Le festival de théâtre francophone Passe-Portes tiendra sa deuxième édition du 19 au 24 mai 2015, et surtout y accueillera en plus de la pièce lauréate 2014 Il y a quelqu’un, une version d’En Attendant Godot, qui fait mouche actuellement en France. Joué par deux comédiens africains qui en rénovent totalement la pertinence sans en bouger une virgule, le texte de Samuel Beckett a été revisité par les metteurs en scène Lorenzo Malaguerra, Marcel Bozonnet et Jean Lambert-Wild, ces deux derniers s’étant engagés par ailleurs comme partenaires d’une académie en gestation.
L’équipe de Passe-Portes s’active depuis plusieurs mois à la préparation de la prochaine édition mauricienne de ce festival francophone, ayant entre autres fait son marché à Avignon pendant la belle saison en France. Cette deuxième édition, prévue du 19 au 24 mai 2015, toujours au Centre de conférence de Grand-Baie, sera assurément marquée par cette version d’En attendant Godot, où deux acteurs ivoiriens tiennent les rôles d’Estragon et de Vladimir : Fargas Assandé et Michel Bohiri. La critique évoque la « faconde comique pince-sans-rire » de ces clochards qui tentent de rester dignes malgré tout. Sans en changer une virgule, le texte de Beckett devient le porte-parole planétaire de tous ces exilés et déportés du continent africain qui errent en attente de l’être providentiel, le Godot qui les sauvera de l’ornière.
L’un des trois metteurs en scène, Marcel Bozonnet est pensionnaire de la Comédie française, tandis que Jean Lambert-Wild, qui a fait rayonner le centre dramatique national de Caen, vient de prendre la direction du Théâtre de l’Union, Centre dramatique national de Limoges, cette ville étant considérée grâce à son festival international de théâtre comme un des hauts lieux de la francophonie. Ces deux grandes figures de la création théâtrale française se sont engagées comme partenaires de Passe-Portes et de son projet d’Académie de théâtre, de même qu’en Belgique, le Théâtre de Liège avec Serge Rangoni et en Suisse, celui de Neuchâtel dirigé par Robert Bouvier.
Une année, deux étés
Jeune homme discret en coulisse, mais ahurissant de présence sur scène, le comédien français Elie Triffault prolonge l’aventure mauricienne hors festival, en interaction avec les comédiens et metteurs en scène ici, et en s’appuyant sur une expérience similaire qu’il a déjà mise en place à Delhi, autour de la pièce Nagamandala de Girish Karnad. Il propose une action pilote à base de formation et d’échanges, à la fois pour aider une jeune troupe mauricienne à préparer en atelier, avec quatre jeunes comédiens, un projet de maquette en compétition pour le prix de 2015, et pour réunir autour d’une pièce de Feydeau, des comédiens mauriciens, indiens et français dans un spectacle théâtral et musical trilingue, qui sera quant à lui présenté en version intégrale.
Cette action pilote a été nommée « Une année, deux étés », car tout en visant le même objectif, les équipes concernées vont vivre un été européen ou indien de juin à septembre, et un été austral ici de décembre à mai. La pièce de Feydeau requièrera trois comédien(ne)s mauricien(ne)s, trois comédiens français, deux musiciens d’Inde et de Maurice, un(e) danseur(euse) et des volontaires… Nous savons d’ores et déjà que David Furlong, Maeva Veerapen et Déborah Jubeau participeront au projet. Coup de coeur à l’unanimité du jury, cette dernière devrait par ailleurs partir en formation pour six mois à l’Académie de théâtre de Limoges, à partir de septembre 2015.
Le grand projet de Catherine Swaguemakers et de François Moravic est assurément la mise en place à Maurice d’une Académie de théâtre, qui proposera des cours pour adultes et pour enfants, des formations aux différents métiers du spectacle et qui invitera les artistes mauriciens à des masterclass. Outre les personnalités citées plus haut, ils ont réuni autour de ce projet David Furlong, Robert Furlong, Barlen Pyamootoo et Yusuf Kadel. Les masterclass seront notamment assurées par Laurence Andréini, Marcel Bozonnet, Cédric Chapuis, Frédéric Ferrer, Adrienne Ollé et Léa Marie-Saint-Germain.