Il a gardé un visage d’enfant. Pourtant, à 34 ans, cet ancien entrepreneur qui vivait à l’aise, « car nous mangions bien et ne manquions de rien », a connu l’enfer de la drogue. En effet, depuis qu’il a 19 ans, il fume du Brown Sugar quotidiennement, moyennant « entre Rs 7 000 à Rs 8 000 par jour ». Il en a également vendu « pour le compte d’autres dealers. » Ayant connu l’incarcération, autant que la descente aux enfers, « puisque je n’ai pas été assez malin pour ne pas toucher au produit », Steven a tenté, il y a une vingtaine de jours, de se pendre. Las, dit-il, « de ne pas pouvoir sortir de l’esclavage de la drogue, alors que j’ai décidé que je voulais en finir. J’en ai fait la promesse à ma mère, mes frères et ma femme. Mais quand je suis allé suivre le “screening”, l’un des médecins m’a expliqué que ce n’est pas avant deux à trois mois que j’aurais un traitement. Et qu’en attendant, je peux continuer à me procurer de la méthadone au marché noir… »
Des cicatrices sur sa joue et le long de sa mâchoire témoignent non de son parcours du “bad boy” qu’il aurait pu être, mais d’un accident survenu il y a deux ans. « J’ai arrêté ma moto pour dépanner quelques personnes qui cherchaient de l’essence… Elles s’en sont prises à moi et voilà les séquelles… En voulant faire une bonne action, j’ai failli y laisser ma vie. » Steven a le regard fixe d’un jeune homme déterminé : « Mo’nn plin ar sa lavi droge-la… Mo’nn konn tou : koz manti ar fami, kasiet mo fam la verite, anbet momem… » Le déclic, Steven l’a eu il y a trois semaines quand il fait une tentative de suicide, « tellement j’en avais assez de moi-même, de mon quotidien de toxicomane qui ne pense qu’à trouver de l’argent pour mes doses pour apaiser mes souffrances… »
À la différence de la majorité des toxicomanes, qui sont des Usagers de Drogues Injectables (UDI), Steven, lui, s’est cantonné à fumer du Brown Sugar depuis ses 19 ans. « C’est un processus ultra-coûteux », fait ressortir Aamir, son « meilleur ami ». C’est ce dernier qui lui a sauvé la vie ce fatidique samedi quand il a tenté de se pendre. Steven renchérit : « Chaque jour, j’ai besoin d’au moins Rs 7 000 en liquide pour acheter un gramme de Brown Sugar que je fume… Si je ne fume qu’une fois le matin, aux alentours de 13 heures ou 14 heures, je ressens un “craving”… » Le “fat yen” le pousse alors à « retourner dans la rue, chercher un marchand chez qui m’approvisionner… Mais surtout, il me faut trouver des sous. » Et comme il a déjà fait la prison, Steven ne peut plus postuler pour un quelconque emploi, n’ayant plus de certificat de moralité. « Je travaillais à mon propre compte, explique-t-il. Mais j’ai tout perdu : mes économies, ma moto, mes investissements… Et je croule sous les dettes. »