Ashish Beesoondial a retrouvé ses comédiens habituels et quelques autres qu’il ne connaissait pas mais qui ont une expérience de la scène ou des plateaux de tournage, pour mettre en scène ce qu’il considère comme le meilleur texte de théâtre d’Arthur Miller. Il le dit sans forfanterie, estimant qu’ici l’émotion va à son comble, que les personnages sont admirablement construits, et que la littérature restitue au mieux la complexité psychologique des humains. All my sons va être présenté à l’Alliance française, gratuitement, chaque soir du 8 au 12 juin, tandis qu’elle fera l’objet d’ateliers théâtre pour le SC.
All my sons sera le premier événement présenté dans le cadre des quarante ans du Mauritius Institute of Education (MIE). La section Performing Art dirigée par Ashish Beesoondial ouvre donc le bal à travers un classique du drame réaliste américain, un morceau de bravoure pour les comédiens qui devront apprendre à passer d’une humeur à son total opposé, un miroir de l’âme puisé aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, chez les Keller, une famille typique incarnant ce que l’on appelle le rêve américain, mais en proie aux angoisses liées au conflit planétaire, et surtout à une réminiscence trop lourde à porter pour être assumée…
Steve Deever purge en effet une peine de prison depuis quelques années, tandis que Joe Keller, le véritable fautif dans le délit qui l’a condamné, vit sa vie de famille. Inspiré par The wild duck d’Henrik Ibsen, cette pièce trouve aussi une clé de son intrigue dans un fait réel survenu pendant la Seconde guerre mondiale, où un fabricant de moteurs d’avion a effectué une livraison pour des appareils de guerre malgré la défectuosité avérée des moteurs. Vingt-et-un pilotes d’avion sont morts à cause de cette haute négligence qui a fait l’objet d’un procès. Ibsen intervient quant à lui dans l’idée des associés dont l’un porte toute la culpabilité à la place de l’autre.
En fait, Joe Keller, qui sera incarné par un habitué des planches, Sobhanund Seeparsad, a fait porter le chapeau à son associé, soit disant pour préserver sa propre famille. Kate son épouse, à qui Ruby Govinden prête sa voix, son physique et son tempérament, le sait coupable mais elle vit dans le déni. Kate se fait surtout du souci pour son jeune fils Larry porté manquant depuis trois ans, maintenant aveuglément l’idée qu’Ann Deever « is still “Larry’s girl” ». C’est Joann Permall qui joue le rôle de cette jolie jeune femme qui est donc proche du frère de Steve, Georges Deever, un vétéran rentré au pays, juriste new-yorkais que le metteur en scène a choisi de jouer car ce rôle demeure suffisamment modeste pour ne pas l’empêcher de diriger ses comédiens.
Par sa jeunesse et son intelligence, Ann Deever est le personnage phare de la pièce, celle que convoite Chris, autre personnage clé, qu’aime Kate et celle par qui la vérité éclate, celle qui mettra Joe au pied du mur… Autre fils de Joe et Kate, Chris Keller a eu la chance de revenir de la guerre mondiale il y a deux ans. Interprété par Deepak Ramsurrun (Voisin, voisine), il a trente-deux ans, rêve de se marier avec Ann et savoure la vie ordinaire loin des bombes tout en restant à mille lieues d’imaginer ce que son père a pu faire pour se débarrasser d’une sale culpabilité.