Souvenez-vous de Joëlle Coret. Chanteuse à la voix soul qui a connu un certain succès il y a quelques années sur la scène locale. Le long silence qui a suivi fut lié au fait qu’elle était partie chanter en Tunisie, d’où elle est revenue pour des vacances. Le temps aussi de présenter Together, un excellent album soul et RnB, qu’elle a réalisé avec Steve Sophie et Alexandro Coret.
Alexandro Coret raconte : “Mo ti kontan pas mo letan fer bann ti program et aranzman.” C’est lors de l’une de ses expériences que l’inspiration lui est venue. À ses côtés, le “bon feeling” de sa soeur Joëlle, qui a apporté sa touche pour transformer une simple mélodie en un titre fort, baptisé Holding One. Ne sachant trop quoi en faire, ils ont mis le morceau dans un coin, espérant que le bon moment finirait par se présenter. Avec Steve Sophie, le trio se trouvait alors en Tunisie, travaillant dans l’animation. “Régulièrement, les clients nous réclamaient un CD après nous avoir écoutés. Nous n’en avions pas. Les requêtes répétées et les encouragements de notre entourage nous ont encouragés à travailler sur notre album.”
Mélange.
Joëlle, son époux, Steve et son frère Alexandro commencent alors, il y a un an, à monter le projet Together. Chacun apporte sa touche dans l’écriture des textes, dans la recherche des sonorités et du style. Avec l’objectif de se faire plaisir et de plaire au plus grand nombre. “Tout le monde pourra se retrouver dans ce disque, les Mauriciens et les étrangers. D’où le choix de mélanger les textes en anglais, en français et en créole et de proposer plusieurs styles : soul, R&B, hip hop…”, souligne Steve Sophie.
Une fois titres et arrangements effectués, le trio a dû se serrer les coudes, et s’armer de patience et de persévérance pour trouver un studio. Les Mauriciens habitent Djerba, une île au sud de la Tunisie, et ce genre de structure ne se trouve pas à chaque coin de rue. Finalement, après quelques recherches, la bande atterrit au Djerba Studio, où elle se met aussitôt au travail.
Talent.
Ce projet, ils l’ont voulu vraiment. “Grâce à nos économies, nous avons autofinancé ce CD. Travailler dur, accepter les sacrifices et ne pas faire d’excès, cela permet d’arriver dans la vie.” Pendant deux mois, ils ont enchaîné leur boulot à l’hôtel, les spectacles, les répétitions, et le travail en studio. “Enn ta swar, nou pa finn dormi. Nek travail mem. Boukou sakrifis, me nou pa regrete parski nou finn travay an fami ek sa lexperians la ena gran valer.”
Joëlle Coret-Sophie est auteur-compositeur-interprète. Durant ses quinze ans de carrière, elle s’est fait une renommée dans le circuit hôtelier à Maurice. Puis, en 2009, après un bref passage à Dubayy, elle décide de se rendre en Tunisie.
À Maurice, on se rappelle de son premier album, Vision Dimé, sorti en 2002, qui permet au public d’avoir un aperçu de son talent. Mais elle décide de quitter Maurice, se plaignant “du manque de considération pour les artistes. On croit que vous savez juste reprendre les chansons des autres, que vous êtes là pour divertir les touristes. Moi, j’étais à la recherche de nouvelles expériences et de reconnaissance.”
Accueil.
En Tunisie, où Joëlle et sa bande mènent une vie paisible et gagnent bien leurs vies, “l’accueil est chaleureux. Les gens de là-bas et les clients de l’hôtel nous apprécient et nous félicitent pour notre travail”.
Le couple Coret a aussi vécu l’avant et l’après Ben Ali. “Avant, la population n’osait pas parler de son mal-être et ne pouvait pas s’exprimer. D’où la révolution.” Ils constatent cependant que les choses n’ont pas encore vraiment évolué. “Les gens sont encore perdus, et ne savent pas encore comment gérer cette liberté.”
Pour Joëlle et Steve, ainsi que pour Alexandro, en tant qu’expatriés, il est essentiel de respecter le pays d’accueil, de se faire à ses lois et à ses exigences, mais surtout de garder en tête “que nous sommes là-bas pour bosser et faire bien notre travail, qui est notre gagne-pain.”
Soutien.
En attendant de reprendre du service à Djerba, un nouveau contrat déjà signé en poche, Alexandro souhaite que “bann zenn ki pe leve fode touzour panse ki sak travay raport so frwi. Me pli inportan ankor, mo demann bann radio e lezot media donn la parol bann ti nouvo pou exprim zot ek fer zot kone”.
Pour sa part, Steve espère “ki bann artis Moris pli solider. Metie santer pa fasil. Ou bizin soutenir ou prosin et aret bann ipokrizi e zalouzi”.
Avec son sourire accrocheur, sa bonne humeur et sa confiance, Joëlle voudrait que “notre CD trouve du succès auprès des Mauriciens. Écoutez chaque titre en prenant bien compte du texte et du message. En espérant ne pas décevoir notre public, soutenez-nous.”