Intervenant hier à la municipalité de Port-Louis à l’ouverture d’un atelier organisé par son organisation sur le trafic humain, le directeur de DroItS huMains Océan Indien (DIS-MOI), Lindley Couronne, a plaidé pour l’élaboration d’un Plan d’action national sur ce fléau. Il a aussi annoncé pour 2016 l’ouverture d’un centre de refuge pour les victimes.
« Personne, ni aucune organisation ou institution, ne peut arrêter seul le trafic humain. Ni les ONG, ni les médias, ni la police, ni l’État, ni les politiciens. Il faut un Plan d’action national sur ce fléau. Mais pour cela, il faut que l’État ait une réponse concrète et déterminée sur le sujet », a lancé le directeur de DIS-MOI à l’ouverture de cet atelier de travail.
Ayant pour thème « Déracinons le trafic humain à Maurice », cet atelier est organisé par l’ONG en collaboration avec la fondation canadienne Justice and Equity, qui milite contre le trafic humain dans le monde.
Poursuivant son intervention, Lindley Couronne a déploré que le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, commentant le Trafficking In Persons Report 2015 du Département d’État américain rendu public en juillet dernier, qui a fait état de l’existence du trafic humain à Maurice, a trouvé que « c’est exagéré ! » « Mais le problème n’est pas là. Le problème, c’est que le trafic humain existe bel et bien à Maurice et que c’est un scandale, une honte pour la République ».
Dans ce contexte, l’intervenant a dénoncé l’indifférence des politiciens envers le problème du trafic humain. « Nous avons lancé une invitation aux partis politiques. Personne n’est venu, hormis l’adjoint au Lord-maire, Loïc Dick, qui est présent ici », a-t-il fait remarquer. « Grâce à la campagne nationale de sensibilisation que nous lançons aujourd’hui, DIS-MOI espère que nous allons pouvoir convaincre le Premier ministre de la pertinence de cette lutte contre le trafic humain sur notre territoire ».
Dans ce contexte, le directeur de DIS-MOI s’est félicité de sa récente rencontre avec le Commissaire de Police, Mario Nobin, qui a signifié sa volonté de collaborer avec l’ONG pour faire reculer le trafic humain à Maurice.
Lindley Couronne a annoncé l’ouverture en 2016 d’un centre de refuge pour les victimes, et de même l’institution un Human Trafficking Watch pour dénoncer tout trafic humain. « Combattre le trafic humain c’est se mettre en danger de mort. D’où l’importance d’un centre de refuge ». Il a également plaidé pour l’institution d’une plateforme nationale contre le trafic humain à Maurice.
Auparavant, le vice-Président de la Commission National des Droits Humains, Me Hervé Lassémillante, a longuement parlé du rôle de la Commission dans la promotion et la préservation des droits humains à Maurice. Il s’est félicité de la collaboration des ONG.
La syndicaliste Jane Ragoo, elle, a dénoncé des cas concrets de trafic humain à Maurice, notamment l’exploitation scandaleuse des travailleurs étrangers sur notre sol. « Quand ils protestent, on les déporte », s’est-elle indignée. Elle a dans ce contexte parlé du « double jeu » de certains syndicalistes.
Le président du Media Trust, Lindsay Rivière, a de son côté assuré l’ONG de la pleine collaboration de son organisation dans sa lutte contre le trafic humain. Il a affirmé que le trafic humain « déshumanise ses victimes, les réduisant à des objets exploitables sans considération aucune pour leurs droits ou le respect de leurs conditions humaines ».
L’adjoint au Lord-maire, Loïc Dick s’est félicité du lancement de cette campagne nationale d’un an contre le trafic humain.
Au cours de l’atelier, Florence Boivin-Roumestan, présidente de la fondation Justice & Equity, a expliqué que n’importe qui peut, du jour au lendemain, être victime d’un trafic humain. La présidente de la Commission Trafic Humain de DIS-MOI, Me Indranee Boolell-Bhoyrul, a élaboré sur le cadre légal de ce combat, notamment la Combating Persons in Trafficking Act (2006), la Child Protection Act et la Judicial Provisions Act.
La directrice du Centre d’éducation et de développement pour les enfants mauriciens (CEDEM), Rita Venkatasawmy, a parlé de son expérience personnelle de l’existence de la prostitution infantile à Maurice. Elle a, entre autres, plaidé pour une restructuration de la Child Development Unit.
Les étudiants du Dr Ganess Dirpal de l’Université de Maurice ont ensuite fait une présentation des conditions de vie déplorables de certains travailleurs étrangers à Maurice.