Alors que les autorités disent mettre les bouchées doubles afin de favoriser la croissance du tourisme, les acteurs du secteur peinent à sortir la tête de l’eau et ne cachent pas leurs inquiétudes. Certes, selon de récents chiffres de Statistics Mauritius, l’on a enregistré une hausse de 4,5% des arrivées en mai comparé à l’an dernier, et de 1% sur la période janvier-mai. Mais sur le terrain, et plus particulièrement chez les petits opérateurs comme les restaurateurs ou les chauffeurs de taxis, la morosité est palpable. En cause, avant tout, encore et toujours le all inclusive…
La crise en Europe, c’est entendu, est la principale responsable des difficultés du secteur touristique. Certes, les chiffres font état d’une timide reprise sur ce marché pour les cinq premiers mois de l’année, avec un pic d’une moyenne de 4,5 % pour mai, un sursaut qui concerne aussi la France et la Grande Bretagne, les deux pays qui nous envoient le plus grand nombre de touristes européens. De plus, ces dernières années, tant le ministère du Tourisme que l’Office du Tourisme ont également mené des campagnes agressives sur d’autres destinations comme la Chine et l’Inde, entre autres, marchés sur lesquels une progression a été notée. Mais dans le même temps, le nombre de chambres a augmenté, ce qui fait que le taux d’occupation est loin d’être satisfaisant pour la majorité des hôtels. La situation est pire pour tous les petits opérateurs, comme les restaurants, chauffeurs de taxis et autres magasins comptant habituellement sur une clientèle touristique. Tous mettent en cause les forfaits all inclusive, qui font que les touristes ne s’aventurent – et donc ne dépensent – guère en dehors des hôtels.
Tout en soulignant que « nous sommes en basse saison », et que donc il ne faut pas trop s’alarmer, Chetraj Jhurry, président de l’Association of Tourist Operators (ATO), affirme que l’adaptation aux nouveaux marchés est cruciale pour la survie du secteur. « L’Inde, la Réunion, l’Afrique du Sud sont des marchés importants actuellement. Nous nous sommes longtemps concentrés sur l’Europe mais avec la crise, il est temps que les hôteliers ainsi que tous les acteurs du tourisme accordent leurs violons ». Le all inclusive, s’alarme-t-il, contribue à la mort des restaurants situés sur le littoral ainsi que d’autres commerces visant une clientèle touristique.
Pour François Eynaud, président de l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’Île Maurice (AHRIM), « nous faisons face à une situation économique mondiale difficile et nous nous devons d’oeuvrer selon les besoins non seulement du secteur mais également du touriste en vacances ». Le all inclusive, dit-il, correspond à une demande de clients haut de gamme et participe au prestige de la destination Maurice. « La demande est grandissante pour ce type de service. En tant que restaurateurs et hôteliers, nous nous devons de nous plier à ces exigences », insiste-t-il. Et d’expliquer que le all inclusive package permet au touriste de passer des vacances reposantes, sans stress. « Ce forfait permet au client de se payer des vacances sur mesure. Il sait ce qu’il recherche et avec le all inclusive il se voit proposer divers budgets vacances, parmi lesquels il choisit selon ses besoins ». Mais ce type de package, proposé tant par les grands groupes hôteliers que par les petits hôtels, « a pour conséquence de provoquer le désintérêt des touristes pour d’autres commerces », fait remarquer Chetraj Jhurry.