Lieu d’accueil et de dialogue pour les visiteurs, sas entre l’intimité familiale et la vie en société, zone de repos et de détente dans la brise, la varangue fait partie des habitudes mauriciennes. Pour le dramaturge français Christophe Botti et son frère Stéphane, comédien et metteur en scène, elle est devenue l’endroit idéal pour situer l’action d’une pièce entièrement inspirée par Maurice et consacrée à la transmission. Espace de dialogue entre les Kapoor et les Le Dantec, cette pièce « Sous la varangue » a été publiée et présentée en lecture scénique à Paris.
Un jeune Mauricien, Guillaume Le Dantec, revient après vingt ans d’absence et de silence, à la maison familiale qui s’appelle Le nombril du monde. Nous sommes en 2001. Ne parlant plus à son père Paul-Marie depuis tout ce temps, il ne l’a pas prévenu de sa venue. À l’issue de ses études de botanique, Guillaume souhaite reconstituer l’environnement du dodo, en se basant sur des fouilles et recherches paléontologiques qu’il souhaite réaliser à La Mare aux illusions, qui se trouve justement sur la propriété familiale, non loin de l’ancien camp sucrier où vivaient jadis les travailleurs engagés.
C’est un descendant de ces derniers qu’il croise en premier alors qu’il contemple avec émotion la fameuse varangue de son enfance.
Son ancien camarade de jeu Ashwin Kapoor entretient désormais la maison et le jardin de son père, tandis que sa soeur Saloni qui a fait des études de gestion, veille à la comptabilité du domaine sucrier. Lorsque son père arrivera, le jeune homme se fera passer pour un certain Alexis Kervinic et ne tardera pas à lui demander son soutien pour financer ses recherches. Pas du tout dupe de la supercherie, le père accepte de financer le projet, trop heureux de reconnaître son fils devenu adulte, de le voir revenir au pays et tenter un dialogue avec lui, si déguisé soit-il.
La pièce va dès lors se structurer sur un va-et-vient entre le passé et le présent. Après cette scène d’installation, nous remontons le temps en 1936 un jour où Shana Kapoor, la grand-mère de Saloni et Ashwin, récure le sol tandis que le grand-père de Guillaume, Charles Le Dantec, lui demande avec insistance d’arrêter, pour lui déclarer sa flamme et la supplier de le rejoindre à la nuit tombée. Promise à un mariage arrangé par sa famille, Shana l’aime aussi mais s’interdit de vivre une liaison qui serait réprouvée par la société et leur famille. De retour en 2001, Saloni se sent investie d’une mission familiale et sociale… où les transmissions se fondent alors sur une profonde soif de justice.