Un peu plus d’un mois après la dénonciation officielle d’une tentative alléguée d’un réseau mafieux de trafic d’armes international d’utiliser Maurice comme couverture et le rejet par le gouvernement de la demande d’Air Operation Certificate au nom d’Island Air System, l’enquête initiée par l’Independent Commission Against Corruption prend forme. C’est ce qu’indiquent des sources proches de cette institution, qui a établi une ligne de contact pour des échanges réguliers et suivis avec Kathi Lynn Austin, Executive Director du Conflict Awareness Project et ancienne Weapon Inspector accréditée des Nations unies. Au terme de ces correspondances, un Modus Operandi quant à la collaboration de Kathi Lynn Austin avec l’ICAC a été convenu.
Dans les milieux proches de l’enquête sur ce scandale de trafic d’armes présumé avec au centre la compagnie Island Air System, incorporée au Registrar of Companies, la question du déplacement à Maurice de l’Executive Director de Conflict Awareness Project ne se pose pas. L’ICAC et Kathi Lynn Austin procèdent à des échanges réguliers au sujet de cette affaire impliquant deux ressortissants russes, Andrey Kosolapov et Serguey Denisenko, aussi bien que des contacts mauriciens.
« Au moment approprié, l’ICAC fera appel à Kathi Lynn Austin pour les différents aspects de l’enquête, qui a démarré depuis quelque temps déjà », souligne-t-on du côté du QG général de l’ICAC sans vouloir apporter des précisions sur la formule de cette collaboration pour la suite de l’exercice.
Le premier round de l’enquête de l’ICAC sur cette affaire de trafic d’armes sur le plan international avec Maurice en tant que paravent est consacré aux éventuels délits sous divers textes de loi, dont la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act ou encore relevant du financement du terrorisme international. Ainsi, des limiers de la Commission Anti-Corruption procèdent actuellement à un relevé de toutes les transactions bancaires et financières opérées soit au nom de la compagnie Island Air System Limited depuis son incorporation, soit par le tandem russe Kosolapov et Denisenko, qui a déjà quitté le pays.
L’ICAC est également intéressée à approfondir toute autre transaction opérée par rapport aux procédures pour la demande d’Air Operation Certificate, en particulier les étapes suivies et les officiels au ministère des Communications extérieures et du Département de l’Aviation Civile. Dans son rapport rendu public à New York, Kathi Lynn Austin avait fait état de pressions exercées sur les fonctionnaires compétents. Les fonctionnaires concernés sont actuellement entendus à titre de témoins par l’ICAC, qui a également accès à tous les dossiers officiels relatifs.
Nouvelles stratégies
Une autre étape abordée lors de cette première phase d’enquête vise à obtenir confirmation des liens entre Andrey Kosolapov et Serguey Denisenko et le parrain du trafic d’armes sur le plan international, en particulier le Russe Viktor Bout, qui purge une longue peine en prison. Des correspondances officielles ont été adressées au siège d’Interpol à Lyon en France de même qu’avec d’autres instances internationales engagées dans la lutte contre le trafic d’armes ou contre le terrorisme. Le canal diplomatique, notamment la mission diplomatique à New York et à Washington, est également mis à contribution à cet effet.
La prochaine étape devra être les premières convocations pour des auditions Under Warning dans les locaux de l’ICAC. À ce jour, aucune indication n’est disponible au sujet de ce calendrier d’interrogatoires, qui sera précisé une fois les délits provisoires établis et la Documentary Evidence nécessaire versée dans le dossier à charge.
De son côté, à New York, Kathi Lynn Austin met au point la stratégie pour la prochaine étape du démantèlement du réseau de trafiquants d’armes ayant tenté d’utiliser Maurice en tant que base. « Regarding upcoming activities, we are currently in a consultation mode with our legal advisors », a-t-elle fait comprendre, par voie d’échanges d’e-mail avec le siège de Conflict Awareness Project, hier.
Kathi Lynn Austin a également fait publier une “Op-Ed Piece” dans les colonnes de l’édition d’hier du New York Times. L’Executive Director du Conflict Awareness Project met en garde contre les nouvelles stratégies des trafiquants d’armes pour plaider en faveur d’un renforcement de la coordination et du contrôle sur le plan international.
« To remain in the shadows, traffickers traditionally require an economic superstructure conducive for shell games. With its offshore banking center, drop-box office addresses and seasoned holding company paper pushers, Mauritius may have unwittingly guaranteed the expertise required for traffickers to construct a complex screen to hide their illegal assets and sales. Financial centers usually fail to run compliance checks on all of a client company’s shareholders and directors. And even when nefarious activities are detected, illicit entities are rarely reported to relevant law enforcement agencies », ajoute-t-elle comme pour mettre en evidence la pertinence des enquêtes de l’ICAC, de la Financial Intelligence Unit et de la police sur les activités des Russes au sein de l’Island Air System à Maurice au cours de ces deux dernières années.