Yannick Lincoln a remporté hier, pour la sixième fois de sa carrière, le Tour de Maurice cycliste après une haute lutte contre le Sud-Africain James Tennent. Seulement trois secondes séparent les deux coureurs, qui se sont affrontés dans un duel digne des plus grandes courses, avant que Lincoln ne creuse ce petit écart mais suffisant pour l’emporter. Les journées de samedi et dimanche ont été marquées par les deux victoires d’étape du FFSC-KFC, par l’entremise de Steward Pharmasse, à Curepipe et Rose-Hill.
Si les victoires de Steward Pharmasse n’ont souffert d’aucune contestation, ce dernier montrant au jeune Ian Pienaar, qui l’a privé de la victoire vendredi, qu’il est bien l’un des meilleurs sprinters de Maurice, par contre, le sacre de Yannick Lincoln a mis du temps à se dessiner. « En fait, je n’aurais jamais construit ce succès sans l’aide de mes coéquipiers de la sélection de Maurice », lâche le vainqueur.
En dehors de la sélection de Maurice, il a aussi eu le précieux coup de main de l’UCRH-Engen et du PSC dans sa quête. « La solidarité a vraiment primé sur la course. Je pense que c’est par amitié et par patriotisme qu’ils sont venus. » Il aura mis 14h09’13, soit trois secondes de mieux que James Tennent, pour enlever son sixième Tour, après ceux de 2005, 2007, 2011, 2012 et 2013. Lequel était le plus dur ? « Chaque Tour avait une saveur particulière. Celui-là s’est construit au fil des étapes. Et cette année, nous sommes à l’opposé de l’année dernière, où j’avais un matelas confortable », poursuit-il.
Depuis la journée de vendredi, les trois secondes qui séparaient les deux coureurs ont alimenté les conversations, tant et si bien qu’on attendait le coup de bluff de Tennent samedi matin. Il a tenu parole. Et là, Lincoln rend hommage à son adversaire. « On ne saura pas qui de lui ou de moi est le plus fort. Mais je tiens à saluer son courage, puisqu’il a tenu dans Bassin Blanc. » Il faut savoir que le Sud-Africain a été victime de trois pannes mécaniques pendant la semaine, dont deux rien que samedi. « Il est toujours revenu au courage », avance Lincoln.
Quant à James Tennent, il peut nourrir des regrets. Sans cette malheureuse perte du maillot jaune jeudi, après l’étape de Curepipe, qui sait ? Il aurait pu se retrouver sur la plus haute marche du podium. « Avec ces trois secondes, j’ai de quoi être déçu. Mais si on regarde la course dans son ensemble, je n’ai pas à regretter », lance-t-il. En pensant à cette journée de vendredi, il concède : « Si j’avais été meilleur au contre-la-montre, les choses auraient peut-être été différentes. »
D’ailleurs, il reconnaît la finesse de son adversaire, avançant même que Lincoln s’est montré le plus réaliste. « Il a couru de façon intelligente. » Un autre paramètre entre en ligne de compte au moment de la victoire : les coéquipiers. « J’en ai perdu deux. Mais ce n’est pas tout à fait noir. Nous avons gagné une victoire d’étape, puis porté le maillot jaune une fois. » Il finit par une promesse. « J’espère revenir l’année prochaine. Et si je reviens, je vais tout faire pour gagner. »
La journée d’hier a été marquée par le coup d’éclat de Steward Pharmasse, qui s’est bien rebiffé après sa victoire manquée vendredi. Déjà impressionnant samedi dans les lacets de Bassin Blanc, le champion de Maurice a réglé tout un petit monde au sprint, après avoir été repris au sommet de la difficulté du Tour.
Dimanche, quand l’échappée est partie, il n’a pas laissé passer sa chance, se retrouvant en compagnie d’autres coureurs qui avaient également tout à gagner. Mais lui voulait surtout conserver le maillot à pois conquis la veille. « J’ai eu quelques points depuis le début du Tour. Donc, j’ai bataillé pour en prendre d’autres », explique-t-il.
Hier, donc, lorsque l’échappée est montée à plus de deux minutes, le peloton, emmené par le maillot jaune et la sélection de Maurice, a roulé pour refermer, mais n’a pu reprendre qu’une minute. Au fil des tours, il était évident que l’échappée ne serait jamais reprise. Et devant, on se dispute le sprint final.
À 200 mètres de l’arrivée, Michaël Damiens ne se pose pas de questions. Steward Pharmasse non plus. Il fera parler sa pointe de vitesse et s’imposera pour la deuxième fois en deux jours. Un exploit pour lui. « J’avais encore la course de samedi dans les jambes. Mais c’était l’objectif de l’équipe, après un début de Tour assez difficile. »
Dans les autres classements, on notera que le même Steward Pharmasse a enlevé le maillot à pois, après son succès de samedi. Thierry David démontre qu’il est toujours un client au sprint, avec le maillot vert pris jeudi et jamais lâché. Ian Pienaar est le porteur du maillot blanc du meilleur jeune et du maillot bleu du classement à points. Quant au maillot de la combativité, il a atterri sur les épaules de Damien Leguay, pour son courage et son esprit d’initiative pendant la course. La casquette du Tour est revenue à la Team Jaco.