L’Organisation non-gouvernementale DroItS huMains Océan Indien (DIS-MOI), en collaboration avec la fondation canadienne Justice and Equity, lance une campagne de sensibilisation nationale sur le trafic humain à Maurice. À cet effet, une Commission contre la traite des êtres humains a été mise sur pied au sein de DIS-MOI et un atelier de travail sera organisé le 5 novembre prochain à la municipalité de Port-Louis pour mobiliser la population mauricienne autour de cette problématique.
« Il y a du trafic humain (voir encadré) à Maurice. Je l’ai constaté de visu », a d’emblée lancé le président de l’Organisation non-gouvernementale DroItS huMains Océan Indien (DIS-MOI), Linley Couronne. Entouré de Florence Boivin-Roumestan, présidente de la fondation Justice & Equity et consultant auprès de DIS-MOI sur la question du trafic humain, de son vice-président Vijay Naraidoo et de la présidente de la Commission de lutte contre le Trafic Humain, Me Indranee Boolell-Bhoyrul, Lindley Couronne intervenait hier au Centre social Marie Reine de la Paix lors d’une rencontre avec la presse. Justice & Equity est une fondation canadienne qui a fait de la lutte contre le trafic humain son cheval de bataille.
« Suivant des renseignements précis, je me suis rendu en plein centre de Port-Louis à midi et j’ai vu de mes yeux des fillettes montant dans un taxi, comme on me l’avait prévenu », a raconté Linley Couronne pour soutenir ses dires.
À l’issue de sa conférence de presse, le président de DIS-MOI a confié au Mauricien que les syndicalistes Reeaz Chuttoo et Faizal Ali Beegun ont été les toutes premières personnes à avoir tiré la sonnette d’alarme sur l’existence d’un trafic humain à Maurice, dans le cadre la maltraitance des travailleurs étrangers. « Rappelons par ailleurs qu’en juillet dernier le Trafficking In Persons Report 2015 du Département d’État américain a fait état spécifiquement que “Mauritius is a source, transit, and destination country for men, women, and children subjected to forced labor and sex trafficking”. C’est pourquoi qu’il a classé notre pays dans la Tier 2 Watch List du Département d’État », a-t-il ajouté. La Tier 2 Watch List désigne les pays qui ne font pas « suffisamment d’efforts » pour éliminer le trafic humain sur leur territoire.
« Le trafic humain comprend trois éléments : le trafic d’organes, la prostitution forcée et la maltraitance et l’exploitation des travailleurs migrants vulnérables », a expliqué Linley Couronne. Le président de DIS-MOI a affirmé qu’avec l’arrivée de Florence Boivin-Roumestan, l’ONG a décidé de mettre sur pied une Commission de lutte contre le trafic humain, ainsi qu’une Human Trafficking Watch, une cellule de veille pour dénoncer la traite des êtres humains sur le territoire mauricien.
Dans ce contexte, a poursuivi l’intervenant, DIS-MOI organise le 5 novembre prochain à la municipalité de Port-Louis un atelier de travail sous le thème Déracinons le trafic humain à Maurice. « Ce sera une occasion pour nous de conscientiser tout le monde : les acteurs de la société civile, les syndicats, la police, les corps religieux, les politiciens, les officiers des ministères, et les membres du judiciaire, entre autres, à cette problématique », a-t-il expliqué. Cet atelier, a poursuivi Lindley Couronne, marquera le lancement d’une campagne nationale de sensibilisation d’une année sur le trafic humain.
Le président de DIS-MOI a aussi annoncé avoir rencontré la veille le Commissaire de Police, Mario Nobin, qui leur a assuré de la pleine collaboration des forces de l’ordre dans leur mission.
La présidente de la Commission Trafic Humain de DIS-MOI, Me Indranee Boolell-Bhoyrul, a pour sa part élaboré sur la nécessité de dénoncer ce fléau social. « Le trafic humain existe à Maurice. Il faut briser le silence autour de ce fléau », a-t-elle insisté. Elle a rappelé que des lois existent à Maurice contre la traite des êtres humains, mais qu’il s’agit surtout de la nécessité de conscientiser les autorités de la nécessité de l’appliquer. « Il y a, entre autres, la Combating of Traffic in Persons Act de 2009 et des dispositions de la Child Protection Act », a-t-elle précisé.
Florence Boivin-Roumestan a de son côté longuement parlé des différentes formes de trafics humains à Maurice. « Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas au grand jour qu’ils n’existent pas », a-t-elle expliqué. Elle a affirmé que l’expression « esclavage moderne » est plus parlante que le terme « trafic humain ». « Le mot “esclavage” implique la privation de liberté individuelle, le travail forcé sans salaire, l’exploitation sexuelle, la maltraitance, la confiscation de passeport et l’existence d’une organisation mafieuse », dit-elle.
Élaborant sur la maltraitance et de l’exploitation des travailleurs étrangers à Maurice, la consultante a mis en garde les autorités mauriciennes ainsi que les employeurs contre l’obligation légale qui est désormais faite aux acheteurs américains et européens de s’assurer que leur chaîne d’approvisionnement est libre de toutes formes d’exploitation humaine. « Une entreprise et le pays même peuvent se retrouver sur une liste noire », a-t-elle prévenu.