La formule All-Inclusive proposée par de nombreux hôtels cinq-étoiles de Maurice provoque la grogne des petits opérateurs. Ils soutiennent que ce concept se fait à leur détriment, causant une importante diminution de leur clientèle depuis que ces hôtels la pratiquent. Bon nombre ont dû mettre la clé sous le paillasson alors que d’autres soutiennent qu’ils vont emboîter le pas si la pratique n’est pas abolie.
“Notre clientèle a chuté de 70 % sur un an, c’est une catastrophe”, soutient José Appadoo, propriétaire du restaurant Face à la Mer au Morne. “Notre chiffre d’affaires a baissé de plus de 50 % en cinq ans. Auparavant la majorité de notre clientèle était touristique, dorénavant nous avons majoritairement des Mauriciens”, soutient pour sa part Steeve Lacour, gérant du restaurant Tino à Trou d’Eau Douce, qui propose également des balades en bateau. “Nous souffrons énormément de cette formule, il devient de plus en plus dur de tenir le coup. Personnellement, si je devais payer un loyer pour mon restaurant, je n’aurais pas pu poursuivre mon business”, dit Moïse Dardenne, gérant du restaurant Bateau Vicky. “Notre clientèle est en chute libre, le petit opérateur touristique ne pourra pas survivre dans ces conditions. Pour moi, cette formule représente un déficit à long terme pour la destination Maurice. Nous allons beaucoup souffrir s’il n’y a pas de changements”, renchérit Laurent Prunelle, tour-opérateur à Mahébourg. Tout autour de l’île, les petits opérateurs comptant sur les touristes pour continuer à exister ne savent plus à quel saint se vouer.
Touriste sédentaire.
Comme prévu, les petits opérateurs sont les plus lésés par la formule All-inclusive qu’utilisent certains hôtels cinq-étoiles pour anticiper une probable baisse dans les arrivées touristiques notamment à la peak season. Ce qui paraissait comme une solution pour les hôtels cinq-étoiles est devenu une préoccupation majeure pour les petits opérateurs. Avec cette formule, qui consiste à offrir aux touristes tout ce dont ils ont besoin ou presque au sein même de l’hôtel, ceux-là ne veulent plus sortir et découvrir l’île. “Le touriste va passer son temps dans l’hôtel, les chauffeurs de taxi, les skippers qui proposent des tours en bateau ne verront plus l’ombre d’un touriste”, s’insurge Moïse Dardenne. “Si le touriste veut sortir, il ne le fait qu’une demi-journée, il veut rentrer à l’hôtel pour déjeuner, car c’est inclus dans son forfait et cela représente un gros manque à gagner pour nous petits opérateurs”, dit Steeve Lacour.
Bas de gamme.
Les petits opérateurs craignent également que le All-Inclusive transforme Maurice en une destination touristique bas de gamme. “Cette formule a tendance à attirer les touristes qui n’ont pas de gros moyens et non une clientèle haut de gamme qui va dépenser. Outre le fait que les petits opérateurs vont mourir, c’est l’image de marque de Maurice qui sera écorchée”, dit José Appadoo. Il craint également que l’aspect culturel de la destination Maurice soit lésé. “Quand il choisit la destination, le touriste veut rencontrer le Mauricien, partager sa culture et passer de bons moments avec lui et non se cloîtrer dans un hôtel. Avec ces formules, le touriste va chercher des destinations concurrentes comme les Maldives ou le Sri Lanka”. Robert Desvaux, de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), abonde dans le même sens. “Le All-Inclusive ne met pas en valeur tout ce qui est culturel”, dit-il.
 Inaction.
Les petits opérateurs tiennent pour responsable le gouvernement et son manque d’actions qui, selon eux, a permis à la situation d’empirer. “Depuis 2005, le gouvernement a annoncé qu’il mettrait tout en oeuvre pour décourager la pratique du All-Inclusive, mais jusqu’à ce jour rien n’a été fait. La formule est toujours d’actualité et nous ne savons toujours pas quand le gouvernement va mettre un terme à tout cela”, s’insurge Moïse Dardenne. “Quand les hôtels ont proposé cela au début, le gouvernement a applaudi. Personne ne s’est levé contre et aujourd’hui nous en payons les conséquences”, poursuit-il.
Guidelines.
Conscient des difficultés rencontrées par les petits opérateurs, Robert Desvaux est monté au créneau pour dénoncer cette pratique. Allant en croisade contre les établissements proposant la formule All-Inclusive dans un premier temps, le directeur de la MTPA a ensuite adopté une attitude plus diplomatique pour contrer le problème. Ainsi, il a soumis une ligne de conduite aux hôteliers utilisant la formule All-Inclusive visant à encadrer et, dit-il, “tirer le concept vers le haut”. “Ces Guidelines tiennent en compte trois éléments clés se traduisant par la qualité, la clarté et l’authenticité culturelle de l’offre”, soutient Robert Desvaux. Mais les petits opérateurs pensent que le All-Inclusive devrait être purement et simplement interdit. “Pour moi, il n’y a pas de doute, le All-Inclusive doit être banni, c’est la seule solution”, dit Moïse Dardenne.