Dans quelques jours, la communauté tamoule célébrera une des fêtes les plus importantes de son calendrier, le Thaipoosam Cavadee. Depuis le vendredi 18 janvier, toute la communauté observe un carême végétarien de dix jours afin de bien se préparer à vivre cet événement.
Travaillant sur un bateau de croisière, Mervin Moothy se réjouit d’être à Maurice cette année pour pouvoir vivre plus intensément le Thaipoosam Cavadee, le dimanche 27 janvier. “Je le vivais à distance à travers les chants religieux, les prières et en étant uni à travers le carême avec ma famille et les autres membres de la communauté. Là, ce sera différent”, se réjouit-il.
Même si ce n’est pas sa première expérience, l’événement revêt cette fois une plus grande importance pour lui. Cela fait un certain temps déjà qu’il voulait être plus en communion avec les autres pour cette fête. Pour l’occasion, toute la famille a participé au grand nettoyage de la maison. Chacun se prépare intérieurement, même si Mervin est le seul qui portera le cavadee. Tout le monde le soutient.
Méditation.
Depuis le début du carême, c’est le mode de vie de ce jeune homme de 26 ans qui a changé. La prière, l’écoute des chants religieux dédiés au Dieu Muruga, l’abstinence ainsi qu’un changement de comportement envers les autres rythment sa vie et celle de sa famille. C’est ainsi qu’ils parviennent à se mettre au diapason de la spiritualité liée à cette fête. Ils espèrent tous perpétuer cet état d’esprit, au-delà de ce temps de grâce qui leur est proposé pendant ces dix jours. “Je consacre plus de temps à la méditation pour une bonne préparation spirituelle”, confie Mervin. Comme les autres dévots, il passe ses nuits à même le sol sur une natte, délaissant le confort de son lit.
Pour sa préparation spirituelle, Mervin se rend chaque soir au kovil avec les membres de sa famille où ils participent à des sessions de prières. Les repas se passent en famille; ils sont constitués de mets végétariens. Durant cette période, les Tamouls ne doivent consommer que des repas qui ont été préparés chez eux, le carême étant un temps de pureté pour la communauté.
Foi et lumière.
En marge des diverses processions qui auront lieu à travers l’île ce dimanche, les dévots ont déjà préparé la structure du cavadee qu’ils vont porter. L’arche a été bénie au kovil. À quelques jours de la fête, les ornements seront installés, ainsi qu’une statuette du Dieu Muruga avec les offrandes : lait, miel, fruits… Pour ceux qui vont porter le cavadee, une aiguille en argent purifié va leur transpercer la langue ou les joues.
Un rituel qui pourrait effrayer les non-initiés. Mervin ne redoute pas cet instant. Il est animé par la foi qui l’habite depuis le début du carême. Il confie que la lumière du Dieu Muruga va le porter le long de son parcours. “Cela ne m’effraie pas. C’est une grâce que je vais vivre. Je vais être en connexion avec lui. Ce n’est pas tous les jours qu’on vit cela.” Cette “insensibilité” à la douleur découle également du conditionnement effectué pendant le temps de préparation qu’offre le carême, souligne l’achagar Maistry.
Purification.
Dans sa préparation spirituelle, Mervin se fera percer la langue dimanche matin. Très tôt ce jour-là, comme tous les autres dévots, il se rendra au temple avec sa famille pour des sessions de prières. Puis, ils se dirigeront vers la rivière pour prendre le bain purificateur. Vêtu de son vesty couleur fuchsia, la couleur la plus portée le jour du Thaipoosam Cavadee, Mervin attendra le moment de se faire percer la langue, après les prières et les offrandes au Dieu Muruga.
Ce rituel est important, précise Menon Murday, président de la Mauritius Tamil Temples Federation (MTTF). Il permet au dévot de mieux se concentrer et de se consacrer totalement à son action car il est privé de parole. C’est également une façon de purifier sa langue, son corps et son âme, ajoute l’achagar Soondarajen Maistry. Ce rituel n’en est pas un de douleur ni de souffrance; il apporte la joie car il crée le lien entre le dévot et le Dieu Muruga, pour qui est fait ce sacrifice. “Il y a une vibration divine à cet instant et elle donne la force et le courage.”
Vie meilleure.
Le Dr Khesaven Sornum, Head School of Indian Studies, précise que se percer la langue et les autres parties du corps avec le vel (au bout duquel est souvent placé un limon) est un moyen de pénitence. “La douleur n’est pas intense. On peut la ressentir un moment, mais elle est passagère. Ce rituel, qui est effectué dans un moment de prière et d’invocation, témoigne de la dévotion au Dieu Muruga.” Il permet également de ressentir la souffrance des autres, tout comme marcher pieds nus et torse nu pour les hommes.
Pendant la procession vers le kovil, différentes facettes de la culture tamoule sont exprimées à travers les chants et les danses. Après les différents rituels qui marquent cette journée, viendra le temps du partage avec les voisins et la famille pour un repas végétarien composé de sept plats différents.
Le lundi 28 janvier, le pavillon va être descendu pour signifier que le temps du carême est terminé. Mais cela ne voudra pas dire que ceux qui ont participé au Thaipoosam Cavadee vont retrouver la routine. Dans leur quête spirituelle, ils ont aspiré à une vie meilleure. Ils espèrent la vivre à chaque instant…