo finit par se dédoubler entre deux types de conteurs très différents. D’un côté, les spectateurs découvriront Japio, le conteur patoisant qui continue à raconter les mêmes histoires en feignant de ne pas voir que son île a disparu. Il reste les pieds dans l’eau, bercé par la nostalgie d’un monde révolu. Joslin refuse quant à lui de couler avec son île. Il l’a laissée derrière lui comme un fardeau, pour aller de l’avant. Il travaille dans le spectacle et rêve de réussite. Le dodo devient à travers le jeu de Yannick Jaulin, un alibi, une marionnette, un objet de projection pour parler de soi et de ses interrogations. Le drôle d’oiseau devient on ne peut plus humain.