L’artiste Titane Laurent propose une dernière exposition mauricienne avant de quitter Maurice pour s’installer au Texas. Le séjour mauricien de ce peintre et bédéiste inspirée a amené quelques bouleversements dans sa création si l’on s’en tient à ce qu’elle nous en confie en préambule à l’exposition qu’elle présente à Rivière-Noire pendant une semaine, jusqu’au vendredi 16 décembre. Une conception plus libre est en effet le trait dominant des nouvelles oeuvres que présente l’artiste à partir de ce soir.
« Je crois que Maurice m’a apporté plus d’assurance dans ma manière de travailler », explique l’artiste Titane Laurent, lorsqu’on lui demande de comparer les première et troisième versions de God stuff, ou encore les peintures présentées il y a quelques années et celles qu’elle expose du 10 au 16 décembre, au Vanilla Bean Lounge, à Rivière-Noire. Forte des réactions des lecteurs et de son expérience plus longue, elle craint moins qu’auparavant de faire de l’humour sur les textes sacrés, en l’occurrence la bible. Son dessin serait plus libéré et « tant pis pour ceux que ça dérange ! » s’exclame-t-elle.
Ses petits personnages confondant d’humanité grâce à leur faiblesse, leur côté malicieux et leur naïveté n’ont de toute façon rien d’agressif ou désobligeant à l’égard des textes dont ils s’inspirent. Si désopilants soient-ils, ces ouvrages mettent en exergue des préceptes et proverbes bibliques en même temps qu’ils les transposent dans l’imagination débridée d’une petite fille aussi curieuse qu’inventive. Des planches originales du troisième tome de God stuff, fraîchement sorti des presses, peuvent être observées à l’occasion de cette exposition.
Les différentes bandes dessinées sont disponibles à la vente, qu’il s’agit des trois tomes en version anglaise ou des deux tomes en version française, Dieu kiladi. Titane Laurent propose également le livret qu’elle a réalisé pour la lutte contre le tabagisme, dans la même intention de faire réfléchir en riant, sans faire la morale, et en chatouillant justement là où ça fait mal… Sigareth est le titre de ce petit ouvrage très utile en vente à Rs 50. Ces bandes dessinées seront certes en vente dans les librairies après le départ de l’artiste pour les États-Unis, mais les tableaux exposés dès demain, ne seront en revanche plus visibles après le 16 décembre.
Titane Laurent a repris le travail — inconnu à Maurice — qu’elle faisait en petit format en noir et blanc, en passant cette fois-ci à un grand format de plus d’un mètre de côté. Plus connues sous nos latitudes, ses séries en couleur deviennent plus abstraites, les éléments figuratifs occupant une place plus symbolique et restreinte. L’artiste nous dit aller vers une simplification des formes, en articulant toujours son propos sur le contraste et la complémentarité, comme elle a pu déjà le montrer lors d’une exposition à l’Alliance française, dans laquelle l’opposition entre la lumière et l’obscurité était systématique.
En même temps, en jouant sur cette dialectique, le peintre cherche naturellement une harmonie générale. Les couleurs sont, dans ces nouveaux tableaux, plus vives et franches alors qu’elles étaient particulièrement discrètes dans les créations précédemment exposées. Serait-ce l’influence de la nature tropicale, s’ajoutant au goût des habitants pour les vêtements et objets chamarrés ? L’artiste ne rejette pas cette idée, précisant qu’elle a moins peur de manier les couleurs depuis qu’elle vit ici.