L’une des clés susceptibles de démêler l’écheveau derrière l’écran d’Island Air System Limited, qui avait soumis une demande pour un Air Operation Certificate de Maurice, devrait être un Audit Trail des mouvements de fonds pour la période allant de février 2011 au 11 juillet dernier. Cette option est sérieusement à l’étude au sein de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), qui a déjà bouclé l’étape initiale d’Information and Intelligence Gathering. De ce fait, les limiers de l’ICAC ont un premier délai arrivant à échéance à la mi-août pour démarrer une enquête formelle soit pour d’éventuels délits de blanchiment de fonds sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act soit pour ceux de corruption sous la Prevention of Corruption Act. Entre-temps, un autre membre de la famille Mohamed, le ministre du Travail et des Relations industrielles Shakeel Mohamed, a fait servir des réclamations en diffamation de Rs 50 millions à l’Executive Director de Conflict Awareness Project, Kathi Lynn Austin, à la suite de la publication de ce rapport à New York mardi de la semaine dernière.
Dans la perspective d’initier cet Audit Trail, considéré comme une arme puissante pour établir tous les transferts bancaires et déterminer les paiements effectués au nom d’Island Air System Limited, l’ICAC a constitué une première escouade en vue de compiler des dossiers sur les différentes sociétés citées dans le rapport de Conflict Awareness Project. La plus importante demeure Island Air Service Ltd, qui est incorporée au Registrar of Companies, facilitant du même coup la tâche des enquêteurs car si cette entité faisait partie du Global Business Sector, l’équation aurait été quelque peu plus compliquée avec les règlements régissant la Financial Services Commission.
Deux autres compagnies, en l’occurrence Gibson & Hills Ltd et Gibson & Hills Investment Ltd, faisant partie des Findings de Conflict Awareness Project au sujet des dénonciations de trafic d’armes, intéressent également l’ICAC dans le cadre du démarrage de l’enquête. Réagissant aux propos à l’effet que ces « deux holding companies avaient été utilisées par les promoteurs russes », Gibson & Hills Ltd rejette des plus catégoriquement ces accusations.
Dans un communiqué officiel, Gibson & Hills Ltd maintient qu’elle agit en tant que firme de consultants et qu’elle est contrôlée par des directeurs mauriciens. Cette société ajoute qu’elle se tient prête à discontinuer toute collaboration avec Island Air System Limited ou ses promoteurs s’il s’avère qu’ils sont impliqués dans la vente illégale d’armes dans des zones de conflits. L’un des promoteurs russe, Serguey Denisenko, engagé pendant une certaine période dans cette affaire, avait « listed his address on mauritian Registrar of Companies documents for Island Air System Ltd and Gibson & Hills Investment Ltd ».
« We re-iterate our trust in local authorities and their ability to investigate into the contents of this report. The firm will assist local and international authorities in any investigation and inquiry », ajoute la correspondance de Gibson & Hills Limited, dont le siège est basé à la Cybercité d’Ébène.
Séances de travail
D’autre part, pour avoir accès aux transactions bancaires opérées par Island Air System Limited ou encore par les promoteurs russes et les partenaires étrangers ou locaux, l’ICAC prévoit de saisir la Cour suprême avec des demandes de Judge’s Order aux termes des dispositions de la loi. À cet effet, les premiers affidavits devront être jurés par les responsables de l’ICAC au début du mois prochain sur la base des premières conclusions du rapport de Conflict Awareness Project appuyées par les dépositions à venir de Kathi Lynn Austin.
Un autre volet de l’enquête sur le réseau de trafiquants d’armes russes amènera les limiers de l’ICAC au Département de l’Aviation Civile et au ministère des Communications externes. De graves allégations d’influence-peddling attendent d’être éclaircies dans le sillage de la publication du rapport. « As the Russian aviation enterprise began to take off on the island, accompanying the endeavour were signs of high-influence peddling, the perversion of justice and pressure exerted on civil aviation authorities and the police. »
Il n’est un secret pour personne qu’au cours de son séjour de trois semaines à Maurice pour les besoins de cette enquête en juin dernier, Kathi Lynn Austin a eu des séances de travail avec des responsables et des fonctionnaires du Département de l’Aviation civile, du ministère des Communications externes, du ministère des Affaires étrangères et autres autorités compétentes. Ces conclusions ont été élaborées sur la base des témoignages consignés.
Par ailleurs, tous les mouvements d’avion ayant des connexions avec les promoteurs russes ont été relevés depuis 2010 pour identifier tout pattern débouchant sur un éventuel trafic. Les sociétés basées à l’aéroport ont été approchées en vue de collaborer à l’enquête actuellement en cours.
Par ailleurs, en cette fin de semaine, le ministre Mohamed a donné des instructions à ses conseils légaux afin de poursuivre en diffamation Kathi Lynn Austin pour un montant de Rs 50 millions. Les documents ont été logés en Cour suprême en attendant d’être servis à la principale concernée lors de son prochain déplacement à Maurice. Le ministre du Travail trouve que le rapport sur le trafic d’armes allégué « constitue une atteinte malicieuse à sa réputation portant préjudice à la famille Mohamed ».