La pièce de Daniel Labonne, Le neveu, est montée pour la première fois en ce moment même chez Sapsiway, à Roches-Brunes. Les metteurs en scène Gaston Valayden et Darma Mootien se sont emparés de ce texte qui traite des difficultés du retour au pays pour les Mauriciens qui ont longtemps travaillé à l’étranger, et qui a été inspiré par un double assassinat qui a profondément marqué le dramaturge, qui a endeuillé Maurice en 2000. Rendez-vous est donné dans le petit théâtre de poche de Sapsiway, à la rue Mère Thérésa, à Roches-Brunes les 27, 28 et 29 juillet, pour les premières représentations.
Le neveu n’est pas tout à fait une inconnue dans le monde théâtral, car cette pièce de théâtre écrite par Daniel Labonne en 2006 a bénéficié d’une publication chez Édilivre en 2015. Il est d’ailleurs possible de se la procurer en le commandant directement chez Édilivre ou en allant au Musée de la Poste, à Port-Louis. Daniel Labonne livre à travers ce texte à la fois le fruit de son expérience personnelle, de son vécu, et celui du dramaturge qui a oeuvré en tant que spécialiste du développement culturel en Afrique. En tant qu’expatrié à Londres depuis de longues années, l’auteur se sent bien sûr concerné par la question du retour à Maurice, comme tous les Mauriciens qui choisissent un jour d’aller vivre loin du pays et de la maison familiale.
S’il revient régulièrement ici et reste ancré au sol natal à travers ses créations, Daniel Labonne n’a cependant pas accompli la démarche de ses personnages, Manuel et Odette. Ces derniers ont été inspirés par un couple dont il a connu le mari, qui après avoir travaillé de nombreuses années dans le sud de la France, a décidé de s’installer à Maurice à l’âge de la retraite. Mais le drame, celui de la vraie vie, s’en est mêlé… « Ça a été, nous explique Daniel Labonne, un véritable choc pour moi d’assister à un double enterrement. J’étais bouleversé et inquiet à l’idée que ce couple âgé ait ainsi été assassiné, parce qu’il aurait eu tort de prendre la décision de revenir dans le pays bien-aimé… Il me semble qu’il y a des leçons et une réflexion à tirer de cette histoire… »
La pièce intercale des dialogues relativement légers et même badins entre Francis, le croque-mort d’un hôpital mauricien et Zaza, la belle employée du même établissement, qui a en charge la distribution du thé, aux différentes scènes qui illustrent les dernières étapes de la vie d’Odette et Manuel. On les croise dans un premier temps en Provence où ils commencent à préparer leur futur retour au pays, puis ensuite dans les premiers mois de leur installation où ils se font notamment aider par un neveu providentiel, être présenté comme insaisissable par l’auteur. Deux personnages secondaires interviennent aussi dans cette pièce, un passager en tant soit peu philosophe, et une policière. Particulièrement vive, l’action enchaîne de nombreuses scènes courtes réparties en trois actes.
Une trame rythmée et dynamique
De la morgue de l’hôpital à la montagne mauricienne, où le couple fait un jour une marche, en passant par la maison de Provence et celle de Maurice, cette pièce se caractérise par la multiplicité des lieux, et de nombreux allers dans le passé et avec toujours un retour au temps présent, qui se matérialise à travers… deux cercueils. Nous ne savons pas encore précisément quels subterfuges préparent les metteurs en scène pour aider le public à se repérer dans cette trame dramatique, ses lieux et ses moments, mais on nous annonce comme à l’accoutumée chez Sapsiway, des décors minimalistes qui prendront place grâce à un jeu de rideaux spécialement conçu pour la pièce.
Quelques éléments symboliques et bien sûr l’apport de la musique et de la lumière, conçue par Christopher Essoo, y contribueront aussi et surtout mettront en valeur le jeu des acteurs, sur lequel tout repose finalement. Géraldine Boulle et Jean-Claude Catheya jouent le rôle d’Odette et Manuel, Christopher Ratsizaonen sera tour à tour Francis, le responsable de la morgue, et le voyageur philosophe, tandis que Marie Vuddamalay incarne la serveuse et la policière. Et le rôle-titre du neveu, celui par qui tout arrive, est incarné par le comédien Thierry Françoise.
Inutile de préciser enfin que les répétitions battent leur plein pour roder la pièce et permettre aux acteurs de vivre pleinement ses dialogues particulièrement directs et ciselés, d’où surgissent quelques tirades qui invitent à la réflexion. « Manuel, poursuit pour nous l’auteur, a été inspiré par un brave homme, travailleur, qui avait le sens de la famille. Mais au-delà des personnages, cette pièce entend refléter la complexité de la vie des Mauriciens au XXIe siècle, de tous les Mauriciens d’ailleurs, qu’ils soient partis ou non à l’étranger. Et puis étant moi-même établi à l’extérieur, mon vécu me permet de mesurer l’intensité des émotions et les contradictions qu’engendrent ces choix de vie. »