Tandis qu’elle peine à accomplir sa mission première : encadrer ses bénéficiaires pour les sortir de la précarité économique, la National Empowerment Foundation s’est engagée dans un autre combat, celui contre la drogue et la toxicomanie. Une campagne, dans cette optique, a été lancée par le ministre de l’Intégration sociale, Prithviraj Roopun, il y a une semaine. La NEF, qui est en état paralytique faute de conseil d’administration, ne dispose pas de compétence pour mener une campagne préventive contre les méfaits de la toxicomanie.
Il est un fait connu de tous qu’en étendant leurs tentacules dans le pays, la drogue et l’alcool n’ont pas épargné les poches de pauvreté de l’île. D’ailleurs, les ravages de la toxicomanie sont à l’origine de nombreux problèmes dans des foyers touchés par la précarité économique. La problématique de la toxicomanie en milieu précaire est vicieuse. La toxicomanie est l’une des causes de la pauvreté et il en est de même inversement.
Ainsi, la combattre dans le contexte de la pauvreté n’est pas une tâche aisée, car même si les deux problèmes sont intrinsèquement liés, la prévention doit être spécifique par rapport au fléau ciblé. En se lançant dans une bataille contre la drogue, la National Empowerment Foundation a en face d’elle un adversaire de taille. Et même si ses intentions sont justifiées, l’institution dont la mission première est de faire reculer la pauvreté s’est engagée dans une lutte précise, alors qu’elle a elle-même, actuellement, du mal à s’occuper de ses bénéficiaires.
Il y a une semaine, quand le ministre de l’Intégration sociale, Prithviraj Roopun, annonçait que la NEF lançait une campagne de sensibilisation contre la consommation d’alcool et de drogue dans neuf poches de pauvreté, il a surpris plus d’un! En effet, la NEF est dans une situation où elle ne peut prendre des initiatives, implémenter de nouveaux programmes… bref, elle est en état paralytique. Faute de conseil d’administration — depuis sept mois déjà — l’institution ne peut opérer pleinement et doit se contenter de poursuivre des actions qui ont été lancées dans le passé.
Sur le terrain, les field officiers ne sont plus en mesure de travailler de manière efficace et d’assurer le suivi auprès des bénéficiaires. Par ailleurs, le recensement de ces derniers est toujours en cours?! Pire, les problèmes, y compris la toxicomanie, qu’a pu relever l’équipe technique de la NEF lors de ses visites dans les poches de pauvreté, s’amplifient. Le ministre Roopun affirme que la mise en place du conseil d’administration est « in process ». Et en profite pour expliquer qu’entre-temps le plan Marshall, préconisé durant le dernier exercice budgétaire a pris forme et que la NEF est en pleine… mutation! 
Drogue synthétique
Malgré l’assurance donnée par le ministre de l’Intégration sociale, il est clair que la NEF peine à s’occuper des plus démunis du pays. Donc, pourquoi s’aventurer sur un autre terrain quand les moyens n’y sont pas? Pour le ministre de tutelle, cet engagement va de pair avec les objectifs de la NEF. « La sensibilisation contre la drogue va aider à réduire la pauvreté « , déclare Prithviraj Roopun à Week-End. Selon lui, cette campagne trouve toute sa place dans le programme « Life Skills » que dispense la NEF à ses bénéficiaires. Soit!
Mais, même s’il a donné le ton à la prévention, Prithviraj Roopun concède qu’il n’est pas en mesure de dire davantage sur ce projet : « Je ne détiens pas les tenants et aboutissants de la campagne. Pour les détails, il faudrait consulter la NEF. »  Néanmoins, le ministre Roopun explique que dans le cadre de la campagne, l’institution collabore avec la National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abusers (Natresa) ainsi qu’avec des organisations non-gouvernementales. Il revient que c’est une organisation affiliée à la Natresa qui aurait sollicité l’appui de la NEF pour lancer cette campagne dans des endroits défavorisés.
Contactée, la NEF n’a pu communiquer sur les implications, notamment le budget, les ressources humaines et matérielles que requiert cette campagne, ni expliquer comment elle compte s’y prendre dans une conjoncture où elle ne peut, actuellement, répondre aux attentes de ses bénéficiaires et honorer sa mission. « Les officiers concernés par ce dossier n’étant pas disponibles », nous n’avons pu obtenir plus de détails sur la campagne.
Pour cette campagne, neuf régions ont été identifiées dont Cité Anoska, laquelle depuis le meurtre de la petite Eleana Gentil fait l’objet d’attention particulière. Cependant, des field workers de la NEF expliquent que les conséquences et dégâts causés par la toxicomanie, ailleurs, dans des régions où ils interviennent perdurent toujours.
« On n’encadre plus les familles, les formations ont été suspendues… Nous ne faisons que constater et noter ce qui ne va pas. C’est comme cela que nous avons vu comment la drogue synthétique a fait son entrée dans les maisons et commencé à faire des ravages auprès des jeunes. Là où je suis affecté, il y a quelque 50 jeunes qui consomment de la drogue synthétique. Quand ils ne volent pas pour se procurer de cette drogue, c’est leur salaire qui part en fumée! La dégradation de l’environnement est flagrante. Il y a même comme un sentiment d’abandon », confie une source de la NEF.
Notre interlocuteur rappelle que « si l’encadrement des familles avait été fait correctement, de manière systématique et ce avec la collaboration des ONG, nous ne serions pas arrivés à une telle situation ». La NEF, poursuit encore notre source, « ne dispose pas de ressources qualifiées pour faire de la prévention contre la drogue dans les quartiers défavorisés ».