Une étape majeure a été franchie en ce début de semaine dans l’enquête initiée par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) suite à des allégations de trafic illégal d’armes avec Maurice en tant que plaque tournante. Après une dizaine de mois de consultations et de discussions au sujet des modalités pour consigner la déposition formelle de Kathi Lynn Austin, Executive Director de Conflict Awareness Project (CAP) et auteur des dénonciations, l’ICAC a dépêché à Londres des limiers de l’Investigation Division à cet effet. C’est ce qu’a appris Le Mauricien de sources autorisées.
Les recoupements d’informations indiquent que l’audition de l’Executive Director du CAP par l’ICAC s’est déroulée dans les locaux de la haute commission de Maurice à Londres le dimanche 19 et le lundi 20 mai. À ce stade, très peu de détails ont transpiré quant à la teneur de la déposition ou encore des accusations de trafic d’armes illégales portées par Kathi Lynn Austin contre la bande à Andrei Kosolapov. Pour les besoins de son enquête, Kathi Lynn Austin avait fait le déplacement à Maurice pour recueillir la version des faits des parties mises en accusation.
Les limiers désignés pour cette mission spéciale devront être de retour en cette mi-semaine pour un premier débriefing au niveau de l’ICAC en vue de déterminer la marche à suivre pour les prochaines étapes de l’enquête. À ce jour, aucune des principales parties sur lesquelles portent des allégations de trafic d’armes n’a été soumise à des séances d’interrogatoire par l’ICAC. À partir des faits énoncés par la directrice exécutive du CAP, l’ICAC devra réorienter son enquête et établir un calendrier d’interrogatoires pour les parties concernées.
Kathi Lynn Austin avait fait de la garantie d’immunité contre toute Private Prosecution une des conditions primordiales pour son déplacement à Maurice en vue de répondre aux questions de l’ICAC sur les points énumérés dans son rapport à la conférence des Nations unies sur le trafic illégal d’armes à New York en juillet de l’année dernière. En effet, Me Zakir Mohamed, dont le nom est cité dans le rapport du Conflict Awareness Project comme étant un des contacts privilégiés des trafiquants d’armes russes, Andrei Kosolapov et Sergey Denisenko, à Maurice, a initié des procédures en Cour suprême pour des réclamations en dommages pour diffamation.
Une éventuelle présence de l’Executive Director du CAP à Maurice aurait été une occasion pour Me Zakir Mohamed et ses proches de mettre en branle les procédures judiciaires nécessaires. Mais les autorités mauriciennes, n’étant pas en mesure d’assurer une telle garantie, ont préféré trouver un terrain neutre à l’étranger pour boucler cette étape, d’où la décision du rendez-vous d’Elvaston Place à Londres dimanche et lundi.
L’élément principal de cette affaire de trafic illégal d’armes concerne des démarches par le tandem russe en vue d’obtenir un Air Operation Certificate des autorités mauriciennes au nom de cette entité en question. À cet effet, une société, avec Me Zakir Mohamed en tant que Chief Executive Officer, fut incorporée à Maurice par les promoteurs russes. Depuis l’éclatement de ce scandale, Me Zakir Mohamed rejette catégoriquement les accusations de trafic d’armes ou encore de complicité alléguée avec des trafiquants d’armes étrangers.
De leur côté, peu avant la publication du rapport de Conflict Awareness Project à New York, Andrei Kosolapov et Sergey Denisenko ont quitté Maurice début juillet de l’année dernière. Depuis, les services de Passport and Immigration Office n’ont relevé aucune présence de ces deux ressortissants russes. La presse sud-africaine rapporte le dénommé Kosolapov aurait laissé une ardoise de plus de Rs 100 millions auprès des banques commerciales.