Le scandale du trafic présumé des cadavres de certains ashrams ou autres homes à des écoles de médecine suscite de vifs émois dans le public. Le bon sens veut que l’on ne puisse traiter le corps humain comme une vulgaire chose mercantile. Il y va de la dignité humaine quant au respect que l’on doit à un corps humain. Ceci n’est pas forcément inscrit dans des textes de loi, mais dans l’entendement et le sens moral de toute génération.
Bien qu’il n’existe pas dans notre législation des textes qui définissent clairement toutes les conditions garantissant le traitement respectueux des cadavres, il existe une série de règlementations et de procédures administratives entourant le constat médical d’un décès, la permission d’enterrer le corps, le respect dû à une dépouille mortelle, l’exhumation de cadavre, etc. Il revient à l’Etat, passé un délai prescrit de non-réclamation d’un corps entreposé à la morgue, de s’assurer que tout défunt bénéficie d’un enterrement ou d’une crémation qui honore la dignité humaine. Il veillera, entre autres, à ce que tout soit accompli selon le rite funéraire lié à l’appartenance religieuse du défunt. D’ailleurs, l’État, via le ministère de la sécurité sociale, octroie un « funeral grant » aux ONG ou autre personnalité qui prendrait en charge l’organisation de l’enterrement d’un défunt n’ayant pas de proches pour s’en occuper. Rappelons, en outre, que nul n’a le droit d’exhumer un cadavre sauf en cas d’ordre d’une cour de justice à des fins d’enquête.
Par ailleurs, il n’est ni dans nos coutumes ni dans nos pratiques locales, de remettre des corps non réclamés à des institutions tertiaires à des fins d’enseignement en matière d’anatomie ou de recherche scientifique. C’est pourquoi le public est choqué d’apprendre que certaines écoles de médecine se sont permis de disposer, dans leurs locaux, de cadavres à des fins d’études. Ceci sans qu’il y ait eu une forme de consentement du défunt de son vivant ou de ses proches comme cela se pratique dans la plupart des pays qui ont légiféré sur les dons d’organes ou le don de son corps à la science.
La question du consentement écrit du don de son corps à la recherche scientifique relève au fond d’une conception éthique du respect inaliénable attribué au corps humain presque au même titre à la personne vivante. Les amendements relatifs au respect du corps humain dans le Code civil français — d’où émanent structurellement le système juridique et le droit mauricien – datent de 1994. Ils stipulent que le corps humain sans vie, bien que ne pouvant être un sujet de droit, possède la qualité de la personne humaine dont la dignité et l’intégrité doivent être respectées et protégées.  
Dans un article signé par Me. Armandine Cayol, Maître de Conférence en droit privé à l’Université de Caen — intitulé « Avant la naissance et après la mort, l’être humain, une chose digne de respect » l’auteure établit les bases conceptuelles inspirées de la bioéthique qui sous-tendent la législation française sur le respect dû au corps humain. Dans son argumentaire, elle avance que « le foetus tout comme le cadavre, est en droit positif, des choses (…) Toutefois, fait-elle ressortir, le cadavre est une chose particulière qu’il convient de qualifier de “sacré” ». Entendons le terme sacré, non au sens religieux, mais antique, à savoir que c’est une chose séparée du reste qui doit être spécialement protégée et respectée. C’est ainsi que tout corps humain — une partie ou des restes — doit être considéré comme digne de respect et que l’on ne saurait nier leur qualité de personne humaine.
Tout comme des institutions reconnues en recherche médicale ne sauraient traiter le corps humain d’un individu sans le consentement écrit de son vivant, le respect et la dignité des morts est aussi une limite posée à la liberté d’expression des journalistes. C’est pourquoi l’on doit se restreindre à publier la photo ou des images vidéo représentant distinctement le corps ou le visage d’un cadavre. Cela est considéré comme une atteinte à la dignité de la personne humaine ainsi qu’à la mémoire ou au respect dû au mort. D’ailleurs, il est de coutume de recouvrir entièrement tout cadavre par respect dû à l’intimité corporelle d’un être humain.
Pour terminer, citons Zenon, philosophe contemporain de Platon, qui enseigne à l’homme qu’il a une dignité, non de citoyen, mais d’humain ; qu’outre ses devoirs envers la loi, il en a envers lui-même. Ainsi respecter le mort, c’est se respecter soi-même. Le souiller, c’est souiller l’humanité entière.