110 morts en 225 jours. Soit 110 que l’on multiplie par trois, chiffre représentant une cellule familiale, ce qui fait un total de 330. À ce rythme, ils seront hélas ! peut-être donc plus de 500 Mauriciens qui, d’ici quatre mois – la fin de cette terrible année meurtrière pour les accidents de la route –, pleureront la disparition brutale de l’un des leurs. Plus de 500 compatriotes qui seront à jamais inconsolables et peineront à se remettre de la perte d’un père, d’une mère, d’un frère, d’une soeur, d’un enfant… Satyanand Damree le septuagénaire est venu allonger la déjà trop longue liste, ce vendredi 17 août.

Il n’y a pas que les chauffards et les fous du volant, ceux qui font fi du code de la route et qui sont grisés en permanence par la vitesse que l’on doit tenir responsables de cette hécatombe croissante. Dans cette catégorie d’écervelés, il faut compter aussi ceux qui ne semblent pas conscients que, quand on tourne une clé pour faire démarrer un véhicule, de la voiture personnelle à l’autobus, transport en commun, en passant par les vans scolaires et les taxis, quand on passe derrière le volant, on a sur nos épaules la responsabilité de plusieurs vies.

Il faut aussi compter avec ces conducteurs qui sont par exemple, des novices, peu habitués à circuler, ou qui maîtrisent mal leurs véhicules, et qui paniquent au moindre écart ou situation inattendue. Des conducteurs qui ne font pas l’effort de comprendre que la route est un espace commun, où il faut prendre en compte sa propre sécurité, mais aussi celle de plusieurs autres ! En l’occurrence, celle d’un ou des passagers que l’on embarque dans son véhicule. Et tout autant celles de plusieurs autres : des piétons, d’une part, et des passagers d’autres véhicules que l’on va croiser sur les routes que l’on va emprunter en outre.

Une des règles d’or de la bonne conduite est l’anticipation; se préparer psychologiquement et physiquement à ce que sinon soi, mais probablement un autre conducteur, ou piéton, peut faillir et ainsi entraîner un accident. Parer au pire est un aspect sine qua non pour toute personne qui prend le volant ou se retrouve sur un deux-roues. Cela semble utopique, voire impossible, que tous les conducteurs, chaque jour, soient dans les meilleures conditions physique et psychologique. L’alcool, mais également les drogues, hormis la fatigue et d’autres facteurs, compliquent la donne, en effet. Aussi, on ne le redira jamais assez : un peu d’attention et de précautions ne font jamais du tort. D’autant qu’il s’agit ici de protéger des vies.

Mieux, d’en sauver ! En l’absence de données spécifiques, l’on ne peut quantifier ni définir le nombre d’accidents, dont certains mortels, qui sont causés par l’inattention et l’imprudence. Et la triste réalité est que la plupart des conducteurs, de nos jours, n’ont que peu ou pas d’égard envers les autres usagers de la route; qu’ils soient piétons ou motorisés. La mentalité « moi ki mari » fait curieusement école et l’on arrivera difficilement à s’en départir… Le nombre effarant de morts sur nos routes ne semble pas parvenir à les faire sinon fléchir; du moins, réfléchir ! L’autre triste réalité de cette semaine concerne les retombées du rapport Lam Shang Leen.

Si jusqu’ici Pravind Jugnauth semblait maintenir le tempo et vouloir aller de l’avant avec les recommandations de l’ex-juge s’agissant de freiner le trafic de la mort, en visant ses tentacules, l’annonce de sa “Task Force” a suscité une réaction négative du peuple. La Vox Populi n’approuve, en gros, pas que des nominés politiques siègent au sein de cette Task Force. Et le peuple n’a pas totalement tort.

Un corps intégralement indépendant, servi par des techniciens et des professionnels, ayant à coeur leur devoir, collerait davantage et rassurerait la population sur les vraies motivations d’une telle instance. Si le PM non-élu souhaitait véritablement un départ nouveau en s’appuyant sur le rapport Lam Shang Leen, peut-être qu’en sus de leurs départs du gouvernement et d’autres sièges politiques, Pravind Jugnauth aurait réclamé de ceux qui sont proches du pouvoir et qui sont égratignés dans le rapport de démissionner en tant que députés ! Sur une base purement morale, ces politiques ne se sontils pas ainsi disqualifiés ? Méritent-ils le vote du peuple ? Mais la triste vérité est toute autre…