Une étude du Dr Vanessaa Gowreesunkar sur les impacts de l’observation des dauphins à l’ouest de Maurice (Tamarin) en tant qu’activité touristique a été primée lors de la 16e International Conference on Hospitality and Tourism Marketing and Management, qui s’est tenue les 26 et 27 juin 2014 à Paris. Ce papier a ensuite été publiée dans l’édition de février 2015 de l’International Journal of Trade, Economics and Finance, un magazine universitaire trimestriel. La chercheuse s’alarme de l’absence de contrôle des autorités sur cette activité touristique, ce qui pourrait mettre en péril la survie même des dauphins, argue-t-elle. Le Dr Vanessaa Gowreesunkar détient un PhD en Tourism Destination Management and Marketing et est présentement conférencière (lecturer) dans une institution tertiaire à Maurice.
D’emblée, le Dr Vanessaa Gowreesunkar argue que son étude, intitulée “Study on the Impacts of Dolphin Watching as a Tourism Activity : Western Mauritius as Case Study”, adopte une approche innovante. Alors que les études faites jusqu’ici sur l’observation des dauphins considéraient les humains comme les seules stakeholders dans cette activité touristique, la sienne, explique-t-elle, considère les dauphins également comme tels. « Les dauphins sont en fait les stakeholders les plus importants, car sans eux, aucune activité touristique ne peut avoir lieu », explique-t-elle.
Selon la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS), poursuit la chercheuse, l’espèce de dauphins visitant le plus les lagons mauriciens, les Tursiops (“bottlenose dolphins”), est vulnérable aux perturbations causées par les humains. « Il vient par conséquent pertinent de comprendre les impacts d’une activité touristique, non seulement avec eux, mais également “sur” ces cétacés ! » affirme-t-elle pour justifier son étude.
Cette étude, poursuit la rédactrice, a été effectuée de février à septembre 2013 suivant une méthodologie multidisciplinaire impliquant la collection de données appropriées et la collaboration des skippers, des tour-opérateurs, des institutions touristiques, dont la Tourism Authority, la MTPA, le GEF-SGP, ainsi que l’UNDP, des Ong telles la MMCS, et des scientifiques.
Vanessaa Gowreesunkar explique que la baie de Tamarin, à l’ouest de Maurice, a été choisie pour le cadre de son étude parce que les dauphins y viennent se reposer, se reproduire et socialiser, comme dans leur habitat naturel, et que c’est là que l’on trouve la plus grande concentration de bateaux engagés dans l’observation de ces cétacés en tant qu’activité touristique.
« Une étude effectuée en 2012 par la MMCS a révélé par ailleurs que de très nombreux Mauriciens gagnent leur vie grâce à la vie marine autour de Maurice, et que le montant généré grâce à l’observation des dauphins était estimé en 2009 à environ Rs 150 millions. Ce qui donne une idée du potentiel de l’observation de dauphins en tant qu’activité touristique », précise Vanessaa Gowreesunkar dans son étude. « Il est par conséquent crucial de protéger l’essence même de cette activité, à savoir les dauphins eux-mêmes ! » plaide-t-elle.
Vanessaa Gowreesunkar se félicite que son étude a démontré que l’observation de dauphins dans la baie de Tamarin contribue à la prospérité économique des entrepreneurs locaux, promeut le sport et des loisirs sains parmi les jeunes, booste la motivation pour la protection marine, les opportunités d’emploi et la conservation des espèces menacées, entre autres.
Le revers de la médaille, se désole toutefois la chercheuse, c’est que les opérateurs organisent l’observation des dauphins tout le long de l’année, sans donner à l’environnement marin le temps de respirer. En outre, toutes sortes d’embarcations, des speedboats notamment, sont utilisées, ce qui n’est pas conforme aux normes prescrites pour la protection de ces cétacés.
Dans ce contexte, Vanessaa Gowreesunkar déplore un manque de contrôle de la part des autorités compétentes sur cette activité. « Les lois existantes ne sont pas appliquées et elles ne sont souvent simplement pas prises au sérieux par les opérateurs », regrette-t-elle. La chercheuse exhorte donc la Tourism Authority à élaborer un code de conduite sur l’observation touristique des dauphins conjointement avec la MMCS, la GEF-SGP et l’UNDP. Ce code touchera notamment à la distance devant être respectée entre les bateaux et les dauphins, le type de bateaux, l’heure des sessions d’observation et le comportement à adopter durant l’observation, ainsi que la présence de guides qualifiés. Elle argue que si l’on continue à troubler la quiétude de ces cétacés, ceux-ci changeront de comportement et iront ailleurs. « Pour que ce code de conduite soit respecté, il faut qu’on le légalise. Si ce code devient loi, les opérateurs seront contraints de le respecter et le faire respecter par leurs clients », affirme-t-elle. « Pour assurer la pérennité de cette activité d’observation touristique des dauphins, les autorités doivent impérativement effectuer un contrôle régulier et rigoureux dans le lagon. Sinon, les dauphins se feront rares et, finalement, disparaîtront, avec tout ce que cela implique pour ceux qui en dépendent », conclut-elle.