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« Airlines and hotels globally own huge balance sheets that require acrobatic management in the best of times »

Des crises majeures, comme celles du Covid-19, entraînent des changements fondamentaux dans la manière d’opérer et pour le secteur touristique – qui arrive probablement à la fin d’un cycle – dit Philip Taylor, Directeur d’Hospitality Plus, cela sera encore plus vrai.  Secteur le plus touché depuis que le virus a étendu ses tentacules dans le monde entier, les différents acteurs du tourisme « sont confrontés à des défis existentiels » alors même que Covid-19 « a pris le contrôle de l’industrie du voyage. » Il décrypte les grandes tendances à venir.

Bien que le calendrier exact du redressement économique ne soit pas clair, et même si beaucoup prédisent une période douloureuse de six à douze mois, « l’impact finira par passer », dit ce professionnel du tourisme. « Une fois que tout sera fini, les gens voyageront probablement, mais en moins grand nombre qu’avant le virus. Cependant, nous devons comprendre qu’à partir de maintenant, l’industrie du tourisme sera confrontée à une nouvelle réalité post Covid-19 où la compétition va se densifier. »

Il explique que l’histoire – notamment la révolution industrielle – a démontré la nature cyclique des industries, que ce soit à travers les guerres, les pandémies ou à travers des cycles économiques et les différentes politiques mises en place de par le monde. Et « le cycle de vie de notre secteur du tourisme et de l’hôtellerie est à un stade critique ; à son apogée de son cycle actuel. L’industrie doit être réformée, et cela peut venir d’un plus grand tourisme collaboratif, aussi bien pendant la pandémie elle-même qu’après la pandémie. This is the new normal », observe Philip Taylor.

A Maurice, au fil des années, l’industrie a été largement tirée par les investissements du secteur privé, soutenus par ce qu’il appelle un « good government compliance support », et a construit un modèle réussi, largement tributaire de la croissance des arrivées et des dépenses en ‘hard currencies’. Cependant, ce modèle est à bout de souffle, car le secteur est miné par divers problèmes, à commencer par une dette excessive, un cycle de vie raccourci des produits et services, un marché dynamique et de plus en plus sensible aux prix, des concurrents émergents, des solutions digitales qui révolutionnent le marché et enfin des marchés financiers submergés par le besoin de conformité et la réglementation. « Et ces nouvelles donnes sont désormais en travers du chemin de la croissance du modèle touristique traditionnel développé au fil des ans et des retours sur investissement rentables », analyse Philip Taylor. « Ce que nous voyons maintenant, c’est un inventaire excessif de chambres dans un marché à croissance négative. What a scenario! How do we create opportunities when we have our heads and eye-sights totally blanked out with masks? The unknown ahead of us with no written scenarios », observe-t-il.

Cela d’autant qu’au cours des dernières années, le tourisme a déjà connu des transformations mais qui n’ont pas été « impactful » sur son ‘business model’, lui-même largement dominé par la dépendance sur les grands tour-opérateurs étrangers, explique Philipe Taylor, faisant référence ici aux TUI, Thomas Cook, etc. « Many lived in denial. Denial that Mauritius and its closest Indian Ocean competitors were thriving in a rather unique business model being caught up by time. Airlines and hotels globally own huge balance sheets that require acrobatic management in the best of times. As we rapidly shift into a cashless market these balance sheets will be running unsustainable liabilities that will only be saved by the grace of banks and governments. However, remember that there is no such thing as a free lunch, and someone will eat you with pleasure at some point in time. What’s bad for one is often good for another.!”

Mais la transformation du monde des voyages va complètement révolutionner l’industrie dans l’ère post-Covid-19. « La technologie et l’Internet des objets ont tout changé et pour toujours. Attendez-vous à de l’inattendu à l’avenir », prévient-il. Quels sont facteurs clés à prendre en compte pour pouvoir opérer dans les semaines et mois à venir ?
(i) D’abord, Google reste le principal moteur de l’organisation des voyages de demain.
(ii) Airbnb devra démontrer aux investisseurs sa capacité de croître, « cash rich et ils sont capables de beaucoup de choses inattendues. Leur modèle d’affaires pourrait devenir plus attrayant à l’avenir », estime le directeur d’Hospitality Plus.
(iii) Alibaba devrait également devenir un acteur majeur du voyage et de l’hôtellerie, et ce en tant que distributeur. Alitrip et Alipay sont déjà des exemples de cette transformation.
(iv) Le commerce électronique devrait également devenir plus axé sur la vente au détail.
(v) Il y a des indications que le marché s’éloigne des offres de ‘pre-booking’. « We may see the need for ‘on-the move’ concierge style options being made available. Last-minute decision-making options will become the new normal. »
(vi) Les compagnies publiques et cotées seront soumises à davantage de pressions, liées notamment à la transparence, la conformité, mais aussi les attentes du public.
(vii) La dépendance des énergies fossiles ira en diminuant avec plus d’investissements dans les énergies renouvelables.
(viii) La digitalisation continuera de croître et le secteur de la grande distribution va continuer à se réinventer.
(ix) De nouveaux modèles économiques émergeront.

Dans un tel contexte, le secteur touristique mauricien devra analyser ses forces et faiblesses, poursuit Philip Taylor : nous devons profiter de cette période « to anticipate what that new normal might look like and prepare for it » car il existe des opportunités pour « transformer les défis en avantages comparatifs. »