L’industrie touristique, qui a enregistré une baisse de 2,4 % dans les arrivées au mois de juillet, après une progression de 0,5 % pour le premier semestre, traverse une passe extrêmement difficile. La conjoncture est telle qu’Herbert Couacaud, Chief Executive Officer du groupe Beachcomber, l’un des plus importants opérateurs dans le secteur, tire la sonnette d’alarme et souligne que « l’heure est grave ». De son côté, Robert de Spéville, directeur commercial du groupe, prévoit une nouvelle baisse dans le nombre des arrivées touristiques pendant la prochaine saison de pointe, soit d’octobre 2012 à mars 2013.
Intervenant dans la dernière édition de BeachNews, Herbert Couacaud situe le véritable enjeu pour l’industrie touristique. « La destination mauricienne est prise dans une spirale descendante dangereuse. Elle paie le prix d’une braderie qui a transformé le pays en une Discount Destination avec perte d’identité, conduisant même les voyagistes à chercher d’autres destinations pour assurer leur croissance. L’heure est grave », maintient-il.
Le CEO de Beachcomber s’attend à voir « les décideurs reconnaître clairement les vraies priorités et prendre les décisions énergiques qui seules pourront permettre à notre industrie de survivre à cette conjoncture extrêmement difficile ». La principale difficulté de cet important secteur économique réside dans l’inadéquation entre la capacité du parc hôtelier et le potentiel de sièges-avion disponible sur la destination Maurice.
« À cet effet, à la fin de 2011, il manquait 400 000 touristes par an. Au cours de la seconde moitié de 2012, cette inadéquation va s’accentuer car 2 500 lits additionnels seront en opération dans l’hôtellerie et encore un certain nombre dans la para-hôtellerie », ajoute-t-il en soulignant qu’il « est raisonnable de prévoir une baisse dans le nombre d’arrivées pour la seconde moitié de 2012 ».
Dans ce contexte difficile, le sujet de satisfaction de Beachcomber se trouve dans sa performance en termes de vente. « Les arrivées touristiques ont stagné sur le plan national. Au cours de cette même période, Beachcomber a quand même réussi à progresser de 15 % au niveau des journées hôtelières vendues », avance Herbert Couacaud.
De son côté, Robert de Spéville, le directeur commercial, ne cache pas ses appréhensions devant les perspectives assez sombres dans le tourisme. « En analysant les tendances sur nos principaux marchés émetteurs ainsi que l’accès aérien à partir de ces marchés, nous pensons que le pays connaîtra une baisse dans les arrivées touristiques pour la prochaine haute saison allant d’octobre 2012 à mars 2013 », déclare-t-il.
« Sur les marchés où Air Mauritius a supprimé ses vols directs, soit l’Allemagne, l’Italie et la Suisse, et qui représentent 60 000 places, nous constatons, à travers nos prises de réservations, une baisse dès ce mois-ci. Tout porte à croire que cette tendance ira en s’accentuant », fait-il comprendre en s’engageant dans une comparaison des prix des billets d’avion entre Paris et les Maldives.
« Le tarif moyen en classe économique est de 2 000/2 100 euros pour Maurice et de 1 100/1 200 euros pour les Maldives. En classe affaires, les informations que nous avons reçues font état d’un tarif de 9 500 euros pour Maurice, alors qu’il est de 5 000 euros pour les Maldives. Le fait que Maurice est à deux heures de vol supplémentaires n’explique pas cette différence de tarifs », s’insurge-t-il.
Le directeur commercial de Beachcomber trouve à redire au sujet de « l’éparpillement des initiatives de promotion commerciale décidées à la va-vite et qui n’apportent pas grand-chose à la destination. Ces initiatives ne contribuent aucunement à soigner l’image de la destination, qui ne cesse de se dégrader ». Il s’attend à une redéfinition des priorités et à un refocussing des actions à mener sur les marchés à l’étranger. « Il faudrait davantage de concertation entre les acteurs de l’industrie pour lancer des actions de promotion et de marketing ciblées sur les marchés porteurs », ajoute-t-il.