l y a eu le meurtre de Denis Fine, le passage à tabac de “Pablo Escobar”, l’horrible exécution à coups de marteau d’un homme dans une cité de Quatre-Bornes… Le sommet de l’iceberg pour marquer l’extrême violence qui règne dans le milieu de la drogue. Agressions, séquestrations, viols, tortures, assassinats : ces affaires font froid dans le dos, mais elles sont souvent étouffées par la loi du silence.
Le trafic de drogue entraîne dans son sillage une montée de violence, souvent associée à des vols d’argent ou de drogues ou encore à des rivalités entre gros bonnets et petit dealers. La pratique des règlements de comptes tient lieu de protection pour les trafiquants, qui usent de la peur que cela engendre pour ne pas être gêné dans leurs affaires. Opérant à partir d’une machinerie bien huilée, ils ne tolèrent pas le moindre macadam dans leur système. La violence est devenue la forme d’intimidation privilégiée pour qu’ils ne soient pas dérangés dans leur “business”.
“Jockey”
Dans la plupart des cas de violences liés au trafic de drogue, ce sont souvent les jockeys (petits revendeurs) qui sont les premières victimes. Tentés par l’argent facile, souvent eux-mêmes dépendants, ils se rendent coupables de vols d’argent ou de “marchandises”, comme l’explique Thomas. Lorsque cela se produit, ils se font tabasser violemment. Le cas d’un jeune, “exécuté” en pleine rue par un boss dans une cité, est donné par Thomas, notre informateur. “On prétend que ce drame résulte d’un différend familial, mais il ne fait aucun doute qu’il est lié à une affaire de drogue.” Avant de mourir, l’homme avait été roué de coups de marteau, crocheté au poignet et au pied pour être traîné dans la rue par un véhicule.
De tels cas, notre informateur en connaît quelques-uns. À Rose-Hill, où un gang notoire semait la terreur sur son passage, certains ont appris le respect par la manière forte. “Pou zot, pena triyaz. Parfwa, ena gagn bate pou nangne… Si montagn Corps de Garde ti ena labous, enn ta zafer li ti pou rakonte.”
Méthode.
Passages à tabac à coups de gourdin ou armes tranchantes, viols, saccages de maisons… Toutes les méthodes sont bonnes pour la mafia. “Dan ladrog, pena frer, ni ser, ni fami. Kan ou ladan, ou pena pitie pou personn. Si bizin bate pou enn doz, zot pou fer li. E kan ou kokin parsel enn marsan, ou sir ki sa pa pou fini koumsa”, confie Thomas. Ces règlements de comptes se font avec une rare violence. Coups de machette, de sabre : tout est permis. “J’ai vu des voleurs de drogue se faire exploser les dents à coups de marteau. C’est horrible, surtout en public.”
Pour les “exécuteurs”, plus la correction est atroce, mieux c’est : la leçon doit servir aussi bien à la victime qu’aux autres. “Un petit dealer qui ose voler un peu de la marchandise qu’il doit écouler peut être tabassé ou mourir par “overdose”, la “récompense” (une dose de drogue) qu’il est censé obtenir ayant été trafiquée ou étant impropre à la consommation”, avance Kevin, qui connaît bien le milieu.
Aujourd’hui, poursuit Thomas, la guerre des gangs a connu une certaine accalmie. Il y a quelques années, les règlements de comptes étaient sanglants. “Chaque cité avait son gang pour contrôler un secteur, et celui qui s’aventurait sur celui de son prochain se mettait en danger.” Les dealers de Plaisance, par exemple, ne se risquaient pas à aller à Barkly pour faire affaire. “Il y avait une tension et une rivalité palpables, qui se terminaient à coups de sabre lors d’animations musicales au Plaza.”
Rien ne doit se mettre en travers du chemin des gangs. Les représailles sont immédiates. En agissant de la sorte, ils instaurent un climat de frayeur, avance Kevin.
Missing.
Il est difficile de mesurer l’impact des violences liées au trafic de drogue car il n’est pas rare que ces cas soient travestis. “Kan enn dimounn gagn bate akoz linn kokin ladrog, zame li pou al dir pou kifer. Li pou dir dan so statement ki linn gagn lager dan enn bar ou dimounn inn atak li lor lari”, souligne Thomas.
Le silence s’achète aussi. Dans les cités, les trafiquants gagnent à leur cause des habitants, en participant financièrement à des funérailles ou en donnant de l’argent à certaines familles vulnérables. “Redevables envers leurs “bienfaiteurs”, ces personnes se voient mal dénoncer leurs trafics et sont prêtes à les défendre ou les avertir lorsqu’il y a une descente de police”, raconte Kevin.
Dans le milieu de la police, on laisse comprendre que certains cas de “missing” pourraient être liés à des affaires de règlements de comptes entre trafiquants. Les agresseurs feraient disparaître les corps des victimes pour qu’on ne puisse pas remonter jusqu’à eux.
Généralement, pour parvenir à leurs fins, les exécutants tendent un traquenard à leurs victimes. “Al fer enn letour dan bann site. Ou pou trouve komie inn disparet ek zame inn trouve. Ou kone komie lekor inn zete dan Albion…”, confie Thomas. Qui affirme que les cas de violence liés au trafic de drogue sont loin d’être en régression.