A la Clarisse House jeudi dernier, à l’issue de près de trois heures de discussion avec le leader de l’opposition, Navin Ramgoolam s’est adressé à la presse dans un ton des plus révélateurs. «Nous allons vers un accord sur la réformeélectorale»,a-t-il d’emblée indiqué, soulignant qu’il fallait simplement, durant ces quelques jours, faire des ajustements qui permettront au PTr et au MMM d’accorder leurs violons sur la question. Il dit qu’avec Paul Bérenger il a eu une très longue discussion «bien détaillée»sur la réforme et révèle que «nous sommes tombés d’accord sur quasiment tous les points».
Reste quand même quelques points de «fine tuning». «En fait, nous sommes d’accord sur tous les points, mais nous voulons revoir une ou deux choses avec un esprit d’ouverture»,dit-il. Et d’affirmer que le projet d’accord électoral ne sera pas mis en oeuvre simplement à la suite d’un accord entre deux leaders. Selon lui, «c’est un projet auquel nous tenons beaucoup, pas parce qu’il y a eu cas des cas en Cour mais parce qu’il nous faut une identité nationale».
S’agissant des rôles des leaders politiques concernant le choix des candidats, Navin Ramgoolam fait comprendre que «Maurice est un pays difficile. Notre système de best losers est unique au monde. Toute la question réside dans le fait qu’il faut penser en termes de Mauriciens».Et en boutade pour la presse qui, dit-il, fait état et critique souvent les visites premierministérielles à Londres, Navin Ramgoolam dira «ce n’est pas qu’à l’étranger que nous devons dire que nous sommes Mauriciens. Nous devons pouvoir dire ici même que nous sommes Mauriciens».Avec la réforme électorale, il s’agira également de donner plus d’équité, permettant ainsi à chacun de voir que son vote a été pris en compte. Ce sera un système plus juste, dit-il.
«Certainesretouches»
Revenant sur ce «fine tuning»que lui et le leader de l’opposition devraient faire, le PM indique qu’il faut penser en termes d’une plus grande représentation des femmes au Parlement, comme c’est désormais le cas au niveau des administrations régionales. «Il est important que toutes les composantes de la nation mauricienne sentent qu’elles sont dans le système. Nous voulons donc y faire certaines retouches», explique lechef du gouvernement, soutenant vouloir prendre en considération ce que les autres leaders politiques diront. Mais de préciser que «ceux qui souhaitent en discuter le fassent  bien entendu.»
Pour l’heure, sa priorité et celle de Paul Bérenger, ajoute-t-il, est de travailler sur les ajustements sur la réforme électorale de sorte qu’un texte de loi puisse être présenté au Parlement dans le plus bref délai. D’autres rencontres sont prévues avec le leader de l’opposition, confie le PM, sans pour autant préciser les dates.
Interrogé sur les différents chiffres avancés, d’une part, par le MMM et, d’autre part, par le PTr, quant au nombre de candidats à figurer sur les listes proportionnelles, Navin Ramgoolam révèle que «nous sommes arrivés à un accord des deux côtés». S’il a proposé 16 candidats et que certains avaient proposé 22 et le MMM 28, «il nous faudra faire un léger ajustement sur les 16 afin de satisfaire tous les critères nécessaires», dit-il. Idem en ce qui concerne le seuil d’éligibilité pour les proportionnelles. Si le PM se dit en faveur de 10 % que beaucoup trouvent trop haut «dans un souci d’ouverture, on ne peut le baisser trop. Cela ne veut pas dire qu’on va le changer»,dit-il.
Rappelant que les partis politiques et autres Mauriciens — dont lesministres et députés libres de faire des propositions — qui souhaitent s’exprimer sur la question de réforme électorale sont les bienvenus, le PM soutient que sa rencontre avec le leader du PMSD, Xavier Duval, a été très cordiale et qu’il a eu l’occasion d’écouter les propositions des bleus, qui devraient aussi être examinées. 
2e République
Ce qui aurait davantage rapproché Navin Ramgoolam et Paul Bérenger – pourtant à couteaux tirés ces trois dernières années, avec le leader de l’opposition dénonçant haut et fort les scandales sous le leadership du gouvernement PTr -, c’est le projet de 2e République. Sujet également abordé lors de la rencontre entre les deux leaders à Clarisse House. Navin Ramgoolam concède, sans plus de précision, qu’il s’agit «d’un autre sujet très complexe qui demandera beaucoup de réflexion». 
