La représentation du spectacle Tout sur Jamel, donnée le samedi 16 mars, a passé la rampe face à un public conquis d’avance. Le charisme du comédien pallie un manque de spontanéité et d’authenticité, affirme un de nos représentants sur les lieux. Avis que ne partage pas son collègue, qui a bien rigolé durant la soirée du vendredi 15 mars. Ci-dessous, les deux opinions.
One-man réchauffé
Un stand-up de Jamel live au Vivekananda est un événement truculent. Il est un humoriste plébiscité, confirmé par la notoriété. N’en disconvenons pas. Mimiques, barbarismes (dites-moi pas que c’est pas vrai…) et zozotements caractérisent ses prestations et le rendent sympathique. Cela n’empêche pas de poser des questions sur la performance qu’il a livrée samedi dernier.
Approximation.
Dans une volonté d’adapter le spectacle au contexte mauricien, Jamel lâche comme attendu quelques phrases en kreol, et imite avec approximation un chauffeur de taxi, malheureusement dans un fort accent antillais, bien éloigné des taximen locaux. Il s’est visiblement trompé d’île ou a un sérieux problème d’observation. On rira néanmoins… un peu jaune, peut-être.
N’en déplaise aux inconditionnels du comique de Trappes, Tout sur Jamel est truffé de clichés sur les immigrés en France. On mettra cela sur le compte de l’autodérision. Traiter du sujet de l’intégration est tout à l’honneur de Jamel et des comiques issus de ses écuries, mais la caricature vire vite à un excès de facilités pour pallier les faiblesses du texte. Est-ce simplement grossir les traits sans aucune visée pour susciter un gros rire facile ?
Lieux communs.
Cet humour populaire a toutefois le mérite de drainer les foules et d’apporter du bonheur aux gens, le temps d’un spectacle. Évoquer son mariage avec la journaliste Mélissa Theuriau et les difficultés des rapprochements culturels est certes fort louable, tant que l’on ne tombe pas dans les lieux communs de l’enfance dans la cité où le football est une religion pour les immigrés. Et des raccourcis misérabilistes : un ami d’enfance, dernier de la classe par la grâce de Dieu.
Notons quelques frileuses allusions à un certain London boy, mais rien de comparable aux facéties de Gad Elmaleh qui, lors de son passage sur la même scène, s’était donné à coeur joie sur le monde politique. Jamel a-t-il été briefé lors de la rencontre au Bâtiment du Trésor où, heureux de le recevoir, Navin Ramgoolam lui a demandé un coup de main pour aider à faire décoller l’humour mauricien. Secteur auquel le PM ne s’était jamais intéressé jusqu’ici, mais il fallait bien trouver un prétexte pour expliquer le tête à tête entre le comique et le Premier ministre. Ce dernier a aussi ajouté qu’il souhaitait plus d’humour sur la scène politique.
Improvisations.
Revenons à Jamel : hormis quelques adaptations, pas toujours réussies, et de légères variations, Tout sur Jamel sur la scène du Vivekananda est quasiment le même spectacle que sur DVD. Le live n’apporte pas grand-chose de nouveau à la représentation. Et les rares improvisations ne sont pas toujours réussies, ni naturelles.
Jamel embrasse un membre du public, puis, dans un généreux élan de coeur, qui sonnerait sincère si l’on ne l’avait pas déjà entendu, dit vouloir embrasser toute la salle s’il le pouvait. Et, toujours comme dans le DVD, c’est par le plus grand des hasards, le même parfum que porte ce monsieur assis au premier rang sur lequel Jamel va gentiment s’acharner.
Tout cela manque de spontanéité pour être vraiment vrai. Jamel : on adore ou on abhorre.