Depuis trois semaines, la Road Safety Unit (RSU) de la Force Policière compte dix éléments féminins.  Elles sont les pionnières dans un métier jusqu’ici exclusivement réservé à la gent masculine. Elles circulent sur nos autoroutes, M1, M2 et M3, de 10h à 18h, pour sensibiliser les automobilistes et verbaliser les contrevenants. Rencontre avec deux d’entre elles.
Sur 23 postulantes, seules 10 ont été retenues. Avant, elles ont suivi un cours intensif de trois semaines comprenant, entre autres, un test d’aptitude à manier la moto de 250 cc à la Training School de Beau-Bassin. Pourquoi des femmes motards maintenant? À cette question, le Sergent Coowar qui compte 19 ans dans la Police, ayant lui-même reçu une récente formation à l’île de La Réunion, répond: « La Force Policière souhaite envoyer un signal,celui que les femmes sont tout aussi capables que les hommes. C’est avec fierté que nous accueillons les femmes parmi nous. En même temps, nous sommes convaincus que leur présence enverra un signal positif aux femmes conductrices qui se sentiront plus à l’aise. Cela permet un rapprochement avec le public. »
Les 10 Women Police Constables retenues sont issues de divers postes de police: Vacoas, Triolet, Pointe-aux-Sables et Floréal. À ce stade, elles sont exclusivement déployées sur les autoroutes M1, M2 et M3 mais cela peut varier en fonction de la demande, dit le Sergent Coowar. Pour mieux les encadrer, les femmes motardes ne sont pas déployées seules mais accompagnées de leurs collègues masculins. Leur squad, qui comprend en tout 20 éléments, devrait être revu à la hausse avec 40 motards d’ici la fin de l’année.
Aurélie Herrisson, 21 ans, fait partie de la force policière depuis bientôt deux ans. Lorsqu’elle a vu l’appel à candidature pour les femmes motards, cette passionnée de grosses motos affirme n’avoir pas pu rester insensible. « C’était une évidence que je devais impérativement me joindre à cette nouvelle équipe. Je vis et respire les grosses motos » (…) Et de dire en souriant, « d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais monté les petites motos. »
Qu’est-ce qui l’attire autant? « C’est le feeling. Une deux-roues n’est en rien comparable à une bagnole. Tu te sens plus à l’aise, tu fais des cascades, le stunt et le wheeling, notamment », confie-t-elle. Une passion qu’elle nourrit depuis toute petite grâce à sa mère qui est fan de motocyclettes.
Pour sa collègue Amanda Michel, 22 ans, bien qu’elle ne soit pas adepte de sensations fortes, elle est tout aussi attirée par les grosses motos. C’est d’ailleurs sur les encouragements d’Aurélie qu’elle s’est laissée tenter à l’aventure. « Je me suis dit: pourquoi pas? Allons de l’avant, sachant que la moto est mon monde à moi. » Contrairement à Aurélie pour qui intégrer la nouvelle équipe de femme motards était une évidence, Amanda concède avoir hésité au début: « Au poste de police de Pointe-aux-Sables, mes collègues disaient: Ayo femmes motardes! To pas bien ici? Ki to pe ale roder? » Sans se laisser démonter ni démoraliser, elle décide néanmoins de tenter l’aventure, espérant par ailleurs, voir plus sa famille en raison du day duty only.
Forte de leur formation de policière mais aussi de motardes, les premières journées de travail se sont déroulées sans anicroche. Pour Aurélie, le public était au contraire émerveillé de voir des femmes à motocyclettes, vêtues et exerçant comme des hommes. « Certains voulaient même faire des photos avec nous mais nous leur avons fait comprendre que ne n’était pas possible », raconte-t-elle en souriant.
Amanda a eu moins de chance car un automobiliste a tenté de l’affronter verbalement mais mal lui en a pris car la jeune femme l’a verbalisé de façon ferme en raison de sa grossière erreur.
« Il est important que le public prenne conscience que nous sommes là pour assurer leur sécurité, les sensibiliser et les verbaliser quand il le faut. »
Se sentent-elles plus à risques sur l’autoroute que dans le confort d’un poste de police? « Les risques sont partout mais rien ne me fait peur », concède Aurélie, et Amanda de renchérir: « Disons que nous sommes plus exposées aux insultes qu’au poste, mais ce n’est pas une raison pour nous laisser démonter. Nous avons reçu une bonne formation et pour cela, je remercie nos formateurs: le Caporal Sooleehall et le Constable Nallacoottee. »
En tout cas, concèdent les deux collègues, la première journée de travail restera un moment fort agréable de par le rapprochement avec le public, en tant que pionnière dans un squad jusqu’ici essentiellement masculin.