S’il a tenté de nuancer ses propos en répondant aux journalistes à l’affût d’une confirmation d’une alliance PTr-MMM, Navin Ramgoolam, large sourire aux lèvres, soutient : «Nous ne parlons pasd’alliance. Nous parlons de projet d’avenir. Si nous arrivons à un consensus, je pense que ce sera bon pour le pays, pour tous les Mauriciens.»
Interrogé sur les turbulences occasionnées la veille, à la Rue Ambrose au quartier général du MMM, Navin Ramgoolam assure ne pas vouloir mettre son grain de sel dans les affaires internes du Remake 2000. Il indique que «je ne veux pas m’ingérer dans les activités de l’opposition mais en tant que ministre de l’Intérieur je peux dire qu’il y avait des militants mais beaucoup de MSM aussi».
Le PM, nouveau porte-parole du MMM?
Navin Ramgoolam semble cependant très au courant de ce qui se passe à l’intérieur du MMM. D’ailleurs, c’est le PM lui-même qui, en annonçant mercredi — à l’issue d’une cérémonie de remise de chèques aux familles bénéficiaires du Prime Minister’s Relief Fund— que le PTr ne tiendra pas de meeting du 1er Mai, a révélé que le MMM lui aussi ne compte pas se rassembler pour la Fête des travailleurs. Le PM prend ainsi à contre-pied les responsables de communication de son parti qui avaient annoncé en grandes pompes la tenue du meeting du 1er-Mai à Vacoas pour «dénoncer l’imposture de Pravind Jugnauth».Selon Navin Ramgoolam, dans la conjoncture, s’il a renvoyé le Parlement au 13 mai, il ne serait pas justifié de tenir un meeting relevant du tam-tam, les priorités du pays étant autres.
Le PM, qui s’est longuement prêté aux questions des journalistes, devait ainsi souligner le consensus entre le PTr et le MMM concernant la réforme électorale. Là encore, il n’a pas caché les possibilités d’alliance que ce consensus pourraient amener. «C’est la première fois ki de grands partis le Réforme. Ce important. Moi mo prêt pou avancer dans lintérêt du pays», a-t-il dit.
Et sans doute pour mieux faire passer les tractations qui existent entre les rouges et les mauves, Navin Ramgoolam insiste : «On ne parle pas de ti partis, ki pou monte dadak lor ledos so camarad, mais de deux plus grands partis.»Aux journalistes qui souhaitaient l’entendre dire qu’une alliance PTr-MMM est à l’agenda, il répondra que «nou pa pe coz alliance pour l’instant, nou pe coz réform». Cependant, à la question relative à son souhait d’une alliance PTr-MMM, le PM répond que «oui, tou depend bann conditions».Il profitera pour rappeler qu’il existe une«véritable chemistry»entre lui et Paul Bérenger. Et d’assurer que «ce ki aussi vrai, ce ki ni li, ni moi nou pa pa guett pou nou. Nou pe guette pou le pays». D’autant que le PMSD a, lui, montré des signes de réticences à ce changement. A cela, NavinRamgoolam répond que le plus important c’est l’intérêt du pays.
Affirmant toujours ne pas vouloir s’ingérer dans les affaires internes de l’opposition, Navin Ramgoolam interrogé sur les remous au sein du Remake, dit estimer que la colère du leader des mauves envers Pravind Jugnauth est «parfaitement justifiée». Selon lui, depuis le début de l’affaire MedPoint, le leader du MSM ne fait qu’avoir recours aux «delaying tactics».
Dès le début de la semaine écoulée, le chef du gouvernement avait donné le ton dece qui a bouleversé la scène politique depuis lundi soir. Son appât: la réforme électorale et le consensus dégagé avec le MMM. Dès dimanche, à l’occasion des célébrations entourant le Nouvel An tamoul, observant que la réforme électorale s’inscrit dans l’esprit de la modernité et de la consolidation de la nation mauricienne, Navin Ramgoolam devait indiquer son opposition à l’organisation d’un recensement. Recensement qui, selon lui, préciserait l’appartenance communale des citoyens, et qui serait rétrograde en marge de la volonté qui existe pour éliminer les divisions. Il devait aussi exprimer ses craintes suivant l’adoption d’un seuil de 10% de suffrages pour qu’un parti soit éligible aux sièges répartis selon la formule de représentation proportionnelle, soulignant qu’un seuil trop bas risque de déstabiliser le pays. D’où sa proposition de 10%.