Les Casernes centrales souhaitent que l’enquête soit bouclée « au plus vite » concernant la saisie de Rs 35 millions d’héroïne, en octobre 2016, qui avait conduit à l’arrestation du témoin vedette Ashish Dayal, dénoncé par le bailleur de fonds Kamlesh Radha, âgé de 27 ans. Cette affaire avait fait couler beaucoup d’encre puisque le constable Arvind Hurreechurn, qui avait pris réception du colis de drogue à l’aéroport de Plaisance, avait été retrouvé mort le 28 octobre 2016 dans sa cellule au Moka Detention Centre alors qu’il était prêt à collaborer avec les enquêteurs.
Alors que la saisie record de 157 kg d’héroïne dans le port cette année retenait l’attention des principaux enquêteurs de l’ADSU, l’enquête sur la saisie de 2 kg d’héroïne le 25 octobre 2016 était toujours en attente. La hiérarchie aux Police Headquarters estimant que « l’affaire prend trop de temps », des instructions ont été données cette semaine « pour que ce cas soit traité au plus vite ». Pour libérer l’Interrogation Room, où les séances d’interrogatoire se font sous caméra, la police a décidé d’interrompre temporairement le dossier Navind Kistnah pendant quelques jours afin de donner priorité à Kamlesh Radha. Ce dernier est incarcéré au quartier général de l’ADSU et non dans un centre de détention, et ce pour des raisons de sécurité. Il bénéficie des mêmes traitements que Navind Kistnah, soit une protection 24/24h de même qu’une caméra placée dans sa cellule. Selon nos renseignements, le bailleur de fonds a fait une demande pour obtenir l’immunité, estimant avoir collaboré avec la police depuis son arrestation en dénonçant ses complices. D’ailleurs, il a fait part de son intention de faire encore des révélations « qui mettront à mal Ashish Dayal ». Ce dernier avait bénéficié du statut de témoin vedette dans un procès aux Assises intenté contre Rudolf Derek Jean Jacques, alias Gro Derek, pour trafic de drogue. La démarche des hommes du DCP Choolun Bhojoo et du surintendant Sharir Azima, concernant une accélération de l’affaire Hurreechurn, s’explique également par le fait qu’Ashish Dayal a déjà déposé en cour contre Gro Derek. « Il ne pourra donc plus faire volte-face dans ce procès, qui a déjà pris fin il y a environ deux mois. » D’ailleurs, le jugement est en attente. « Désormais, Ashish Dayal est un suspect dans le sillage de l’enquête sur la saisie de 2 kg d’héroïne et non un témoin de l’État », explique une source aux Casernes centrales.
Depuis son arrestation, Ashish Dayal n’a rien dit sur les accusations portées contre lui, préférant faire valoir son droit au silence. Face à des éléments en leur possession, la police compte le coincer dans cette affaire par d’autres moyens, d’autant que les déclarations de Kamlesh Radha contre lui sont considérées comme « assez solides » par la police. Les enquêteurs ont également passé au crible des appels téléphoniques du bailleur de fonds, des reçus d’argent et des transactions bancaires à travers des Money Changer vers Madagascar. « Ashish Dayal ti dir enn sel dimounn pa avoy larzan deor akoz bann otorite pou gagn soupson. Plizir dimounn inn met kas pou finans linportasion ladrog depi Madagascar », avait déclaré Kamlesh Radha au cours de son interrogatoire.
L’ADSU s’intéresse également aux différentes sorties d’Ashish Dayal alors qu’il bénéficiait d’une protection policière après ses dénonciations, qui avaient conduit au démantèlement du réseau Gro Derek. C’est au cours de ces différentes escapades qu’il en profitait pour mener son trafic d’héroïne en rencontrant ses complices. Les Casernes centrales n’écartent pas la possibilité qu’Ashish Dayal soit un cerveau « ki avoy Gro Derek manze » afin de contrôler un cartel de drogue dans une partie de l’ouest de l’île. Les révélations de Kamlesh Radha dans les prochains jours devraient apporter plus d’éclaircissements à ce sujet.    
Toute cette affaire a éclaté après l’arrestation du constable Arvind Hurreechurn, le 25 octobre 2016, avec 2 kg d’héroïne dans ses valises alors qu’il rentrait de Madagascar. Il a dénoncé son collègue Gary Gopaul comme étant son complice présumé et Shashikant Jayepall, alias Black, comme faisant partie du réseau. Arvind Hurreechurn avait déclaré avoir reçu Rs 400 000 pour transporter cette drogue et avait fait part de ses intentions à l’ADSU de faire d’autres révélations. Sauf que, trois jours plus tard, il était retrouvé mort dans sa cellule au Moka Detention Centre. Officiellement, il s’est donné la mort par pendaison en utilisant le robinet d’un lavabo.
Après cet épisode, l’enquête n’a plus avancé, jusqu’à une perquisition, le 2 janvier dernier, chez Kamlesh Radha, à Solférino, Vacoas. La police l’a alors arrêté avec 6 g d’héroïne, 5 g de cannabis et une somme de Rs 499 200, soupçonnée provenir d’une transaction de drogue. Dans un premier temps, l’ADSU n’a fait aucun lien entre l’affaire de 2 kg d’héroïne et lui. Sauf que quelques semaines plus tard, Kamlesh Radha a indiqué qu’il faisait partie d’un réseau de drogue et que c’est Ashish Dayal « qui l’avait introduit dans ce cercle » pour être bailleur de fonds. Il a ajouté avoir contribué à hauteur d’environ Rs 500 000 pour l’importation de drogue de Madagascar et que les 2 kg saisis portent l’empreinte d’Ashish Dayal.
Ce dernier a été arrêté à son tour, de même que le constable Edgard Joly, un membre de l’ADSU qui était venu récupérer la drogue à l’aéroport de Plaisance en octobre 2016. Kamlesh Radha a aussi dénoncé Westley Jasmin, qui avait recruté le constable Arvind Hurreechurn pour servir de mule. À l’exception du bailleur de fonds, tous ont nié faire partie d’un quelconque réseau de drogue.