La thérapie à base de méthadone adoptée par le gouvernement donne-t-elle des résultats satisfaisants ? Si certains travailleurs sociaux sont hésitants dans leur réponse et ne donnent pas de réponses catégoriques, en revanche, le directeur du Methadone Substitutions Therapy Centre, pour sa part, n’est pas mécontent des efforts investis dans cette direction.
« Sur 10 patients suivant le programme de méthadone, six font très bien », répond le Dr Apadoo. Par « faire très bien », celui-ci entend que ces patients suivent avec régularité l’ensemble de la thérapie qui leur a été proposée et qu’ils ont réussi à réintégrer la vie sociale et familiale. « Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour retrouver une vie normale, mais selon leurs proches, ils font beaucoup d’efforts pour y arriver. Ils se laissent encadrer par les ONG qui les ont référés pour la méthadone », dit le Dr Appadoo.
Kadress Runghen, engagé dans le combat contre la drogue depuis les années 80 et responsable du Groupe A de Cassis, garde, lui aussi, un ton positif, même s’il ne veut pas quantifier la réussite du programme. Cette organisation accompagne pour le moment 20 « patients » suivant le programme de méthadone. « Selon mo lobservasion, enn bon parti finn aret pike e finn aret kokin pou gagn zot doz kotidien. Parmi se ki nou finn akonpagne ena fin retrouv zot fami. Mo kapav dir ki methadone se enn mal neceser », estime M. Runghen avant d’avouer ne pas avoir été convaincu par cette méthode au départ. Mais le travailleur social déplore le manque de soutien du gouvernement aux ONG qui collaborent au programme. M. Rungen évoque les moyens financiers insuffisants et le manque de coordination entre les stakeholders. « Nous devons supplier pour obtenir les subventions », dit-il. Il est d’avis que les rencontres régulières entre le personnel travaillant dans les centres de distribution, les ONG, les responsables du Harm Reduction Programme, la Natresa et les cadres du ministère auraient contribué à un service plus efficace et auraient permis à chaque stakeholder de mieux comprendre les patients participant au programme.
L’homme n’est pas d’accord avec les remarques des dispensers selon lesquelles les ONG n’encadrent pas suffisamment les patients. « Il ne faut pas attendre d’être face à des problèmes pour mettre les stakeholders ensemble. Je ne cautionne pas l’incident qui a eu lieu au centre de distribution de Mahébourg, mais il faut savoir pourquoi les dispensers se plaignent régulièrement du comportement des toxicomanes. Les autorités leur ont-elles donné un aperçu global du contenu de cette thérapie avant l’introduction du service ? » s’interroge M. Runghen.