Arrêté dans le sillage de l’enquête sur la saisie de 157 kg d’héroïne au port, Tony Riacca a été longuement interrogé cette semaine au quartier général de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) par rapport aux prête-noms qu’il a rencontrés alors qu’il gérait l’argent du caïd de la drogue Peroumal Veeren. « Monn deza zwin Navind Kistnah. Se enn kamarad ki apel Ramesh ki ti fer mwa zwin li », a-t-il dit aux hommes du DCP Choolun Bhojoo et du surintendant Sharir Azima. Il avance cependant n’avoir entretenu « aucune relation personnelle » avec le directeur de KUN International Management Ltd, affirmant le connaître en tant que « courtier qui travaille dans le port ».
Tony Riacca a ajouté n’avoir « aucune notion » en matière de transactions financières et importations de cargaisons de Peroumal Veeren, étant donné qu’il n’a commencé à travailler dans ce réseau qu’à partir de novembre 2016. « Mo pann koz ar Veeren akoz li ti deza endan (emprisonné, Ndlr). Se Ramesh ki ti explik mwa mo travay », dit-il. Son rôle consistait, selon ses dires, à « transporter l’argent » du trafiquant de drogue pour le remettre à ses proches collaborateurs afin de le blanchir. « Mo pa ti pe gagn boukou kass pou sa travay-la », affirme-t-il. Ce que peinent à croire les enquêteurs, les Casernes centrales estimant au contraire qu’il était « plutôt bien rémunéré » puisque résidant dans un luxueux appartement de l’Orchard Tower, à Quatre-Bornes, et ce alors qu’il n’est qu’un simple employé de la Sunshine Auto Ltd.
Lors de sa séance d’interrogatoire, Tony Riacca a évoqué des prête-noms, citant les noms de Christelle Bibi et de l’ancien gardien de prison Oumeshlall Ramsurrun, âgé de 45 ans. Ce dernier, qui entretenait « d’excellentes relations » avec Peroumal Veeren alors qu’il travaillait à la prison centrale, avait pour tâche de réceptionner des machines de construction importées d’Afrique du Sud par la société de Navind Kistnah et de s’acquitter de sa dette en cash. Le quadragénaire avait fini par attirer les soupçons de l’ICAC vu qu’il n’avait pas les moyens financiers d’effectuer ce genre d’importation. D’ailleurs, il est sous le coup d’une accusation provisoire de blanchiment d’argent.
Or, Tony Riacca a déclaré à la police que, sur les instructions de Peroumal Veeren, c’est lui qui remettait l’argent au domicile d’Oumeshlall Ramsurrun, à Rose-Belle. Outre des liasses de billets, ce dernier est soupçonné de stocker chez lui des équipements importés par Navind Kistnah et dans lesquels étaient dissimulés de la drogue, et ce avant que des transporteurs en prennent possession pour les distribuer aux grossistes. L’autre travail de l’ex-garde chiourme était de blanchir l’argent du caïd.
Selon la police, l’épouse d’Oumeshlall Ramsurrun, Bibi Maitab Phutully, a fait l’acquisition d’un appartement de Rs 4 millions à Flic-en-Flac. Le bâtiment était cependant au nom de Khalid Ameer, beau-frère de Peroumal Veeren. Bibi Maitab Phutully, elle aussi arrêté par l’ICAC, avait avancé avoir « économisé assez d’argent » pour mener une vie luxueuse. Elle avait déclaré en outre aux hommes de Navin Beekharry qu’elle était « une call-girl très demandée » à l’époque où elle résidait en Grande-Bretagne.  
Au sujet de Christelle Bibi, l’ex-compagne de Peroumal Veeren, Tony Riacca a déclaré lui avoir remis de fortes sommes d’argent pour son magasin de prêt-à-porter, à Rose-Hill. Son chiffre d’affaires tournait autour du million de roupies alors que le commerce est la plupart du temps fermé. Christelle Bibi, actuellement en détention, continue à nier les accusations portées contre elle. Mais les enquêteurs disposent d’éléments assez solides pour l’incriminer, à l’instar d’échanges de courriels avec des personnes douteuses et où sont évoquées des transactions d’argent. Par ailleurs, les enquêteurs sont à la recherche d’un dénommé Reaz, dont le nom a été cité par Tony Riacca. Ce dernier lui a remis de l’argent pour le compte de Peroumal Veeren en plusieurs occasions. Parallèlement, la police est sur la piste de « Ramesh », considéré comme étant un des lieutenants de Peroumal Veeren.