Tous les turfistes se rappelleront que le début de la saison 2019 a été marqué par les cas d’intoxication de 24 chevaux de sept écuries différentes, testés positifs au Zilpaterol. Cet épisode collectif avait secoué l’industrie hippique sur ses bases. Mais une enquête menée par le professionnel et expérimenté Paul Beebee, de l’Integrity Department de la Gambling Regulatory Authority, avait conclu dans un rapport à une intoxication alimentaire résultant d’un défaut de fabrication de la nourriture des chevaux dans les usines du fournisseur en Afrique du Sud.

Noyé au milieu de cette positivité collective mais « involontaire » de plusieurs chevaux, un cas de dopage avéré dans les laboratoires de QuantiLAB et confirmé par l’incontournable l’échantillon B analysé à Paris devait être rendu public. Le cheval impliqué est le coursier Wolf Of Wallstreet de l’écurie Simon Jones et dont les urines avaient révélé la présence du’16 beta-hydroxy stanozolol’, un stéroïde anabolisant strictement interdit pour les chevaux de courses à cause de ses propriétés avantageuses pour un coursier par rapport aux autres. Ce produit est le même qu’on avait retrouvé dans les organismes des chevaux Artax, Maxamore et Aspara en 2018.

Depuis maintenant sept mois, plus aucune nouvelle sur cette affaire de dopage de Wolf Of Wallstreet n’a circulé publiquement, si ce ne sont les dénonciations à la presse et à la police d’un ami d’un propriétaire du cheval qui avait raconté avec force détails comment et par qui ce dopage avait été effectué à Floréal. Cette affaire n’a malheureusement pas connu de suite puisqu’apparemment certains patronymes liés à de hautes personnalités y seraient liés. Est-ce pour cette raison que depuis quelque temps, un membre influent de la GRA ne cesse de tenter de décrédibiliser dans les board meetings le chef de son Integrity Department, Paul Beebee ? Pourtant, rien n’a jusqu’ici filtré de l’enquête minutieuse et ardue menée par le Britannique au nom de la GRA dans cette affaire de doping.

Étrangement, la Police des Jeux n’a pas montré un intérêt particulier dans le cas Wolf Of Wallstreet comme ce fut le cas dans les dopings de 2018. Il est vrai que plus d’un an après, ces enquêtes-là n’ont rien donné, si ce n’est l’arrestation de quelques menus fretins habituels qui ont été relâchés par la suite en attendant que cette unité de la police n’instruise — ou pas — un dossier en cour qui prendra plusieurs années pour éventuellement connaître un non-lieu, faute de preuves. Comme d’habitude. Pour la petite histoire, il convient de rappeler qu’un des prévenus dans ces cas de doping de 2018 avait eu le privilège d’avoir un visa de sortie de la prison, hors des procédures habituelles, pour aller faire un retrait en liquide à la banque et ce, accompagné par un gradé de cette unité policière. À quelles fins ? On peut l’imaginer, mais on ne le saura jamais vraiment.

Pour en revenir au cas de doping de Wolf Of Wallstreet, il est aussi symptomatique que comme les années précédentes, le Mauritius Turf Club (MTC) n’ait pas, comme le stipulent les Rules of Racing, procédé à son enquête et sanctionné celui qui en est responsable, même s’il faut le souligner que cela n’implique pas sa culpabilité, c’est-à-dire l’entraîneur, comme cela a été le cas pour d’autres entraîneurs dans le passé, le dernier en date ayant été Gilbert Rousset, qui après coup avait été totalement blanchi par le comité d’appel, ce qui pourrait faire jurisprudence puisqu’ils sont nombreux à penser que cette disposition des Rules of Racing est abusive et « unfair ».

En attendant que le MTC revoie ou pas ce volet de ses Rules of Racing, il est plus que temps qu’il entame son enquête et qu’il statue enfin sur cette affaire Wolf Of Wallstreet. C’est le moindre respect qu’on doit aux turfistes, mais aussi à l’entraîneur Simon Jones sur qui cette épée de Damoclès pèse de plus en plus lourd, d’autant que depuis le début de la présente saison, il n’a récolté aucune victoire. Nous sommes impatients de prendre note des éléments d’enquête de l’Integrity Department de la GRA en la matière, car ce sera le tout premier cas de dopage qu’il aura piloté.

Si le doping est un aspect important de l’intégrité des courses hippiques, le betting l’est tout autant, sinon plus. S’il faut s’interroger comment des informations, apparemment confidentielles de la Mauritius Revenue Authority, ait pu être consultés par au moins un membre du betting mauricien qui l’a implicitement avoué — ce qui relève à notre avis d’un délit criminel —, il est aussi primordial de regretter que cette mine d’or d’informations ne soit pas exploitée par les autorités qui les possèdent et les gardent jalousement, sans jamais agir. Il y a définitivement un aspect de ces données qui devraient être rendues publiques chaque semaine pour que toutes les parties prenantes de l’industrie hippique — et non seulement quelques privilégiés — sachent s’il y a une corrélation entre le résultat inattendu d’une course ou les one-off des changements de performance d’un cheval et l’évolution des cotes, d’autant qu’avec le cashless betting en voie d’implémentation, ceux qui parient des sommes importantes seront identifiables comme cela est déjà le cas en Australie, par exemple… Tant que ces informations capitales demeureront du domaine de la confidentialité contrôlée, les defaulters continueront à faire la pluie et le beau temps.

« Time to act is long overdue » car, comme l’a développé le Pape François dans son discours à la State House, il faut « lutter contre toutes les formes de corruption ! ». Toutes les formes, dont celles de ceux qui gravitent dans l’entourage du pouvoir…