C’est le premier mardi depuis deux mois que les dirigeants du MMM et du MSM n’auront pas discuté de l’actualité politique autour d’un verre en séance alternée chez Paul Bérenger à River Walk et chez Pravind Jugnauth à Angus Road, à Vacoas. En effet, pas de réunion entre dirigeants mauve et orange durant la semaine écoulée, alors que c’était devenu un rendez-vous hebdomadaire incontournable depuis que le MSM est passé dans l’opposition. Officiellement, ce sont les activités religieuses de la saison qui ont provoqué ce report mais, de sources officieuses mais fiables, on laisse entendre que ce sont les prétentions de Pravind Jugnauth pour le poste de Premier ministre pour cinq ans qui ont refroidi les relations entre le MMM et le MSM et qui ont plombé une possible alliance entre les deux partis.
Connu pour choisir très scrupuleusement ses mots, Paul Bérenger n’a d’ailleurs pas hésité, hier, à dire son opinion personnelle selon laquelle « il y a des années lumière qui séparent le MSM et le MMM sur l’unité nationale, la démocratie et la méritocratie ». C’est vrai qu’il a toujours affirmé qu’il n’y pas de discussion sur une éventuelle alliance avec le MSM « du moins pour le moment », mais c’est bien la première fois après deux mois de frottement continu qu’il prend ses distances du parti de Pravind Jugnauth. C’est vrai aussi que lors de l’assemblée des délégués du MMM, le 21 août dernier, la base, lasse d’être entraînée dans des arrangements foireux, avait été extrêmement explicite et directe et qu’elle s’était prononcée contre toute alliance.
Au MMM, la simple suggestion que le leader du MSM puisse revendiquer le poste de Premier ministre pour cinq ans dans le cadre d’une alliance électorale MMM/MSM est jugée non seulement inacceptable et démesurée, mais insultante même. Les mauves sont d’autant plus remontés par la posture du MSM qu’ils estiment avoir déjà beaucoup trop fait pour aider le MSM depuis son passage calamiteux dans l’opposition et pour venir à sa rescousse en vue d’empêcher qu’une hémorragie plus importante n’achève ce parti à un moment où d’autres défections se précisaient après celles de Mireille Martin et de Jim Seetaram.
Prétendre au poste de Premier ministre, c’est comme revendiquer immédiatement celui de leader de l’opposition. Pravind Jugnauth menant les troupes de l’opposition contre Navin Ramgoolam à la prochaine rentrée parlementaire ? Qui dans les rangs du MMM ou même dans le pays accepterait une telle éventualité pour ne pas dire une telle chimère ? Personne, sauf au sein du MSM où l’on pense que l’on peut imposer au MMM ce qui s’était produit en 93, lorsque, fort de ses 15 députés, le MMM, éjecté du gouvernement de SAJ avait consenti à céder le poste de leader de l’opposition à Navin Ramgoolam avec ses 10 députés, ce qui avait été le prélude à une alliance Ptr/MMM et au deuxième 60/0 de 1995. Mais comme le fait remarquer un apparatchik mauve, même au plus bas de son histoire, comme en 1982, par exemple, le Ptr n’a jamais touché le fond, soit descendre au-dessous des 25%.