L’affaire de vente d’armes illégales en violation des sanctions des Nations unies, avec une tentative par des trafiquants russes d’utiliser Maurice comme tremplin et couverture politique et diplomatique, devait être évoquée lors des délibérations du conseil des ministres ce matin. C’est ce qu’a appris Le Mauricien de sources autorisées. Entre-temps, les membres de la famille du ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, dont les noms sont cités dans le dernier rapport de Conflict Awareness Project, rejettent les allégations au sujet du réseau de trafic de livraison d’armes présumées à la République démocratique du Congo, à l’Iran et au Soudan. Ils soutiennent avec force que leurs services professionnels ont été tout simplement retenus par ces clients étrangers, dont le dénommé Andrei Kosolapov.
Le gouvernement devait passer en revue les retombées de cette affaire de trafic d’armes dénoncée à New York mercredi dernier et décider de la marche à suivre. Dans la conclusion de son rapport, Kathi Lynn Austin, Lead Investigator dans cette affaire, affirme qu’à la suite des consultations avec des officiels de l’ambassade américaine à Port-Louis et des représentants du Département de l’Aviation civile, du ministère des Affaires étrangères et de la mission diplomatique mauricienne à New York, la Financial Services Commission et l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) pourraient être amenées à initier des enquêtes pour des délits criminels probables, comme le blanchiment des fonds et le trafic d’armes contre des sociétés incorporées à Maurice comme Gibson & Hills Ltd, Gibson & Hills Investment Limited, Superfly Aviation Limited et Island Air Service Ltd.
A la mi-journée, aucune indication n’était disponible quant à la suite qui pourrait être donnée à cette affaire, qui est suivie par la presse internationale. Interrogé par la presse, hier après-midi après l’inauguration du pont de Notre Dame de Fatima à Petite-Rivière-Noire, le Premier ministre a soutenu que « le gouvernement n’a pas accédé à la demande de cette compagnie au sujet de ce permis ». Pour sa part, le leader de l’opposition, Paul Bérenger, considère que « cette affaire est très grave pour Maurice ». Il a ajouté qu’il compte aborder les dessous de ces transactions lors du point de presse du MMM demain.
L’un des plus importants documents qui devait être abordé lors du conseil des ministres du jour est le rapport de 17 pages de Conflict Awareness Project où les noms de Mes Yousuf Mohamed, Zakir Mohamed et du ministre Shakeel Mohamed sont cités à divers degrés. Le démarrage de ce projet visant à incorporer une compagnie à Maurice pour desservir les îles de l’océan Indien remonte à l’année dernière, plus particulièrement au 21 mai 2011 quand un premier transfert de US $ 300 000 a été effectué sur le compte de Superfly. « Teddy Harrison began to accept payments from Island Air System for the set up of aviation operations on the islands of Mauritius and neighbouring Rodrigues », lit-on à la page 7 du document.
À partir de cette date, les contacts s’accélèrent et les partenaires russes Kosolapov et Denisenko procèdent à la location à bail d’avion aux États-Unis. Le 15 juin 2011, le projet de demande pour l’Aviation Operation Certificate prend forme avec un premier rendez-vous de Teddy Harrison au Prime Minister’s Office et la constitution du partenariat mauricien.
Le 17 juin, les promoteurs du projet rencontrent les représentants du Département de l’Aviation Civile. La demande officielle est soumise le 5 juillet 2011 à la DCA. « The purpose of operations cited in he business plan was for VIP charter flights operating from Mauritius », ajoute le document de Conflict Awareness Project.
« By this point, Kosolapov had reached out to other Mauritian partners unknown to Harrison and other Superfly staff. These partners had High-level infuence as some family members of the Labour Minister, Mr Shakeel Mohamed. Kosolapov hired the minister’s father Yousuf Mohamed as his personal lawyer and later to represent Gibson & Hills Ltd, for a case, which turned out to be a conflict of interest », poursuit le document à la page 8.
L’établissement hôtelier d’un des proches de la famille Mohamed a été utilisé en tant que quartier général par Andrei Kosolapov. « The minister’s brother Zakir Mohamed would eventually become CEO of Island Air System », maintient Kathi Lynn Austin, qui ajoute qu’elle a essuyé de graves menaces proférées par un des membres de la famille Mohamed lors d’une rencontre. Une déposition a même été consignée à cet effet avant son départ pour l’Afrique du Sud ce même jour par mesure de sécurité.
Ce rapport de Conflict Awareness Project, qui a été rendu public mercredi, soutient que l’objectif des promoteurs russes était de décrocher par tous les moyens cet Aviation Operation Certificate pour déjouer les sanctions des Nations unies au sujet de la livraison d’armes à la République Démocratique du Congo, à l’Iran et au Soudan. Des détails sont fournis quant aux ramifications avec la location d’avions auprès de sociétés étrangères, dont Avialinx, compagnie spécialisée en la matière.
« The Conflict Awareness Project has copies of Kosolapov’s peliminary business plan for his congolese aviation project. We also have Kosolapov’s description of his Sudan project and the High monthly amounts of money he expects to receive as a result of his unusual business », rappelle le rapport à la page 16.
Entre-temps, Me Yousouf Mohamed, Senior Counsel, est monté au créneau pour rejeter les allégations de connexion des membres de sa famille avec des trafiquants d’armes présumés russes. Interrogé ce matin par Le Mauricien, il a déclaré que « à ma connaissance, il n’y a aucune enquête qui est menée par qui que ce soit sur cette compagnie. »
À la question de savoir s’il est l’avocat de Air Access Systems, le Senior Counsel s’est contenté de dire que la compagnie est libre de retenir ses services ou non.
De son côté, dans une communication transmise par voie électronique à la rédaction de Le Mauricien, le Russe Andrei Kosolapov, rejette les accusations de trafic d’armes portées contre lui dans ce doument. Il affirme avoir donné des instructions à ses conseils légaux à Maurice en vue d’initier des réclamations en diffamation contre Kathi Austin.