Thierry Vallet, directeur exécutif d’AfrAsia Private Banking, reconnaît que les banques font des profits. Il souligne néanmoins que ces institutions engagent un capital conséquent pour cela. A la suite de son intervention au 97e forum organisé par le JCI à l’Alliance française lundi, Le Mauricien a voulu solliciter davantage de réactions de sa part quant à certaines mesures budgétaires touchant le secteur bancaire. « En taxant plus les banques, celles-ci devront trouver d’autres moyens pour arriver à faire un retour sur investissement satisfaisant pour l’ensemble des actionnaires », souligne le professionnel bancaire.
En tant que banquier comment avez-vous accueilli ce prélèvement de 10%
sur les revenus imposables des banques ?

Je ne connais pas beaucoup de personnes qui sont contentes de payer plus, surtout quand l’effort n’est demandé que d’un seul secteur. Effectivement, les banques font du profit, mais les banques engagent un capital conséquent en ce sens. En taxant davantage les banques, celle-ci devront trouver d’autres moyens pour arriver à faire un retour sur investissement satisfaisant pour l’ensemble des actionnaires.
En vue d’aider la classe moyenne à devenir propriétaire de ses logements, le ministre des finances a  ramené l’apport de 10% des demandeurs de crédit immobilier à 5%. Cette mesure va-t-elle dans le bon sens ?
L’apport demandé à des emprunteurs pour un logement est plutôt de l’ordre de 20 à 30%. Cela a pour effet de limiter les acquisitions spéculatives…En abaissant son apport de 4 ou 5 fois, de facto, il y aura plus de défauts de paiement, surtout si le prix de l’immobilier connaît une baisse. On doit à tout prix éviter de créer une bulle immobilière qui aurait des conséquences néfastes pour le pays dans le cas d’un effondrement.
Par ailleurs, l’intention du gouvernement est très louable en garantissant les nouveaux emprunteurs de la classe moyenne. Il faut donc établir des paramètres afin d’éviter un abus de cette mesure. Ceux-ci doivent inclure aussi un prix maximal au mètre carré afin d’éviter une éventuelle bulle future.
Est-ce vrai de dire que cette mesure est en contradiction avec les directives de la Banque de Maurice publiées récemment ?
Cette mesure sera en contradiction s’il n’y a pas de garde-fous. La Banque centrale a augmenter le portfolio provisioning du housing, imposé une limite sur la quantité à prêter à ce secteur, ceci afin de ne pas créer une bulle immobilière. Il faudrait aussi s’assurer que les bénéficiaires de cette mesure soient des “1st time acquirers” et que des gens mal intentionnés n’en profitent.
Cette contradiction gêne-t-elle la mise en oeuvre de cette mesure ?
Non, mais cela doit être entrepris selon une vision commune et partagée BoM-Gouvernement.
Quid des facilités accordées aux Petites et moyennes entreprises ?
On note beaucoup de bonnes mesures à l’intention des PME, et le gouvernement y met l’accent afin de favoriser cela. Cette démarche devrait être bénéfique au pays vu que les PME constituent un moteur important de la croissance et de l’emploi. La mesure à laquelle il faut prêter attention est celle où l’État se porte garant de l’entrepreneur.
Cette mesure encourage-t-elle le non remboursement des dettes par certaines PME au frais des contribuables ?
Si l’on ne dispose pas des garde-fous nécessaires, on verra certainement un abus de cette mesure, et l’État se retrouvera dans une situation à payer pour l’entrepreneur quand celui-ci a pris moins de risque… On laisse une porte ouverte à un entrepreneur de pouvoir engranger tous les profits si son business marche, mais qu’une partie des dettes au cas où celui-ci ne fonctionne pas. Il y a un risque de « moral hazards ».
Que retenez-vous de ce budget ? Va-t-il créer un environnement propice à l’investissement ?
Je note qu’il y a énormément de mesures, peut-être trop… Il y en a d’excellentes mais sur plus de 300 mesures, certaines ne sont pas du goût de tout le monde. Dans l’ensemble, j’accueille favorablement l’introduction de mesures qui tentent de corriger tous les différents manques au plan de la législation en général.
Et j’espère que le Fast Track Committee va travailler d’arrache pied pour faire avancer des investissements en attente, et pas seulement les « mega » investissements.
Quelles sont les bonnes meures qui pourront générer le “feel good factor” ?
Il y a là encore des mesures où chacun trouvera son compte dépendant
de la personne ; ce serait trop long à énumérer…
L’augmentation du déficit budgétaire vous inquiète-t-elle ?
Le déficit budgétaire préoccupe cette année-ci, car il était estimé à 2.2% et on se retrouve avec une ardoise à 3.7%. Donc, nous n’avons pas su gérer les dépenses et les recettes. Il ne faut
pas que cela se reproduise car le pays en souffrirait ; et il en serait de même pour son
image auprès des bailleurs internationaux.
Le budget jette-t-il les bases pour la construction d’une Ile Maurice moderne ?
Le budget évoque plusieurs axes stratégiques qui sont emplis d’avenir et d’opportunités pour le pays. Il ne faut pas que ces mesures demeurent au stade d’effets d’annonce. La communauté économique attend avec impatience plus de détails sur ces nouveaux axes.