Me Coomara Pyaneandee, avocat et premier homme de loi non-voyant du pays, joue un rôle important auprès de la communauté des personnes handicapées à Maurice. Il est, depuis 2010, leur représentant auprès du comité des Nations unies chargé du dossier des droits égaux. Il dit se réjouir que le dernier State Country Report sur la situation des personnes handicapées à Maurice ait relevé nombre de faiblesses. Mais, à son avis, toute mesure de redressement pour s’assurer que tout le monde ait des droits égaux devrait passer par un amendement immédiat à de article 16 de la Constitution afin que soit enlevée toute discrimination.
Selon Coomara Pyaneandee, “il y a au sein de la République de Maurice deux catégories de personnes : celles qui vivent avec un handicap à court ou à long termes et celles qui n’ont aucun handicap physique ni mental. Près de cinquante ans bientôt après l’indépendance du pays, la section 16 de notre Constitution n’interdit toujours pas la discrimination basée sur le handicap. Les personnes handicapées sont en conséquence toujours considérées comme des citoyens de “basse classe” qui ne peuvent ainsi revendiquer des droits égaux par rapport au reste de la population. En plus, la principale loi du pays souffre de faiblesses fondamentales qui incluent des legs coloniaux ; il y a du overlapping des institutions contraire au principe de séparation des pouvoirs et la catégorisation de la nation en termes de différentes communautés raciales. Ces considérations contribuent aux facteurs de ségrégation et à l’exclusion des personnes handicapées”.
Il estime que si depuis l’indépendance il y a eu de nombreuses mesures législatives, des programmes et l’application de politiques ayant pour but d’améliorer les conditions de vie des handicapés, “cela a été fait de manière parcellaires”. Cependant, le principe de l’égalité devant la loi de personnes souffrant de handicaps a commencé à prendre forme quand Maurice a ratifié la Convention des Nations unies sur les droits des personnes à handicap en 2010.
“Le rapport publié l’année dernière par le comité des Nations  unies qui s’occupe de la question, soit le State Party Report, témoigne pourtant du retard accumulé par la République de Maurice dans le domaine des droits humains des personnes handicapées. Ce retard, comme l’a si justement établi le rapport, est notable dans les secteurs de l’éducation, de la formation, de l’emploi et de la capacité de ces personnes à mener leur existence en toute indépendance au sein de la société”.
“Le gouvernement a réitéré récemment les engagements du régime sortant d’adopter une législation anti-discrimination révolutionnaire qui vise à éliminer tous les obstacles auxquels sont confrontés les handicapés et leurs familles au quotidien. Ces obstacles incluent le modèle médical qui est appliqué, sur une base charitable afin d’évaluer et d’établir l’éligibilité de ceux qui sollicitent une pension d’invalidité, comme si les personnes handicapées n’étaient déjà pas suffisamment mises à l’épreuve en étant étiquetées “invalides” par la République !”
Notre interlocuteur estime par ailleurs que l’accès aux services de base que sont l’éducation inclusive et le droit à l’emploi demeure problématique. “Cela leur est en fait nié”. Un autre problème auquel font face les handicapés est, selon Me Pyaneandee, celui de l’accès aux transports publics, aux bâtiments publics, à l’information, aux sports et aux loisirs. Face à tous ces défis, “il faut aux handicapés énormément de détermination pour combattre toute forme de discrimination directe ou indirecte”.
Il dit trouver “malheureux” qu’aucun de ces problèmes n’aura de solution effective s’il n’y a pas un amendement immédiat de l’article 16 de la Constitution afin d’inscrire le principe de non-discrimination. “Cette mesure courageuse donnerait lieu, j’en suis certain, à un consensus entre tous les partis représentés à l’Assemblée nationale”.
Me Pyaneandee souhaite un engagement de la part du gouvernement qu’il réallouera “des fonds jusqu’ici consacrés à une éducation ségrégationniste afin de permettre l’émergence d’une éducation plus inclusive de qualité”. Il faudra, selon lui, que le gouvernement mette en place un mécanisme efficace pour faire le suivi de cette éducation inclusive et s’assurer qu’elle soit aux normes internationales. “Il faut aussi instituer un inspectorat, assumé par une organisation non-gouvernementale pour surveiller la gestion des Disabled Person’s Organisations lesquelles ne sont souvent que des entreprises familiales qui ne servent qu’à tirer profit des personnes handicapées aux dépens des contribuables du pays”.
Il dit être d’avis que les institutions de l’Etat qui desservent les personnes à handicap méritent d’être réformées afin de s’assurer qu’il y ait une représentation équitable dans la prise de décision et, surtout, que ces institutions soient “débarrassées” de la présence des nominés politiques.
Il ajoute qu’il trouve “triste” que le rapport sur la réforme du secteur des handicapés à Maurice et le projet de loi sur l’empowerment des personnes handicapées n’aient toujours pas encore été l’objet d’un débat public. Cependant, il estime “réconfortant que les forces vives (les syndicats, la presse et la société civile dans son ensemble) sont maintenant conscientes des enjeux réels et qu’elle sont très au fait que, dorénavant, les organisations des personnes handicapées ne sont plus prêtes à accepter, que leurs revendications tombent dans des oreilles de sourds, ni que des mesures les concernant soient prises sans qu’elles ne soient consultées”.