L’hôtel La Pirogue accueille durant toute cette semaine un atelier de travail régional sur la prévention et le traitement du VIH/sida, de la tuberculose et l’Hépatite C en milieu carcéral. À l’initiative de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), cette réunion régionale comprend la participation de plusieurs pays d’Afrique, et bénéficie du soutien du ministère de la Santé, du National AIDS Secretariat (NAS) et des services de la prison.
Le Dr Reychad Abdool, Senior HIV and AIDS Adviser du UNODC, va droit au but : « Maurice est l’unique pays de la région subsaharienne à rendre accessible les soins et le traitement aux détenus en milieu carcéral. C’est une des raisons principales pour lesquelles nous avons opté pour tenir cet atelier de travail ici, car avec ce qui a été mis en application en termes de mesures de Réduction des Risques (RdR) ces dernières années (méthadone et programme d’échange de seringues – NEP) dans la communauté, nous avons de quoi nous baser pour un bon partage d’expérience, de bonnes pratiques et de connaissances. »
Jean Bruneau, Commissaire des Prisons (CP), abonde dans le même sens, rappelant que « nous avons autant à apprendre de nos collègues des prisons d’Afrique, entre autres, de par la spécificité de la population carcérale et donc de la manière de s’y prendre pour gérer les programmes de RdR. Les pays d’Afrique ont des populations carcérales beaucoup plus importantes qu’ici à Maurice. Cependant, nous avons mis en pratique les programmes, et donc, ce sera un réel échange de connaissances et d’expertise. »
Officiant à l’ouverture de l’atelier de travail ce matin, le ministre de la Santé Lormus Bundhoo devait rappeler que « le traitement à base de méthadone auprès des détenus a démarré en décembre 2011. » À ce jour, indiquent les techniciens de la prison, 550 détenus sur une population carcérale d’environ 2 500 sont sur méthadone. Le programme a également été rendu accessible aux femmes en prison depuis deux mois : elles sont six détenues à prendre quotidiennement leur dose de ce médicament de substitution. « C’est une très bonne chose, assure le CP Bruneau. Car cela les rend plus productives et elles parviennent ainsi à mieux gérer leur santé. »
D’autre part, 313 détenus séropositifs sur 765 bénéficient de soins via les traitements et les antirétroviraux (ARV). Pour rappel, les ARV sont gratuits à Maurice depuis 2002. Cette mesure avait été préconisée dans le National AIDS Strategic Plan 2001/05. Sous la présidence de Paul Bérenger, VPM cette année-là et qui prit également la présidence du National AIDS Committee (NAC), les ARV furent mis gratuitement à la disposition des séropositifs mauriciens.
Dans son allocution, Lormus Bundhoo devait aussi indiquer que « ces mesures que l’on a prises à l’égard des détenus ne s’arrêtent pas là. » Outre la mise sur pied de cellules de la AIDS Unit et de Provider Initiated Counselling & Testing (PICT), en effet, il est prévu que des médecins spécialisés en VIH/sida rendent visite aux détenus hebdomadairement afin d’assurer un suivi et un encadrement médical plus adéquat.
Outre les sessions de travail avec les “ressource persons” des divers secteurs, l’atelier de travail, auquel participent la cinquantaine des délégués de différents pays d’Afrique, dont l’Angola, la Tanzanie, l’Éthiopie et le Zimbabwe, comprend également des visites, notamment au centre national de désintoxication ainsi que dans certaines institutions carcérales de l’île.