Les trois syndicalistes Reeaz Chuttoo, Atma Shanto et Feizal Alli Beegun montent au créneau en cette fin de semaine pour tirer la sonnette d’alarme sur l’ampleur du trafic d’êtres humains à Maurice. Cette réaction fait suite à un récent cas allégué impliquant une jeune Bangladaise, Begum Nazma, qui travaillait dans la région du morcellement Sodnac, à Quatre-Bornes.
Les trois syndicalistes Reeaz Chuttoo (Confédération des travailleurs du secteur privé – CTSP), Atma Shanto (Fédération des travailleurs unis – FTU) et Feizal Alli Beegun (Textile Manufacturing and Allied Workers’ Union – TMAWU) défendent depuis des années les travailleurs étrangers opérant à Maurice. Tous trois s’accordent à dire que les circonstances entourant le recrutement dans leur pays de même que leurs conditions de vie et de travail à Maurice de quelque 25 000  travailleurs étrangers répondent en tout point aux critères internationaux qualifiant le trafic d’être humains. En effet, soulignent les trois syndicalistes, l’expression « trafic ou traite d’êtres humains » désigne « le fait de recruter, transporter, transférer, héberger ou accueillir une personne en ayant recours à la force, à la contrainte, à la tromperie ou à d’autres moyens, en vue de l’exploiter ».
Du point de vue du droit international, poursuit Reeaz Chuttoo, le trafic d’être humains comporte donc trois éléments : l’action (le recrutement, transport, etc), le moyen utilisé (l’enlèvement, la tromperie, le recours à la force ou la menace de recours à la force, etc) et la finalité de l’exploitation (la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou les pratiques analogues à l’esclavage, etc). « À chaque fois qu’il y a eu des manifestations de travailleurs étrangers sur le sol mauricien, de quelque nationalité qu’ils soient, ils se sont toujours plaint d’une part du non-respect du contrat qu’ils ont initialement signé dans leur pays ou, d’autre part, de leurs pénibles conditions de vie et de travail à Maurice. Ce qui signifie qu’ils ont été manifestement trompés au début même ! » s’indigne Atma Shanto. « Nombreux sont ceux qui découvrent, une fois à Maurice, que le contrat qu’ils ont signé chez eux ne correspond en rien à celui qui a été approuvé par le ministère mauricien de l’emploi », ajoute Feizal Ali Beegun.
Les trois syndicalistes montrent du doigt les agents recruteurs. « Il y en a une bonne trentaine à Maurice et se sont des intouchables qui se font des millions sur le dos de ces travailleurs étrangers, car leurs activités ne sont pas réglementées, sauf pour un permis que l’on leur délivre », explique Feizal Ali Beegun. « Heureusement qu’il y a de moins en moins d’employeurs ayant recours à leurs services, parce qu’à cause d’eux, de nombreuses compagnies locales ont perdu leur réputation auprès de leurs clients étrangers », ajoute-t-il.
Mais il y a des Mauriciens qui, à titre individuel, font venir des étrangers pour travailler à Maurice, comme dans le cas de la jeune Bangladaise Begum Nazma. « Sur son permis de travail, on dit qu’elle est ‘carer’, mais elle travaillait comme bonne à tout faire, alors qu’il n’est permis de faire venir travailler un étranger que s’il est un ‘skilled worker’. C’est du jamais vu en mes 27 ans de carrière de syndicaliste. En outre, on peut la faire travailler pour n’importe qui et n’importe où à Maurice. C’est de l’exploitation ! » s’indigne Reeaz Chuttoo. Dans des dépositions consignées à la police, la Bangladaise a allégué avoir subi de mauvais traitements. Elle a même été hospitalisée. La confiscation de leur passeport dès leur arrivée, des mauvais traitements ou des conditions de résidence inacceptables sont choses courantes parmi la communauté des travailleurs étrangers.
Cependant, renchérit Feizal Ali Beegun, nombreux sont ceux qui acceptent de subir leur mauvais sort plutôt que de regagner leur pays. « D’abord, on leur a fait miroiter des salaires alléchants, et c’est un déshonneur de retourner bredouilles au pays, surtout après avoir contracté des dettes énormes pour venir ici. Ensuite, les garçons ont honte de passer pour des voleurs et les filles de femmes de petites vertus », explique-t-il.
Atma Shanto s’offusque que, sous les Sections 60 et 60 de l’Employment Rights Act, le ministère du Travail a les pouvoirs de convoquer les patrons qui violent les droits des travailleurs en général, mais qu’il ne le fait presque jamais. « L’unique cas où j’en ai entendu parler, c’est lorsque Dan Callikhan a été convoqué au ministère concernant le licenciement de Rehana Ameer », dit-il.
Au nouveau ministre du Travail Soodesh Callichurn, ils réclament l’institution d’une enquête sur l’ampleur de ce trafic, l’introduction d’un Foreign Workers Remuneration Order et la signature, par Maurice, de la Convention internationale (2003) sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. « Appâter des étrangers pour les faire travailler comme esclaves, c’est du trafic humain », lancent-ils en colère.