La Mauritius Drama League a offert en collaboration avec dix-huit artistes rodriguais une version de la comédie de Shakespeare, Le songe d’une nuit d’été, qui s’imprègne des rythmes du sega tambour et de la saveur de la langue créole. Après Rodrigues au début de l’année, les représentations étaient données à Maurice au Théâtre Serge Constantin du 11 au 14 juin dernier.
Les membres de la Mauritius Drama League (MDL) avaient envie de prolonger la collaboration avec les artistes rodriguais qu’ils ont entamée l’an dernier autour d’une traduction en créole de Gitanjali. La célébration l’an dernier du 450e anniversaire de Shakespeare les a poussés à choisir une de ses pièces, Le songe d’une nuit d’été, que Bhishmadev Seebaluck a traduite de l’anglais au créole mauricien, et à laquelle les comédiens et chanteurs rodriguais ont ajouté leurs expressions favorites.
Cette pièce compte parmi les rares comédies du dramaturge britannique, où une grande place est offerte à la musique et au chant, ce qui permet dans un esprit d’échange inter-îles de valoriser les talents particulièrement polyvalents des artistes rodriguais. Sous la direction d’Anon Panyandee, le metteur en scène de la MDL, les comédiens, chanteurs et musiciens ont associé la fantaisie bucolique rodriguaise à la quête féérique shakespearienne.
Dans Enn swar an ete, les personnages ont adopté des noms plus proches des nôtres. Égée devient Marsel, Hermia devient Ermionn, Le roi des elfes Oberon est dans cette version Agat tandis que la reine des fées, Titania est devenue Mariel… L’intrigue se déroule à Rodrigues et le jeune couple, Ermionn et Alexandre, dont l’union est contestée par Marsel (Égée) souhaite s’enfuir à Maurice, pour échapper à une loi qui menace la vie d’Hermia. Elenn est quant à elle amoureuse de Dimitri, qui n’a pourtant d’yeux que pour Hermia…
Après une ouverture dansée sur une lecture traitant de la force de l’amour, la pièce expose les amours contrariés des différents personnages proches de la cour de Teodor en quelques tableaux, avant de passer au royaume de la magie et de l’illusion où l’action s’emballe. L’entrée en piste de la reine des fées Mariel, jouée par Marie-Claude Jolicoeur, avec sa suite de fées graciles Tilani, Kanel, Dipwav et Lamoutard, apporte une sympathique bouffée d’air frais, sur un bon séga tambour où les voix féminines affirment leur préséance. Sous les traits de Doyal Edouard, le roi des elfes Agat veut le fils de Mariel à ses côtés, ce qu’elle refuse en se demandant sur un ton provocateur s’il n’aurait pas « enn tendans pedofil ». Une autre façon d’actualiser le texte du XVIe, comme quand plus loin Elenn explique à propos de Dimitri que l’amour n’est pas un T-shirt que l’on enlève pour le remplacer par un autre.
De sa voix puissante et avec une gouaille gourmande, Doyal Édouard en Agat mène en fait le jeu avec l’aide de son frétillant assistant, Pouk (Alexandre Clair), aussi farceur que farouche et prêt à rire aux éclats en toutes occasions. Les farces à base de « fler soulezon lamour » amènent un délicieux dérèglement de l’intrigue, où Dimitri passe du dénigrement à l’amour fou pour Elenn tandis que Mariel s’extasie de la beauté d’un Ezékiel (ex-Oberon) devenu mi-homme, mi-âne ! Interprété par le jeune comédien Johnny Richnel, ce dernier slame et danse le sega avec un déhanché d’une surprenante clarté suggestive, et fait rire par son état d’hébétude.
La mise en abyme d’une pièce de théâtre amateur dans le texte original a été éliminée, au profit de la musique rodriguaise, et des chansons écrites par Anon Panyandee et Doyal Edouard. Et le mariage conclut la pièce devient ici un défilé et un bal typiquement rodriguais…