Depuis plus d’une décennie, chaque nouveau maire de Port-Louis et de Rose-Hill sacrifie à l’intention prioritaire d’engager la rénovation de son théâtre patrimonial … Soit.
Cependant, il en est des intentions comme des preuves. Si elles ne sont pas charpentées par des faits irréfutables, elles s’apparentent à de volatils effets d’annonce. Néanmoins, il ne s’agit pas, ici, de céder à quelque a priori négatif mais d’exposer un constat basique de la réalité du Théâtre de Port-Louis.
Pour rappel, la précédente et contestable rénovation a été, promptement, ruinée par une gestion calamiteuse générant la faillite du site. Au-delà des personnes, et à l’instar du Plaza, cela confirme l’incapacité institutionnelle d’un appareil municipal à gérer, professionnellement, une entreprise culturelle aussi singulière qu’un théâtre.
La décrépitude galopante du lieu a, enfin, provoqué une réaction par trop tardive. Il a été confié à Monsieur Norbert CHAZAUD (en son temps, spécialiste de la restauration d’édifices patrimoniaux de la Ville de Paris) l’expertise de l’existant …
La conclusion de son rapport fût sans appel : « La sécurité des personnes, du public et du personnel, n’est pas assurée, la pérennité des biens est compromise à court terme ».
Sans appel et … sans réponse ! Pis, la coupable inconscience des responsables, des utilisateurs et du public a prolongé l’exploitation du théâtre, durant de longs mois, dans des conditions infamantes et périlleuses.
Au bout du bout, le théâtre a été clos sous l’éboulis de ses structures et de son histoire.
Seules les intentions ont perduré. Celles sporadiques de rédacteurs émus, celles d’élus verbeux ou celles de ces comités « spontanés » pour le « sauvetage » du Théâtre de Port Louis. Des intentions qui ont regardé les années défiler. Inexorablement …
Aujourd’hui, un sursaut est annoncé mais il est assujetti à la disposition d’une enveloppe financière considérable. Fatalement. Aussi, convient-il de s’interroger sur la meilleure option pour une renaissance de ce théâtre historique dans un délai convenable ? Si cela demeure encore de l’ordre du possible …
D’un côté, une restauration classique à l’identique de sa création. Une option ambitieuse mais qui appelle des sources de financement extérieures à l’Ile Maurice. Les modalités d’obtention de ces aides à la conservation du patrimoine sociétal sont complexes. Leur transfert s’effectue selon un calendrier étendu, et n’augure pas vraiment de la mise en oeuvre des travaux, même à moyen terme.
Toutefois, cela doterait la Ville de Port Louis et l’Ile Maurice d’une attraction historique unique dans toute la Région. Or, la capacité d’accueil restreinte, une programmation artistique induite par l’espace scénique et, donc, la captation d’un public spécifique n’autorisent une exploitation rendue possible par le seul statut de théâtre subventionné. Par qui et à quelle hauteur ?
De l’autre, une rénovation adaptée à un projet culturel prédéfini et respectueuse d’un certain cachet historique. Plus abordable, le financement de cette rénovation peut associer des apports locaux, publics et privés, à des contributions extérieures plus accessibles.
Une capacité d’accueil élargie, une programmation artistique plurielle, avec comme socle des productions thématiques permanentes sur une saison, un partenariat sectoriel fécond avec des annonceurs constituent une voie vers l’autarcie budgétaire.
Dans les deux cas, le choix de l’option s’appuie sur une consultance diligentée par des spécialistes en ingénierie culturelle, en lien avec les acteurs mauriciens de l’action culturelle et les instances municipales.
Car il ne s’agit pas de procéder à une simple réhabilitation de locaux mais de créer un outil professionnel performant, aux normes internationales, en termes de création artistique et d’attraction touristique.
Dès lors, comme établi partout ailleurs, les gestions administrative, technique, artistique et promotionnelle sont déléguées à une entité privée. Laquelle est soumise à un devoir de résultat et régie par un cadre légal particulier.
Aussi, l’entreprise bénéficie de toute l’efficacité de professionnels qualifiés et sincèrement investis. Tout en conservant certaines prérogatives ciblées (et des devoirs !), la Municipalité allège son budget de fonctionnement, perçoit un sensible usufruit financier, optimise son crédit politique.
Une telle démarche relève d’une vision pragmatique, exigeante et inventive des enjeux de l’existence fructueuse d’un théâtre historique.
A l’Ile Maurice, la conservation et l’essor du patrimoine s’inscrivent dans une cohérence du développement. Une renaissance exemplaire du Théâtre de Port Louis (comme du Plaza) figure un signal fort d’affirmation identitaire, une contribution certaine à une culture de l’expression, fédératrice dans le pays et séductrice pour l’extérieur.
Depuis l’Antiquité, les barbares rasent plus volontiers un lieu de culte qu’un théâtre. A méditer.